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Collision évitée de justesse : SpaceX accuse des satellites chinois de menacer Starlink en orbite

Alors que l’orbite terrestre basse devient un champ de plus en plus encombré, SpaceX a récemment alerté sur des incidents répétés impliquant plusieurs satellites chinois approchant dangereusement sa constellation Starlink. L’entreprise américaine a enregistré des milliers de manœuvres d’évitement, témoignant de la montée des risques dans un espace devenu critique pour les télécommunications mondiales.

Une congestion croissante en orbite terrestre basse

En orbite terrestre basse (LEO), à moins de 2 000 kilomètres d’altitude, circulent actuellement plus de 40 000 objets spatiaux, selon l’Agence spatiale européenne. Parmi eux, moins d’un tiers sont actifs. Le reste est constitué de débris, vestiges de satellites désintégrés ou d’étages de fusées abandonnés. Cet encombrement ne cesse de croître, menaçant la sécurité des missions futures.

SpaceX, opérateur de la plus grande constellation active avec plus de 8 000 satellites Starlink, est en première ligne de cette situation. Entre juin et novembre 2025, la société affirme avoir réalisé plus de 148 000 manœuvres d’évitement. À elle seule, une poignée de satellites chinois en a causé plus de 3 700.

Les satellites chinois dans le viseur de SpaceX

Le cas le plus préoccupant est celui du satellite expérimental Honghu-2 de la société chinoise Hongqing Technology, lancé en décembre 2023. Il a forcé Starlink à réaliser 1 143 manœuvres d’évitement, selon le rapport soumis à la FCC.

En décembre 2025, SpaceX a signalé une proximité critique entre plusieurs satellites chinois — neuf au total — et des engins Starlink, certains s’étant approchés à moins de 200 mètres sans communication préalable. Une telle distance, à l’échelle orbitale, équivaut à éviter une collision à peine plus éloignée que deux avions se croisant à haute vitesse sans radar.

Des implications opérationnelles lourdes

Pour chaque manœuvre, les satellites consomment du carburant, ce qui réduit leur durée de vie utile. Hugh Lewis, professeur à l’Université de Birmingham, documente une multiplication par trois de ces incidents en un an. Cette tendance pèse sur la rentabilité de Starlink et complique la gestion de sa flotte en expansion constante.

En outre, en décembre dernier, un satellite Starlink a subi une anomalie en orbite entraînant une fuite de propulsion. L’incident a généré plusieurs objets traçables, soulignant la fragilité du réseau orbital dans son ensemble.

Une réorganisation stratégique : abaissement de l’orbite Starlink

Face à cette menace croissante, SpaceX a réagi. Le 1er janvier 2026, son vice-président de l’ingénierie, Michael Nicolls, a annoncé le déplacement vers une orbite plus basse — de 550 km à 480 km — pour 4 400 satellites.

Cette décision vise à :

Cette reconfiguration vise aussi à adresser les risques causés par des satellites tiers non coordonnés. SpaceX, selon ses représentants, applique des critères de sécurité orbitale bien plus stricts que ceux du secteur, exécutant une manœuvre dès que le risque de collision dépasse 1 sur 100 000 — dix fois plus prudent que la norme habituelle.

La Chine dénonce le monopole orbital et accélère ses déploiements

Le même jour que l’annonce de SpaceX, la Chine a dénoncé devant les Nations unies le développement rapide et non encadré des mégaconstellations commerciales, pointant directement du doigt Starlink. Les diplomates chinois ont rappelé des incidents passés ayant impliqué la station spatiale Tiangong, qui dut manœuvrer pour éviter des satellites Starlink en 2021.

Ces tensions se déroulent alors que Pékin avance son propre programme ambitieux, Qianfan, ou « Thousand Sails », qui prévoit le lancement de 15 000 satellites chinois d’ici 2030. Bien que certains de ces engins aient échoué à entrer en service, le projet est central pour la compétitivité technologique du pays. L’Union internationale des télécommunications exige d’ailleurs que 10 % de la constellation soient lancés d’ici 2026 pour maintenir les droits de spectre.

Des menaces bien réelles pour l’environnement spatial

Les experts alertent sur le risque croissant que les collisions en orbite provoquent un effet boule de neige de débris, connu sous le nom de syndrome de Kessler. Ce scénario hypothétique pourrait rendre certaines orbites inutilisables pendant des décennies, bloquant l’accès à plusieurs couches altimétriques nécessaires aux satellites météo, communications et observation militaire.

L’Agence spatiale européenne estime qu’environ 1,2 million de fragments de débris circulent actuellement à la vitesse de 27 000 km/h. Une collision même mineure pourrait être catastrophique.

Appels internationaux à un nouveau cadre de régulation

Face à ces risques, des groupes de défense comme PIRG ont exhorté la Commission fédérale des communications (FCC) à suspendre temporairement les autorisations de lancement tant que les règles environnementales entourant la pollution spatiale ne seront pas renforcées. Un rapport récent adressé au Congrès souligne que les lois actuelles deviennent obsolètes face à l’exponentielle densification des orbites.

SpaceX, de son côté, n’a pas répondu aux déclarations de la Chine à l’ONU. Elon Musk avait cependant auparavant qualifié les inquiétudes sur la congestion orbitale de « narration stupide ». L’entreprise continue d’assurer que ses satellites sont conçus pour se désintégrer entièrement lors de leur rentrée atmosphérique, limitant tout impact environnemental à long terme.

Une course à l’orbite qui devient géopolitique

L’espace proche de la Terre est en passe de devenir une zone de friction stratégique. La multiplication rapide des constellations, la faible coordination entre nations, et l’absence d’un cadre juridique clair présentent un cocktail de risques pour l’ensemble du secteur spatial. La dynamique actuelle rappelle l’encombrement croissant d’un embouteillage : chacun veut passer en premier, mais personne ne veut véritablement céder la voie.

Alors que le nombre de satellites devrait doubler dans les prochaines années, la question n’est plus de savoir si un incident majeur aura lieu, mais quand et avec quelles conséquences. Le moment semble venu d’établir un nouveau consensus international sur la gouvernance de l’espace.

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