La NASA réduit drastiquement le contrat de Boeing après l’échec cuisant du vol habité Starliner

La NASA a officiellement réduit la portée de son contrat avec Boeing pour le vaisseau Starliner, initialement évalué à 4,5 milliards de dollars, après des années de retards et une série d’échecs embarrassants, dont un vol habité marqué par de graves anomalies techniques. L’agence américaine limitera désormais le programme à seulement quatre missions, contre six prévues. Cette décision redéfinit profondément l’avenir de Starliner dans le paysage des vols spatiaux habités.

Un contrat révisé après un vol habité catastrophique

En 2014, la NASA avait sélectionné Boeing et SpaceX dans le cadre de son programme Commercial Crew, visant à garantir un accès indépendant à la Station spatiale internationale (ISS). Le montant alloué à Boeing s’élevait alors à environ 4,5 milliards de dollars, pour six missions avec équipage à bord du Starliner.

Mais le premier vol habité du vaisseau, effectué en 2024, a tourné à la démonstration de ses faiblesses. Le test, baptisé Crew Flight Test, a été entaché par d’importantes défaillances du système de propulsion, compromettant la sécurité et la durée du séjour des astronautes. Butch Wilmore et Suni Williams sont restés neuf mois à bord de l’ISS, bien au-delà de la période prévue.

En novembre 2025, la NASA a annoncé la réduction du contrat : quatre vols confirmés, contre six à l’origine, dont un vol sans équipage programmé pour avril 2026. Deux missions additionnelles sont prévues uniquement en option, selon les besoins.

Un programme repensé pour limiter les risques

Selon Steve Stich, responsable du programme Commercial Crew, cette révision permettra de « se concentrer sur la certification du système en toute sécurité en 2026, d’effectuer la première rotation d’équipage de Starliner lorsqu’il sera prêt, et d’aligner notre planification des vols futurs sur les besoins opérationnels de la station jusqu’en 2030 ».

Cette modification s’accompagne d’une réduction de budget significative : le contrat est ramené à 3,732 milliards de dollars, soit une baisse de 768 millions. À ce jour, la NASA a versé 2,2 milliards de dollars à Boeing dans le cadre du projet.

Boeing, de son côté, a investi plus de 2 milliards de dollars de ses propres fonds depuis 2016 pour tenter de stabiliser et certifier le vaisseau. La stratégie de développement à prix fixe a conduit l’entreprise à absorber une part importante des dépassements, rendant son implication de plus en plus coûteuse.

Un vol cargo en 2026 pour relancer la crédibilité

Le prochain objectif est la mission Starliner-1, planifiée pour avril 2026. Cette mission se fera sans équipage à bord et se concentrera sur la livraison de matériel à l’ISS ainsi que sur la vérification des correctifs apportés aux systèmes de propulsion.

Ce vol sera déterminant pour l’avenir du programme. Le vaisseau pourra prétendre de nouveau à une certification pour vols habités uniquement si cette mission cargo est jugée concluante par l’agence.

Bien que SpaceX assume aujourd’hui la majorité des transports d’astronautes vers l’ISS grâce à son vaisseau Crew Dragon, la NASA tient à conserver une redondance opérationnelle en maintenant deux fournisseurs indépendants pour les vols habités.

Des inquiétudes croissantes concernant l’avenir du programme

Malgré les ajustements, de nombreux spécialistes remettent en question la viabilité à long terme de Starliner. Avec la retraite de la Station spatiale internationale prévue en 2030 et les performances inégales du vaisseau jusqu’à présent, les opportunités de lancement pour Boeing se réduisent.

Si Boeing s’est engagé à poursuivre le développement du Starliner, ses perspectives futures reposent désormais sur les projets de stations spatiales commerciales. Ces infrastructures privées, encore au stade conceptuel, pourraient théoriquement offrir un nouveau débouché au vaisseau.

Cependant, ces ambitions restent marquées d’incertitudes technologiques et commerciales. À ce jour, aucun calendrier précis n’a été arrêté pour leur mise en service.

Une concurrence écrasante de SpaceX

En parallèle, SpaceX s’impose comme le leader incontesté des vols habités pour la NASA. Depuis son premier vol opérationnel en 2020, la capsule Crew Dragon a effectué plusieurs rotations réussies vers l’ISS, sans incident majeur.

Cette domination renforce la pression sur le programme Starliner et illustre les contrastes de performance entre les deux partenaires choisis par la NASA il y a dix ans.

Une surveillance accrue des coûts et de la sécurité

La NASA continue de souligner que sa priorité reste la sécurité des astronautes. Le recentrage du projet Starliner vise à garantir que chaque lancement soit conforme aux normes les plus strictes en matière de fiabilité technique.

En révisant le contrat de Boeing, l’agence espère également éviter des dépenses excessives dans un contexte budgétaire de plus en plus contraint. Le choix de réduire le nombre de vols répond à cette logique d’efficacité et de rationalisation.

Conclusion : un programme sur le fil

La réduction du contrat Starliner marque un tournant pour Boeing et pour le programme Commercial Crew dans son ensemble. Après presque une décennie de développement, le vaisseau entame une course contre la montre pour prouver sa viabilité avant la fin de l’ISS.

Alors que SpaceX multiplie les réussites, Starliner tente difficilement de se repositionner. Sa prochaine mission cargo, prévue en 2026, pourrait symboliser un redémarrage… ou le début d’un long atterrissage en douceur vers l’oubli.