Starship - SpaceX France

Le guide complet en français

Starship

La fusée géante entièrement réutilisable de SpaceX : caractéristiques, moteurs Raptor, bilan des vols d’essai, programme Artemis et cap sur Mars.

Prochain vol Starship

Starship 14 — première capture du vaisseau et vol orbital en vue

Date non confirmée — au plus tôt fin été 2026 (cible T3 2026) — booster Super Heavy B21 et vaisseau Ship 41, depuis Starbase (Texas). Troisième vol de la génération V3 : SpaceX veut tenter la toute première capture du vaisseau par les bras de la tour, ce qui ferait mécaniquement de ce vol le premier vol orbital du programme. La tentative reste conditionnée à une analyse favorable des données du vol 13. Tout savoir sur Starship 14 ou suivez la retransmission en direct commentée en français sur notre page live.

Starship en chiffres

Le lanceur le plus puissant jamais construit, en cours de développement.

123,1 m

Hauteur totale

version Block 2 · plus haut que la Saturn V

7 750 t

Poussée au décollage

plus du double de la Saturn V

33 + 6

Moteurs Raptor

33 sur Super Heavy, 6 sur le vaisseau

13 vols

Vols d’essai réalisés

IFT-1 à IFT-13 · Block 3 (V3) en vol

Dernière mise à jour : 26 juillet 2026

Starship : tout savoir sur la fusée géante de SpaceX

Le Starship, anciennement appelé Big Falcon Rocket (BFR), est un lanceur spatial super-lourd et entièrement réutilisable développé par SpaceX, la société fondée par Elon Musk. Conçu pour transporter à terme plus de 200 tonnes de charge utile vers l’orbite terrestre basse dans sa version réutilisable, il représente une véritable révolution dans le domaine spatial. Par sa conception innovante, sa puissance inégalée et son objectif de réutilisation complète, Starship ambitionne de rendre l’accès à l’espace bien plus économique et durable.

Composé de deux étages entièrement réutilisables — le booster Super Heavy et le vaisseau Starship — le lanceur vise à réduire drastiquement le coût des missions spatiales. Cette réutilisation complète, jamais réalisée à cette échelle, pourrait bouleverser le modèle économique de l’industrie spatiale. Les premiers vols d’essai suborbitaux ont été réalisés à partir d’avril 2023, marquant le début d’une série de tests ambitieux destinés à valider la conception et la récupération des deux étages. Chaque vol peut être suivi en direct sur notre page live.

Un développement progressif et itératif

Le développement du Starship repose sur une approche incrémentale et expérimentale, fidèle à la méthode de SpaceX. La première version, appelée Bloc 1, utilisée pour les vols d’essai jusqu’en janvier 2025, dispose d’une capacité de lancement d’environ 15 tonnes en configuration entièrement réutilisable. Haute de 121,3 mètres pour un diamètre constant de 9 mètres, cette version pèse environ 5 000 tonnes au décollage. Le premier étage, le Super Heavy, haut de 71 mètres, est commun à toutes les versions du lanceur, tandis que le second étage — le vaisseau Starship — varie selon le type de mission et incorpore directement la charge utile.

Les deux étages sont propulsés par les puissants moteurs Raptor, conçus et fabriqués par SpaceX. Ces moteurs brûlent un mélange de méthane liquide (CH₄) et de dioxygène liquide (LOX) selon un cycle à combustion étagée à flux complet, une technologie extrêmement efficace et rarement maîtrisée. Le Starship peut décoller depuis plusieurs sites de lancement : la base de Boca Chica (Starbase) au Texas, le complexe 39A du centre spatial Kennedy en Floride, ainsi que le complexe 37 de Cap Canaveral. La version opérationnelle (Bloc 3), propulsée par des Raptor 3, doit permettre de placer plus de 100 tonnes en orbite basse, marquant une avancée décisive vers une exploitation commerciale et scientifique à grande échelle.

Le développement du Starship a débuté avec la présentation du concept lors du Congrès international d’astronautique. SpaceX adopte une stratégie de tests rapides et continus : un premier prototype, le Starhopper, réalise un vol inaugural en 2019. Le développement du premier étage s’accélère dès 2021, avec des essais statiques réussis avant le premier vol complet en avril 2023. Ce lancement, bien qu’écourté par une défaillance, a permis d’importantes améliorations techniques. Les vols suivants ont progressivement validé la séparation des étages, la résistance thermique et la récupération contrôlée du booster. En octobre 2024, SpaceX réalise un exploit inédit : le rattrapage en vol du premier étage par les bras de la tour de lancement. Quelques mois plus tard, lors du neuvième vol en mai 2025, le même booster est réutilisé après seulement cinq mois, démontrant la viabilité de la réutilisation rapide, cœur du modèle Starship.

Objectifs et missions du Starship

Le Starship n’est pas seulement un lanceur orbital : il est au centre de la stratégie spatiale de SpaceX pour les prochaines décennies. Sélectionné par la NASA le 16 avril 2021 dans le cadre du programme Artemis, il servira d’atterrisseur lunaire (HLS) pour déposer les astronautes sur la Lune. Deux configurations distinctes sont prévues : une version équipée pour l’alunissage habité et une version de ravitaillement orbital, destinée à transférer les ergols nécessaires à la mission sur une orbite terrestre basse.

Parallèlement, SpaceX compte utiliser le Starship pour déployer la constellation Starlink de deuxième génération. Grâce à sa capacité d’emport exceptionnelle, un seul lancement pourra mettre en orbite plusieurs centaines de satellites. À terme, le Starship devrait remplacer les lanceurs Falcon 9 et Falcon Heavy, devenant le véhicule spatial principal de SpaceX pour toutes les missions : commerciales, scientifiques, habitées et interplanétaires.

Mais au-delà de ces objectifs immédiats, Elon Musk nourrit une ambition plus vaste : utiliser le Starship comme vecteur de la colonisation de Mars. Ce projet, au cœur de la philosophie de SpaceX, vise à faire de l’humanité une espèce multi-planétaire, capable d’assurer sa survie à long terme.

Contexte et origines du projet

L’un des principaux freins à l’expansion humaine dans l’espace reste le coût du lancement. Dès la création de SpaceX en 2002, Elon Musk s’est fixé comme mission de réduire drastiquement ce coût afin de rendre les voyages interplanétaires envisageables. Après les succès du Falcon 1 puis du Falcon 9, SpaceX a démontré la faisabilité de la réutilisation partielle d’un lanceur avec la récupération du premier étage. Ces avancées ont ouvert la voie à une nouvelle génération de fusées, encore plus puissantes et entièrement réutilisables.

L’idée d’un lanceur super-lourd est évoquée dès 2010, mais les premiers développements concrets débutent en 2012. Le concept repose sur une architecture radicalement nouvelle, rompant avec la lignée des lanceurs Falcon, tout en conservant les principes éprouvés de retour contrôlé et d’atterrissage vertical.

Des concepts initiaux à la vision interplanétaire

Lors de la conférence AIAA Joint Propulsion 2010, SpaceX présente pour la première fois un projet de fusée super-lourde : le Falcon X, haute de 75 mètres et propulsée par trois moteurs Merlin 2, dérivés des Merlin 1D, capables de développer 545 tonnes de poussée chacun. À partir de cette base, SpaceX imagine des variantes plus ambitieuses comme le Falcon X Heavy et surtout le Falcon XX, un lanceur de 100 mètres de haut et 10 mètres de diamètre, doté de six moteurs Merlin 2 pour une poussée totale de 4 625 tonnes. Ces concepts visaient déjà des capacités d’emport comprises entre 30 et 140 tonnes en orbite basse.

En 2012, Elon Musk officialise un projet encore plus audacieux : le Mars Colonial Transporter (MCT), conçu pour permettre la colonisation de Mars. Ce lanceur devait transporter plus de 100 passagers et plus de 200 tonnes de charge utile vers la planète rouge. Le moteur Raptor, alors en développement, devient la clé de cette ambition. Conçu pour fonctionner au méthane liquide et à l’oxygène liquide, il introduit un cycle à combustion étagée à flux complet, une première à cette échelle.

En 2016, lors du Congrès international d’astronautique de Guadalajara, Musk dévoile pour la première fois publiquement le Système de transport interplanétaire (ITS). Ce concept présente une fusée géante de 122 mètres de haut et 12 mètres de diamètre, capable d’emporter 300 tonnes en orbite basse en version réutilisable et jusqu’à 550 tonnes en version non réutilisable. Le premier étage, équipé de 42 moteurs Raptor, et le second, de 9 moteurs, sont tous deux conçus pour être récupérés et réutilisés. Cette version introduit déjà plusieurs principes qui seront conservés dans le Starship actuel : réservoirs autogènes, ergols sous-refroidis, pressurisation simplifiée et architecture tout-en-un en acier inoxydable.

La fusée Starship de SpaceX, lanceur super-lourd entièrement réutilisable

Caractéristiques techniques

Les chiffres clés du lanceur dans sa version Block 2 (2025) ; le Block 3 (V3), en vol depuis mai 2026, vise plus de 100 tonnes en orbite basse.

Hauteur

123,1 m

Super Heavy 71 m + vaisseau 50 m

Diamètre

9 m

constant sur toute la hauteur

Masse au décollage

≈ 5 200 t

dont ~3 600 t d’ergols dans le booster

Poussée

7 750 t

rapport poussée/poids de 150 %

Moteurs

39 × Raptor

33 sur le booster, 6 sur le vaisseau

Ergols

CH₄ + LOX

méthane et oxygène liquides

Capacité orbite basse

35 t → 100 t+

Block 2 → Block 3, en réutilisable

Réutilisation

Complète

booster capturé par la tour Mechazilla

Évolution des versions du Starship

Version 1 (Bloc 1)

Première itération, utilisée pour les vols d’essai suborbitaux et quasi orbitaux entre 2023 et 2024. La fusée mesurait 121,3 m de haut et pouvait placer environ 15 tonnes en orbite basse. Elle introduit la séparation à chaud dès le deuxième vol, augmentant l’efficacité du système. Après le sixième vol (19 novembre 2024), cette version est retirée.

Version 2 (Bloc 2)

Testée en 2025, cette version bénéficie d’ailerons avant redessinés, d’une capacité de propergols accrue de 25 %, et d’une nouvelle jonction inter-réservoirs (e-dome). Le Starship Bloc 2 mesure 123,1 m, affiche une poussée de 7 500 tonnes, et peut placer environ 35 tonnes en orbite basse. Il utilise encore les moteurs Raptor 2, mais avec des conduites de méthane individuelles pour les Raptors optimisés vide. Ces changements ont causé des oscillations harmoniques lors de l’IFT-7, corrigées depuis. Produit intégralement dans la Starfactory, il a volé de IFT-7 (janvier 2025) à IFT-11 (automne 2025).

Version 3 (Bloc 3)

La version 3 — aussi appelée Starship V3 — introduit les moteurs Raptor 3, plus puissants, plus légers et mieux refroidis. Le booster gagne quelques mètres et intègre désormais une structure fixe au lieu d’un anneau largable. Deux plaques de déconnexion rapide assurent l’alimentation en méthane et oxygène liquide. Incompatible avec le premier pas de tir de Boca Chica, le Bloc 3 vole depuis le deuxième pas de tir de Starbase, inauguré lors de son premier vol (IFT-12) le 22 mai 2026. Dès son deuxième vol (IFT-13, le 24 juillet 2026), il a déployé les 20 premiers satellites Starlink V3 et ramené le vaisseau intact. Il vise une capacité supérieure à 100 tonnes en orbite basse.

Version 4 (à partir de 2027)

Encore en conception, le Bloc 4 atteindra environ 150 mètres de haut pour une masse totale de 7 500 tonnes. Il sera équipé de neuf moteurs Raptor sur le deuxième étage et de versions améliorées sur le booster. Objectif : plus de 200 tonnes de charge utile en orbite basse, tout en restant entièrement réutilisable.

Premier étage : Super Heavy

Le Super Heavy est le cœur du système Starship. Haut de 71 mètres, il contient environ 3 600 tonnes d’ergols pour une masse à vide estimée entre 160 et 200 tonnes. Sa structure en acier inoxydable 304L (4 mm d’épaisseur) résiste aux températures cryogéniques et aux contraintes mécaniques extrêmes. La propulsion repose sur 33 moteurs Raptor, disposés en trois cercles : 20 moteurs fixes sur la couronne externe, 10 moteurs orientables électriquement sur la couronne intermédiaire, et 3 moteurs centraux orientables pour les phases de retour et d’atterrissage. Ces moteurs développent une poussée combinée de 7 750 tonnes, soit plus du double de la Saturn V. Le Super Heavy utilise des propulseurs à gaz froid pour le contrôle d’attitude, ainsi que des réservoirs auxiliaires pressurisés pour les redémarrages en microgravité. La récupération du booster se fait grâce aux bras mécaniques de la tour Mechazilla, qui le capturent en vol pour le replacer directement sur la table de lancement. Ce système supprime le besoin d’un train d’atterrissage, réduisant ainsi la masse et les coûts.

Anneau inter-étages

L’anneau inter-étages, d’environ deux mètres de haut, relie les deux étages et permet la séparation à chaud. Il est doté de perforations pour évacuer les gaz du deuxième étage et d’un bouclier thermique protégeant le réservoir supérieur du booster. Initialement largué lors des premiers vols, il restera à terme solidaire du premier étage afin d’assurer une réutilisation totale.

Deuxième étage : Starship (le Ship)

Le vaisseau Starship agit comme étage supérieur et véhicule spatial. Dans la configuration 2025, il mesure 50 mètres de haut, 9 mètres de diamètre, embarque 1 200 tonnes d’ergols et une poussée totale de 1 500 tonnes. Il transporte la charge utile dans sa section avant : un volume pressurisé d’environ 1 000 m³, équivalent à celui de la Station spatiale internationale. Le vaisseau est propulsé par six moteurs Raptor : trois moteurs centraux à tuyère courte (rallumables et orientables), et trois moteurs optimisés pour le vide à grande tuyère (non orientables). Des volets aérodynamiques avant et arrière assurent le contrôle durant la rentrée atmosphérique, tandis que des réservoirs auxiliaires pressurisés alimentent les moteurs pour l’atterrissage propulsif.

Bouclier thermique et matériaux

Le Starship est protégé par un bouclier thermique hexagonal constitué de tuiles résistantes à plus de 1 370 °C. Ces tuiles sont fixées sur la paroi métallique via une couche isolante en laine minérale. En cas de défaillance locale, SpaceX envisage d’ajouter des systèmes de refroidissement actif. La structure en acier inoxydable, plus robuste que l’aluminium utilisé sur la navette spatiale, offre une excellente résistance thermique et mécanique tout en étant économique à produire.

Le moteur Raptor

Les moteurs Raptor, utilisés sur les deux étages, constituent une innovation majeure. D’une hauteur de 3,1 mètres pour un diamètre de 1,3 mètre, ils fonctionnent selon un cycle de combustion étagée à flux complet avec un mélange de méthane et d’oxygène liquide. Trois générations ont été développées : Raptor 1 (185 tonnes de poussée, 250 bars), Raptor 2 (230 tonnes, 300 bars), et Raptor 3 (300 tonnes, 350 bars). Ce dernier atteint un rapport poussée/poids record de 184 et une impulsion spécifique de 382 secondes dans le vide. Ces moteurs sont entièrement réutilisables, produits en grande partie grâce à l’impression 3D, et optimisés pour une maintenance minimale.

Sites de fabrication et bases de lancement

Les principaux éléments du Starship sont construits à la Starfactory de Boca Chica (Texas), à proximité du site de lancement Starbase. Les moteurs Raptor sont produits à Hawthorne (Californie) et testés sur le site de McGregor (Texas). Le lanceur peut décoller depuis Starbase au Texas, base historique du programme, ou depuis le complexe 39A du Kennedy Space Center en Floride, ancien site des missions Apollo et de la navette spatiale. Le deuxième pas de tir de Starbase, mis en service en mai 2026 avec le premier vol du Block 3, accueille désormais les versions les plus récentes du lanceur.

Installations de lancement

La table de lancement (OLM) supporte les 5 000 tonnes du lanceur. Sous la base, 20 mâchoires retiennent la fusée avant le décollage, accompagnées de conduites d’hélium déclenchant l’allumage des moteurs. La tour Mechazilla, haute de 145 mètres, assemble et récupère le booster grâce à ses bras mobiles. Les ergols et gaz sont stockés dans des réservoirs cryogéniques proches du pas de tir. Un système de déluge projette de l’eau sous pression pour protéger les structures du jet des moteurs et réduire le bruit du décollage.

Déroulement d’un vol type

Après remplissage des réservoirs cryogéniques, les 33 moteurs du Super Heavy s’allument. La séparation intervient après environ deux minutes et quarante-huit secondes, à 75 km d’altitude et 5 600 km/h. Le booster rallume ses moteurs pour un retour propulsé et est capturé par la tour. Le vaisseau Starship poursuit sa montée, effectue sa mission, puis entame une rentrée atmosphérique contrôlée en position ventrale avant de pivoter et d’atterrir verticalement à l’aide de ses moteurs.

Comparaison avec d’autres lanceurs super-lourds

Le Starship dépasse tous les lanceurs précédents en puissance et capacité. La version V3 mesure 124 m pour 5 900 tonnes et peut placer plus de 100 tonnes en orbite basse. À titre de comparaison, la Saturn V atteignait 110 m pour 140 tonnes en orbite basse, et le SLS Block II prévoit 130 tonnes. Le Falcon Heavy, actuellement le plus puissant lanceur opérationnel, atteint 70 m et 64 tonnes sans récupération. Le Starship est ainsi le lanceur le plus puissant jamais construit.

Déclinaisons du Starship

SpaceX prévoit plusieurs variantes du vaisseau selon les missions : le Starship HLS, version développée pour la NASA et le programme Artemis, capable de déposer 100 tonnes sur la Lune ; le Starship Tanker, conçu pour le transfert d’ergols en orbite ; le Starship Cargo, dédié au lancement de satellites Starlink et d’autres charges utiles massives ; le Starship Surface Cargo, destiné au transport de matériel sur la Lune ; le Starship Crew, version habitée pouvant transporter jusqu’à 100 passagers ; et enfin le Starship Deep Space, conçu pour des missions interplanétaires longues.

Coûts et performances économiques

Le développement du programme Starship représente un investissement estimé à plus de 5 milliards de dollars, dont deux milliards pour l’année 2023. SpaceX vise un coût de lancement inférieur à 200 dollars par kilogramme, soit environ 20 millions de dollars pour une mission de 100 tonnes, contre plusieurs centaines de millions pour les lanceurs traditionnels. Cette réduction historique repose sur la réutilisation complète du lanceur et des coûts d’exploitation extrêmement faibles.

Vols d’essai Starship : bilan des IFT

Chaque Integrated Flight Test valide de nouvelles briques du système.

Le programme Starship avance par une série de vols d’essai appelés Integrated Flight Tests, ou IFT. Chaque vol permet à SpaceX de tester de nouveaux éléments du système : moteurs Raptor, séparation à chaud, rentrée atmosphérique, bouclier thermique, récupération du booster, déploiement de charges utiles et, à terme, réutilisation complète. Ces vols ne doivent pas être lus comme des missions commerciales classiques : certains essais se terminent par la perte du booster ou du vaisseau, mais fournissent malgré tout des données essentielles pour améliorer les véhicules suivants.

VolDateVéhiculesRésultatÀ retenir
IFT-120 avril 2023B7 / S24Échec après le décollagePremier vol intégré Starship/Super Heavy. Le véhicule atteint environ 39 km avant sa destruction en vol.
IFT-218 novembre 2023B9 / S25Échec partielPremière séparation à chaud réussie. Le booster et le vaisseau sont ensuite perdus.
IFT-314 mars 2024B10 / S28Échec partielLe vaisseau atteint l’espace et réalise plusieurs tests, mais se désintègre lors de la rentrée.
IFT-46 juin 2024B11 / S29Succès majeurLes deux étages réalisent un amerrissage contrôlé. C’est un tournant dans le programme.
IFT-513 octobre 2024B12 / S30Succès majeurPremière capture du booster Super Heavy par la tour de lancement.
IFT-619 novembre 2024B13 / S31Succès partielRallumage d’un moteur Raptor dans l’espace. Le booster n’est pas capturé mais réalise un amerrissage contrôlé.
IFT-716 janvier 2025B14 / S33Échec partielCapture réussie du booster, mais perte du vaisseau Block 2.
IFT-86 mars 2025B15 / S34Échec partielNouvelle capture du booster, mais perte du vaisseau.
IFT-927 mai 2025B14-2 / S35Échec partielPremière réutilisation d’un booster Super Heavy. Le vaisseau atteint l’extinction moteur mais perd le contrôle avant la rentrée.
IFT-1026 août 2025 (27 août heure française)B16 / S37SuccèsDéploiement de simulateurs Starlink, rallumage moteur dans l’espace et amerrissages contrôlés.
IFT-1113 octobre 2025 (14 octobre heure française)B15-2 / S38SuccèsDernier vol du Block 2, avec amerrissages contrôlés et manœuvres préparant le futur retour vers la tour.
IFT-1222 mai 2026B19 / S39Succès partielPremier vol du Block 3 (V3) et inauguration du Pad 2. Trajectoire suborbitale atteinte et amerrissage du vaisseau dans l’océan Indien, mais retournement du booster décalé de ~90°, boostback écourté (5 moteurs sur 33 en défaut de rallumage), perte d’un Raptor vide sur le vaisseau et rallumage spatial non réalisé.
IFT-1324 juillet 2026 (00h51 heure de Paris le 25)B20 / S40Succès partielDeuxième vol du V3. Déploiement réussi des 20 premiers satellites Starlink V3 (une première historique), rallumage d’un Raptor dans l’espace et amerrissage en douceur du vaisseau, intact, dans l’océan Indien. Seul échec : l’atterrissage du booster (5 moteurs sur 13 au landing burn, impact violent). Bilan complet du vol.
IFT-14À confirmer — au plus tôt fin été 2026 (cible T3 2026)B21 / S41À venirTroisième vol du V3. SpaceX veut tenter la première capture du vaisseau par la tour, ce qui impliquerait le premier vol orbital du programme — sous réserve d’une analyse favorable des données du vol 13. Notre guide complet du vol.

Depuis 2023, SpaceX a progressivement franchi plusieurs étapes majeures : décollage avec Super Heavy, séparation entre les étages, vol transatmosphérique, rentrée contrôlée, capture du booster par la tour, déploiement de charges utiles et rallumage d’un moteur Raptor dans l’espace. Les vols IFT-4, IFT-5 et IFT-6 ont marqué une étape importante avec les premiers amerrissages contrôlés et la première capture du booster par la tour — un élément central de la stratégie de SpaceX pour récupérer Super Heavy sans jambes d’atterrissage et accélérer la remise en vol.

Les vols de 2025 ont concentré les efforts sur le Starship Block 2 : meilleure capacité en ergols, changements d’avionique, évolution des volets, tests de déploiement de simulateurs Starlink, rallumage moteur dans l’espace et amélioration du bouclier thermique. Le Block 3 (V3) a pris le relais avec IFT-12 en mai 2026, qui a inauguré le Pad 2 de Starbase et fait voler les moteurs Raptor 3 pour la première fois, malgré plusieurs anomalies sur le retour du booster et la propulsion du vaisseau. Le vol Starship 13, le 24 juillet 2026, a largement corrigé ces défauts : il a déployé les 20 premiers satellites Starlink V3 opérationnels — la charge utile la plus lourde jamais lancée par SpaceX — et ramené le vaisseau intact grâce à un amerrissage en douceur dans l’océan Indien, seul l’atterrissage du booster ayant échoué. Place désormais à Starship 14, qui pourrait tenter la première capture du vaisseau par la tour et signer, du même coup, le premier vol orbital du programme. Le calendrier reste évolutif, comme toujours avec Starship.

Missions prévues pour Starship

À terme, Starship doit devenir le véhicule spatial le plus polyvalent de SpaceX. L’objectif est de remplacer ou compléter plusieurs capacités aujourd’hui assurées par Falcon 9, Falcon Heavy et Dragon : lancement de satellites Starlink de nouvelle génération, satellites commerciaux lourds, fret en orbite basse, ravitaillement orbital, missions lunaires avec Starship HLS, missions scientifiques lointaines, vols habités privés et missions martiennes à long terme.

La priorité opérationnelle la plus probable reste d’abord Starlink. Starship doit permettre d’emporter beaucoup plus de satellites que Falcon 9, notamment des satellites plus lourds et plus volumineux. Cela pourrait accélérer le déploiement de la constellation et augmenter la capacité du réseau.

Starship et Starlink

Starship est stratégique pour Starlink. Falcon 9 lance déjà régulièrement des satellites Starlink, mais Starship doit permettre de passer à une autre échelle. Grâce à son volume interne et à sa capacité d’emport, Starship pourrait lancer davantage de satellites par mission, et faciliter le déploiement de satellites Starlink de nouvelle génération, plus massifs et plus performants. Cette étape est désormais franchie : les premiers satellites Starlink V3, trop grands pour Falcon 9, ont été déployés pour la première fois lors du vol Starship 13, le 24 juillet 2026.

Le lien entre Starship et Starlink est donc central dans la stratégie de SpaceX : Starlink peut générer des revenus importants pour financer le développement de Starship, tandis que Starship peut réduire le coût de déploiement et améliorer la capacité du réseau Starlink.

Starship et le programme Artemis

Starship joue un rôle important dans le programme Artemis de la NASA grâce à sa version lunaire, appelée Starship HLS. Cette version est différente du Starship standard : elle est conçue pour transporter des astronautes entre l’orbite lunaire et la surface de la Lune. La NASA a sélectionné SpaceX en 2021 pour développer Starship HLS. L’architecture prévue repose sur plusieurs étapes complexes : lancement du Starship lunaire, ravitaillement en orbite, transfert vers la Lune, rendez-vous avec Orion, descente vers la surface lunaire, puis remontée en orbite lunaire.

Le point critique est le ravitaillement orbital. Pour envoyer Starship HLS vers la Lune, SpaceX devra démontrer qu’il peut transférer de grandes quantités d’ergols entre plusieurs Starship en orbite.

Le calendrier Artemis a évolué. La NASA présente désormais Artemis III comme une mission de démonstration en orbite basse, prévue en 2027, destinée à tester les opérations entre Orion et un ou plusieurs atterrisseurs commerciaux. Le premier alunissage habité du programme Artemis est désormais visé avec Artemis IV, début 2028. Starship HLS fait partie des atterrisseurs lunaires commerciaux développés pour Artemis, mais son rôle exact dépendra du calendrier NASA, des essais de ravitaillement orbital et de la disponibilité des systèmes.

Projet DearMoon

Le projet DearMoon était une mission privée annoncée en 2018 par le milliardaire japonais Yusaku Maezawa. L’objectif était d’emmener un groupe d’artistes autour de la Lune à bord de Starship, pour une mission d’environ six jours. Cependant, le projet a été annulé en 2024 en raison des retards du développement de Starship. DearMoon reste un épisode important de l’histoire médiatique du programme, mais il ne doit plus être présenté comme une mission à venir.

Programme Polaris

Le programme Polaris, annoncé par Jared Isaacman et SpaceX, comprend plusieurs missions privées. La première mission, Polaris Dawn, a été conçue autour de Crew Dragon. La dernière mission du programme a été annoncée comme devant utiliser Starship. Cette mission reste dépendante de la maturité du véhicule : avant un premier vol habité de Starship, SpaceX devra démontrer un niveau élevé de fiabilité, réussir plusieurs vols sans équipage, valider les systèmes de sécurité et prouver la capacité du véhicule à revenir de manière contrôlée. Polaris III doit donc être vu comme un objectif à long terme, et non comme une mission datée.

Starship et les missions commerciales

Starship a déjà attiré l’intérêt de clients commerciaux. L’un des premiers contrats annoncés concerne Superbird-9, un satellite de télécommunications de l’opérateur japonais SKY Perfect JSAT. Ce type de mission montre l’intérêt potentiel de Starship pour les satellites lourds ou volumineux : grâce à sa coiffe de grand diamètre, Starship pourrait permettre de concevoir des satellites moins contraints par le volume disponible au lancement. Tant que Starship n’est pas opérationnel pour des missions commerciales régulières, ces lancements restent des missions prévues ou envisagées, avec des dates susceptibles d’évoluer.

Usages potentiels de Starship

La grande promesse de Starship est d’augmenter fortement la masse et le volume disponibles pour les missions spatiales. Aujourd’hui, de nombreuses sondes, stations ou charges utiles sont conçues avec des contraintes extrêmes de masse et de volume. Si Starship tient ses promesses, certaines missions pourraient être conçues différemment : structures plus grandes, blindage plus important, instruments moins miniaturisés, architecture plus simple ou modules préassemblés. Les usages potentiels incluent les satellites de grande taille, les stations spatiales commerciales, les télescopes spatiaux géants, les missions scientifiques vers les planètes externes, le retour d’échantillons, le fret lunaire, les modules d’habitat, le ravitaillement orbital ou encore le transport rapide de fret sur Terre. Ces usages restent en grande partie prospectifs : ils dépendent de la réussite de la réutilisation complète, de la cadence de vol, du coût réel par lancement et des autorisations réglementaires.

Starship et Mars

Mars reste l’objectif à long terme de SpaceX. Elon Musk présente Starship comme le véhicule capable de transporter de grandes quantités de matériel, puis un jour des équipages, vers la planète rouge. Le scénario imaginé repose sur plusieurs étapes : lancement en orbite basse, ravitaillement orbital par plusieurs Starship tankers, transfert vers Mars, entrée atmosphérique, atterrissage, puis production locale de carburant à partir des ressources martiennes.

La production de carburant sur Mars reposerait sur l’utilisation du dioxyde de carbone de l’atmosphère martienne et de l’eau disponible localement pour produire du méthane et de l’oxygène. Cette approche, appelée ISRU, est essentielle pour envisager un retour vers la Terre. Mais les missions martiennes habitées restent lointaines : avant cela, Starship doit prouver sa fiabilité en orbite terrestre, réussir le ravitaillement orbital, démontrer sa réutilisation, valider sa protection thermique et accumuler de nombreux vols sans équipage.

Pourquoi Starship est important

Starship est l’un des projets spatiaux les plus ambitieux jamais développés. S’il atteint ses objectifs, il pourrait changer l’accès à l’espace de la même manière que Falcon 9 a transformé le marché des lancements. Son importance vient de trois idées principales. Premièrement, la réutilisation complète : Falcon 9 récupère son premier étage, mais Starship vise la récupération du booster et du vaisseau. Deuxièmement, la capacité d’emport : Starship doit transporter des charges beaucoup plus lourdes et volumineuses que Falcon 9. Troisièmement, la cadence : SpaceX veut faire de Starship un système capable de voler souvent, avec une remise en service rapide entre deux missions.

Ces trois éléments pourraient réduire les coûts, accélérer les projets spatiaux et ouvrir de nouvelles possibilités pour Starlink, la Lune, Mars et les stations spatiales commerciales. Pour ne rien manquer des prochains vols d’essai, consultez le calendrier des lancements 2026 ou suivez chaque vol en direct.

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FAQ Starship

Les questions les plus fréquentes sur la fusée géante de SpaceX.

Starship est-il déjà opérationnel ?

Non. Starship est encore en phase de développement et de vols d’essai. Plusieurs étapes importantes ont été franchies, mais le véhicule n’est pas encore utilisé pour des missions commerciales régulières.

Quelle est la différence entre Starship et Super Heavy ?

Super Heavy est le booster, c’est-à-dire le premier étage qui fournit la poussée au décollage. Starship est le vaisseau supérieur, qui poursuit la mission après la séparation. Ensemble, ils forment le système complet Starship/Super Heavy.

Starship a-t-il déjà atteint l’orbite ?

Pas encore. Starship a réalisé des vols transatmosphériques et suborbitaux, et a atteint l’espace lors de plusieurs essais. Le premier vol réellement orbital est attendu prochainement : SpaceX veut tenter la capture du vaisseau par la tour lors du vol 14, ce qui imposerait de boucler une orbite pour ramener le vaisseau à Starbase.

Starship remplacera-t-il Falcon 9 ?

À long terme, Starship pourrait remplacer certaines missions Falcon 9 et Falcon Heavy. Mais Falcon 9 reste aujourd’hui le lanceur opérationnel principal de SpaceX, notamment pour Starlink, Crew Dragon, Dragon cargo et les clients commerciaux.

Starship servira-t-il à lancer Starlink ?

Oui, c’est l’un des usages les plus importants de Starship. Les 20 premiers satellites Starlink V3, trop grands pour Falcon 9, ont été déployés pour la première fois lors du vol Starship 13, le 24 juillet 2026.

Starship ira-t-il sur la Lune ?

Une version lunaire, Starship HLS, est développée pour le programme Artemis de la NASA. Son rôle est de transporter des astronautes entre l’orbite lunaire et la surface de la Lune.

Starship ira-t-il sur Mars ?

C’est l’objectif à long terme de SpaceX. Cependant, les missions martiennes habitées nécessitent encore de nombreuses démonstrations techniques, notamment la réutilisation, le ravitaillement orbital et la fiabilité sur de longues durées.

Pourquoi Starship utilise-t-il du méthane ?

Les moteurs Raptor utilisent du méthane liquide et de l’oxygène liquide. Le méthane offre de bonnes performances, limite certains dépôts dans les moteurs et correspond à la vision martienne de SpaceX, qui imagine produire du carburant sur Mars à partir de ressources locales.