⚡ Mise à jour du 2 octobre 2026 — La fermeture commerciale de Falcon 9 se précise. Plusieurs sources du secteur indiquent désormais que SpaceX n’accepte plus de nouvelles commandes commerciales pour Falcon 9, alors que les places disponibles sur les missions futures sont devenues extrêmement rares. Des opérateurs européens qui comptaient sur SpaceX cherchent déjà des solutions de remplacement.
Cette évolution ne signifie pas que Falcon 9 va cesser de voler en 2028. Les missions déjà vendues restent au manifeste, tandis que la NASA et d’autres clients gouvernementaux américains doivent continuer à utiliser le lanceur pendant plusieurs années.
Une contradiction subsiste néanmoins : SpaceX n’a publié aucun communiqué annonçant officiellement la fin des ventes commerciales de Falcon 9. Sa page publique Rideshare continue même d’afficher un outil de réservation et de présenter des missions partagées régulières. Les informations remontant des clients suggèrent donc que la politique commerciale réelle a évolué plus vite que le site public.
Pour les opérateurs de satellites, la question devient urgente : que se passe-t-il si le lanceur commercial qui a dominé le marché pendant une décennie ferme son carnet avant que Starship soit disponible à grande échelle ?
Falcon 9 : SpaceX ne prendrait plus de nouveaux clients commerciaux
Lorsque nous avons publié cet article le 15 septembre, les premiers témoignages apparus à la World Space Business Week de Paris indiquaient déjà que SpaceX ne répondait plus à certaines demandes de devis pour Falcon 9.
Depuis, les informations se sont accumulées.
Des médias spécialisés américains et européens rapportent que plusieurs clients potentiels ont été informés que SpaceX n’acceptait plus de nouvelles commandes commerciales Falcon 9.
Le Wall Street Journal indique également que les nouvelles places sur les missions partagées Falcon 9 ne sont plus commercialisées au-delà de 2028, dans un marché où les capacités de lancement disponibles sont déjà fortement sollicitées.
Le quotidien économique français Les Echos décrit lui aussi un carnet de réservation Falcon 9 désormais complet et rapporte l’inquiétude de plusieurs industriels européens qui risquent de devoir attendre ou trouver un autre lanceur.
Ces informations concordantes rendent aujourd’hui beaucoup plus solide l’hypothèse d’une fermeture effective des nouvelles ventes commerciales Falcon 9.
Il reste néanmoins important de distinguer cette situation d’une annonce officielle : SpaceX n’a toujours pas publié de communiqué déclarant que Falcon 9 n’est plus proposé aux clients commerciaux.
Le site SpaceX continue pourtant de proposer « Reserve your ride online »
C’est la principale contradiction actuelle.
La page officielle du programme Smallsat Rideshare de SpaceX reste accessible. Elle présente toujours des missions à partir de 350 000 dollars pour 50 kg vers une orbite héliosynchrone, évoque des lancements SSO environ tous les quatre mois et invite les clients à rechercher puis réserver une place en ligne.
Cette interface publique ne prouve cependant pas qu’une nouvelle demande commerciale recevra effectivement un créneau Falcon 9 au-delà du manifeste déjà vendu.
Il est donc possible que le site commercial n’ait simplement pas encore été adapté à une politique de vente devenue beaucoup plus restrictive.
À ce stade, deux faits coexistent : SpaceX continue officiellement à présenter son programme Rideshare comme disponible, tandis que plusieurs clients et acteurs du marché disent être refusés lorsqu’ils cherchent concrètement de nouvelles capacités.
SpaceX avait déjà prévenu ses investisseurs
La situation n’est pas totalement inattendue.
Dans son prospectus financier publié en juin 2026, SpaceX avertissait déjà que la croissance de ses propres activités spatiales pouvait l’amener à prioriser ses propres charges utiles plutôt que de nouveaux contrats gouvernementaux ou des clients tiers.
Le même document explique que SpaceX transfère progressivement ses ressources de production et de développement vers Starship.
L’entreprise écrit également que cette transition stratégique devrait réduire matériellement la demande future de vols Falcon 9.
La fermeture actuelle du carnet commercial apparaît donc cohérente avec une stratégie déjà exposée officiellement plusieurs mois auparavant, même si SpaceX n’a pas annoncé publiquement une date précise de fin des ventes.
Falcon 9 ne va pas s’arrêter en 2028
La fermeture des nouvelles commandes commerciales ne doit surtout pas être confondue avec la retraite du lanceur.
Falcon 9 possède encore un important carnet de missions déjà vendues : satellites commerciaux, missions scientifiques, vols Crew Dragon, ravitaillement de la Station spatiale internationale et missions de sécurité nationale américaines.
Certains clients ont d’ailleurs sécurisé très tôt de nombreux vols. Varda Space, par exemple, indique disposer de dizaines de réservations de lancement courant jusqu’en 2029.
Les missions de la NASA constituent également un cas particulier. Falcon 9 et Crew Dragon restent aujourd’hui un système certifié et opérationnel pour transporter des astronautes vers la Station spatiale internationale.
SpaceX n’a annoncé aucune date officielle de dernier vol Falcon 9.
Une Falcon 9 peut donc continuer à décoller après 2028 tout en étant devenue impossible à réserver pour un nouveau client commercial.
Pourquoi SpaceX ferme-t-il un carnet aussi demandé ?
Falcon 9 reste pourtant l’un des lanceurs les plus utilisés et les plus éprouvés au monde.
Mais SpaceX dispose désormais de besoins internes capables d’absorber une part considérable de sa capacité de lancement.
Starlink, Starlink Mobile, Starshield et les futurs satellites de calcul Starmind AI1 nécessitent tous des volumes de lancement importants.
Le prospectus de SpaceX dit explicitement que l’entreprise pourrait privilégier ses propres charges utiles pour atteindre ses objectifs dans le calcul orbital.
En parallèle, maintenir Falcon 9 indéfiniment mobiliserait des équipes, des chaînes de fabrication, des installations et des ressources d’ingénierie que SpaceX veut transférer progressivement vers Starship.
Starship vient justement de franchir une étape décisive
Depuis la première version de cet article, la situation de Starship a profondément changé.
Le 28 septembre 2026, Starship Flight 14 a réalisé la première véritable insertion orbitale du programme.
Ship 41 a ensuite déployé 26 satellites Starlink V3 en orbite, avant de réaliser sa manœuvre de désorbitation et sa rentrée atmosphérique.
Le vol a connu plusieurs anomalies moteur et SpaceX a raccourci sa durée, mais le passage à une mission orbitale avec déploiement d’une charge utile réelle représente une étape essentielle vers l’utilisation opérationnelle de Starship.
La stratégie consistant à transférer progressivement les missions de Falcon 9 vers Starship paraît donc aujourd’hui moins théorique qu’elle ne l’était quelques semaines auparavant.
Mais Starship ne remplace toujours pas Falcon 9 pour un client ordinaire
C’est le principal problème de cette transition.
Falcon 9 dispose d’une infrastructure commerciale mature : prix connus, intégrateurs spécialisés, procédures standardisées, missions Transporter régulières et longue expérience avec des satellites de nombreux clients.
Il n’existe toujours pas d’équivalent public de Transporter sur Starship vers l’orbite terrestre.
Starship doit encore démontrer une cadence orbitale régulière, améliorer sa fiabilité, mettre en place ses systèmes de récupération et proposer une véritable offre commerciale standardisée.
La transition crée donc une période délicate : le carnet Falcon 9 paraît se fermer avant que son successeur soit disponible comme service de lancement commercial de masse.
Les premiers clients commerciaux de Starship apparaissent néanmoins
SpaceX ne part pas de zéro.
La société japonaise ispace a réservé 500 kg de capacité sur une future mission Starship destinée à la Lune, avec un objectif au plus tôt en 2030.
SpaceX commercialise également directement des missions cargo vers la surface lunaire à partir d’aussi tôt que 2028, avec un prix actuellement affiché de 100 millions de dollars par tonne métrique.
En septembre, la société luxembourgeoise Space Cargo est également devenue le premier client européen connu du programme Starfall.
Sa mission de 2028 doit utiliser Starship pour déployer une capsule de retour permettant de ramener jusqu’à une tonne de matériaux ou d’expériences depuis l’orbite.
Ces contrats montrent que la commercialisation de Starship commence réellement, mais ils ne constituent toujours pas un service de lancement orbital standard comparable à Falcon 9.
Pourquoi l’Europe est particulièrement exposée
La fermeture progressive du carnet Falcon 9 intervient au mauvais moment pour de nombreux opérateurs européens.
Pendant plusieurs années, Falcon 9 et les missions Transporter ont constitué une solution particulièrement attractive pour les satellites européens grâce à leur cadence, leurs prix et leur flexibilité.
Le PDG d’Avio, Giulio Ranzo, a indiqué en septembre que son entreprise recevait désormais de nombreux clients qui n’avaient pas réussi à obtenir de place chez SpaceX.
Certains de ces opérateurs auraient également demandé aux institutions européennes un soutien financier afin de compenser le coût plus élevé d’un lancement avec un fournisseur européen.
Avio exploite Vega C, mais sa cadence actuelle reste limitée. L’entreprise envisage de passer d’environ quatre à six missions annuelles, une accélération qui nécessiterait des investissements supplémentaires et une montée en cadence de toute sa chaîne industrielle.
Ariane 6 récupère des contrats, mais sa capacité n’est pas illimitée
La situation ne signifie pas que l’Europe est littéralement privée de lanceurs.
Arianespace a au contraire annoncé en septembre sa plus importante vague de nouvelles commandes depuis l’entrée en service d’Ariane 6.
Sept accords couvrant près de dix nouveaux lancements Ariane 64 ont été annoncés, notamment pour Amazon Leo, Eutelsat, The Exploration Company et KT SAT.
Amazon Leo a notamment ajouté six vols, portant à 24 le nombre de missions Ariane 64 prévues dans le cadre de son contrat jusqu’en 2031.
Cette réussite constitue néanmoins aussi un paradoxe : plus Ariane 6 attire de clients, plus ses propres créneaux se remplissent.
L’Europe dispose donc de solutions, mais pas d’une réserve illimitée capable d’absorber immédiatement tous les satellites qui comptaient auparavant sur Falcon 9.
Un véritable manque de capacité mondiale de lancement
Le problème dépasse d’ailleurs l’Europe.
Les opérateurs de satellites, les fabricants et les intermédiaires du rideshare décrivent depuis plusieurs mois une demande de lancement augmentant plus vite que l’offre disponible.
Certains intégrateurs comme Exolaunch et SEOPS ont même acheté des Falcon 9 entières afin de sécuriser de la capacité pour leurs propres clients.
SEOPS a par exemple dû réaffecter une Falcon 9 déjà réservée afin d’ouvrir une nouvelle mission Waymaker en 2028 face à une demande supérieure aux attentes.
Dans ce contexte, le retrait progressif du lanceur qui fournissait la plus grande quantité de capacité commerciale peut créer une période de tension avant que Starship, Ariane 6, New Glenn et les nouveaux lanceurs atteignent leurs cadences prévues.
Une opportunité pour Vega C, Ariane 6 et les nouveaux lanceurs européens
Le recul commercial de Falcon 9 crée néanmoins une opportunité inhabituelle pour ses concurrents.
Vega C et Ariane 6 peuvent récupérer une partie de la demande. À plus long terme, les futurs lanceurs européens privés — notamment ceux développés par Isar Aerospace, Rocket Factory Augsburg ou HyPrSpace — cherchent eux aussi à capter une partie de ce marché.
Leur défi ne consiste toutefois pas seulement à atteindre l’orbite. Ils doivent proposer simultanément une cadence élevée, des prix compétitifs, une bonne fiabilité et des calendriers suffisamment prévisibles pour remplacer la simplicité commerciale offerte par Transporter.
La disparition progressive de Falcon 9 du marché commercial pourrait donc offrir aux lanceurs européens une demande qu’ils n’auraient pas obtenue autrement, mais seulement s’ils disposent de véhicules et de créneaux au moment où les clients en ont besoin.
Falcon 9 commercial : ce qu’il faut retenir
- Falcon 9 continue de voler : SpaceX n’a annoncé aucune date de retraite du lanceur ;
- nouvelles commandes commerciales : plusieurs sources indiquent que SpaceX n’accepte désormais plus de nouveaux contrats Falcon 9 commerciaux ;
- après 2028 : les nouvelles capacités Rideshare apparaissent particulièrement limitées ou fermées ;
- missions déjà vendues : elles restent au manifeste et pourront continuer après 2028 ;
- missions gouvernementales : Falcon 9 devrait continuer à servir notamment la NASA et la sécurité nationale américaine ;
- contradiction officielle : la page publique SpaceX Rideshare continue d’inviter les clients à réserver en ligne ;
- stratégie officielle : SpaceX a prévenu qu’elle pouvait privilégier ses propres charges utiles et qu’elle transférait des ressources vers Starship ;
- Starship : Flight 14 a atteint l’orbite et déployé 26 Starlink V3 le 28 septembre ;
- service Starship : plusieurs contrats commerciaux existent, mais aucun équivalent orbital public de Transporter n’est encore disponible ;
- Europe : Avio dit recevoir des clients refusés par SpaceX, tandis qu’Ariane 6 remplit rapidement son carnet de commandes.
Conclusion : Falcon 9 vole toujours, mais son marché commercial se referme
La distinction devient désormais essentielle.
Falcon 9 n’est pas retirée du service. Elle continuera encore à lancer Starlink, des missions déjà contractées, Crew Dragon et des charges gouvernementales.
En revanche, les témoignages convergent de plus en plus vers un autre constat : acheter aujourd’hui une nouvelle mission commerciale Falcon 9 devient extrêmement difficile, voire impossible pour certains profils de clients.
SpaceX n’a pas encore transformé cette évolution en annonce publique et sa page Rideshare continue paradoxalement d’afficher une offre commerciale.
Le véritable enjeu n’est donc plus seulement la date du dernier Falcon 9. Il est de savoir si Starship sera commercialement prêt assez vite pour éviter plusieurs années de pénurie de capacité de lancement.
Pour l’Europe, cette période représente à la fois un risque et une opportunité : perdre l’accès simple et peu coûteux à Falcon 9, mais récupérer une demande commerciale considérable pour Ariane 6, Vega C et les lanceurs européens de nouvelle génération.
À lire aussi : notre guide complet Falcon 9 · notre dossier Starship · le premier vol orbital de Starship · notre article sur le transfert des lancements Starlink de Falcon 9 vers Starship en Floride.
Sources
- SpaceX : page officielle du programme Smallsat Rideshare ;
- SpaceX : prospectus financier 2026, transition des ressources de Falcon vers Starship et priorité possible aux charges internes ;
- Les Echos : « C’est un triple électrochoc : SpaceX débranche Falcon 9, clouant le spatial européen au sol », consulté le 2 octobre 2026 ;
- European Spaceflight : déclarations du PDG d’Avio sur l’arrivée de clients refusés par SpaceX ;
- Wall Street Journal : pénurie de capacités de lancement et retrait progressif des missions partagées Falcon 9 ;
- Arianespace : nouvelles commandes Ariane 6 annoncées en septembre 2026 ;
- Reuters : première mission commerciale Starship / Starfall de Space Cargo en 2028 ;
- ispace : réservation de 500 kg de capacité lunaire sur Starship au plus tôt en 2030.
Plusieurs clients, concurrents et médias spécialisés indiquent que SpaceX n’accepte désormais plus certaines nouvelles commandes commerciales Falcon 9. SpaceX n’a cependant publié aucune annonce générale confirmant la fermeture des ventes et sa page Rideshare continue d’afficher un service de réservation.
Non. La fermeture des nouvelles commandes commerciales ne signifie pas la retraite de Falcon 9. Les missions déjà contractées ainsi que des vols pour la NASA et d’autres clients gouvernementaux doivent continuer après 2028. SpaceX n’a annoncé aucune date de dernier vol.
SpaceX transfère progressivement ses ressources vers Starship et a indiqué dans son prospectus 2026 qu’elle pourrait privilégier ses propres charges utiles plutôt que de nouveaux clients tiers. Starlink, Starlink Mobile et les futurs besoins de calcul orbital exigent une capacité de lancement très importante.
Pas encore comme service commercial régulier. Starship a atteint l’orbite et déployé 26 Starlink V3 pendant Flight 14, et plusieurs premiers contrats commerciaux existent. Mais SpaceX ne propose toujours pas de programme orbital public comparable au service Transporter de Falcon 9.
L’Europe dispose d’Ariane 6 et de Vega C, mais leur capacité disponible est limitée et leurs carnets se remplissent rapidement. Avio indique recevoir des clients refusés par SpaceX, tandis qu’Arianespace a annoncé près de dix nouveaux lancements Ariane 64 en septembre 2026.



