⚡ Publié le 15 septembre 2026. Au pôle Sud de la Lune se trouve un cratère d’environ 20 kilomètres de diamètre qui concentre depuis des années l’attention des agences spatiales : Shackleton. Son intérieur reste plongé dans une obscurité presque permanente, tandis que certains reliefs de sa bordure reçoivent la lumière du Soleil pendant une grande partie de l’année.
Ce contraste pourrait faire de la région l’un des endroits les plus précieux pour une future présence humaine : glace d’eau potentielle dans les zones froides, énergie solaire à proximité, communication favorable avec la Terre et accès à des terrains encore presque inexplorés.
Résumé : pourquoi Shackleton est-il si convoité ?
- Eau : les régions en ombre permanente du pôle Sud peuvent conserver de la glace depuis des milliards d’années.
- Énergie : certaines zones élevées autour de Shackleton sont éclairées pendant une grande partie de l’année.
- Carburant potentiel : l’eau pourrait à terme fournir oxygène et hydrogène, même si son exploitation reste à démontrer.
- Science : les glaces piégées dans ces zones très froides peuvent conserver des informations anciennes sur l’histoire du système solaire.
- Stratégie : les États-Unis et la Chine concentrent une partie importante de leurs futurs programmes lunaires vers le pôle Sud.
Shackleton, un cratère presque exactement au pôle Sud de la Lune
Le cratère Shackleton se trouve pratiquement au pôle Sud géographique de la Lune. Il mesure environ 20 kilomètres de diamètre et son intérieur descend à plus de 4 kilomètres de profondeur.
Cette localisation produit des conditions très particulières. L’axe de rotation de la Lune n’est incliné que d’environ 1,5°. Près du pôle, le Soleil reste donc toujours très bas sur l’horizon.
Les parois profondes de Shackleton empêchent ainsi la lumière d’atteindre une grande partie de son intérieur. Certaines zones sont restées dans l’ombre pendant des périodes extrêmement longues et font partie des régions en ombre permanente, ou PSR.
Premier trésor : de la glace d’eau potentiellement accessible
Ces zones sont si froides que des molécules d’eau peuvent y rester piégées sous forme de glace au lieu de s’évaporer dans l’espace.
Les missions orbitales ont confirmé la présence de glace d’eau dans les régions polaires de la Lune. En revanche, la quantité, la profondeur et la facilité d’extraction de la glace précisément à l’intérieur de Shackleton restent incertaines.
C’est une distinction importante : le cratère ne doit pas être décrit comme un gigantesque réservoir d’eau déjà cartographié et prêt à être exploité.
Pour les futures missions, même des dépôts beaucoup plus modestes pourraient néanmoins avoir une valeur considérable.
Pourquoi l’eau lunaire serait-elle aussi précieuse ?
La première utilisation serait évidente : fournir de l’eau aux astronautes sans devoir la transporter intégralement depuis la Terre.
Mais l’eau peut également être séparée en hydrogène et oxygène. L’oxygène peut servir aux systèmes de survie et les deux éléments peuvent potentiellement entrer dans la production d’ergols.
Dans un scénario futur, une base capable d’utiliser les ressources locales pourrait donc réduire la quantité de matériel qu’il faut envoyer depuis la Terre.
Cette économie reste cependant théorique tant que l’extraction et le traitement de la glace lunaire n’ont pas été démontrés à grande échelle.
Deuxième avantage : presque toujours du Soleil juste à côté
Le paradoxe de Shackleton est que les zones extrêmement sombres sont voisines de reliefs bénéficiant d’un éclairage exceptionnellement long.
NASA indique que trois points de la bordure du cratère sont, collectivement, éclairés pendant plus de 90 % de l’année.
Cela ne signifie pas qu’un point précis bénéficie de Soleil 24 heures sur 24 toute l’année. Mais la région présente des conditions beaucoup plus favorables à l’énergie solaire que de nombreux sites équatoriaux, soumis à environ deux semaines de jour suivies de deux semaines de nuit.
Pour une base lunaire, disposer d’électricité pendant de longues périodes à proximité immédiate de zones riches en ressources potentielles serait un avantage majeur.
Shackleton est aussi une capsule temporelle scientifique
La glace éventuellement conservée dans ces cratères intéresse également les scientifiques pour une raison totalement différente.
Protégés du Soleil pendant des milliards d’années, ces dépôts pourraient avoir conservé des molécules apportées par des comètes, des astéroïdes ou le vent solaire.
Étudier leur composition pourrait donc aider à reconstituer l’histoire de l’eau sur la Lune et, plus largement, certains épisodes anciens du système solaire.
Une exploitation trop brutale de ces régions pourrait en revanche modifier ou détruire une partie de ces archives naturelles. L’intérêt économique et l’intérêt scientifique ne sont donc pas toujours parfaitement compatibles.
Pourquoi la NASA s’intéresse autant au pôle Sud
Le programme Artemis concentre sa stratégie d’exploration de surface sur le pôle Sud lunaire.
Après la réorganisation du programme en 2026, Artemis III doit désormais tester les atterrisseurs commerciaux en orbite terrestre en 2027. NASA vise Artemis IV au début de 2028 pour le premier nouvel alunissage habité.
Cette mission doit explorer la région du pôle Sud. NASA étudie plusieurs zones possibles en fonction de la sécurité du terrain, de l’éclairage, des communications et de l’intérêt scientifique.
Shackleton lui-même n’est donc pas aujourd’hui désigné comme le site certain de l’alunissage. Il reste néanmoins au cœur de la géographie qui explique l’intérêt du pôle Sud.
SpaceX participe directement à cette stratégie avec le développement du Starship lunaire HLS.
La Chine regarde elle aussi vers Shackleton
La Chine poursuit une stratégie parallèle avec son programme Chang’e.
La mission Chang’e-7 est conçue pour explorer le pôle Sud, étudier son environnement et rechercher directement la glace d’eau et les autres éléments volatils présents dans le sol.
En mars 2026, l’agence spatiale chinoise a également relayé une nouvelle étude consacrée spécifiquement à la stabilité de la glace d’eau dans la région de Shackleton, avec un lien direct vers la préparation des observations de Chang’e-7.
La Chine prévoit ensuite Chang’e-8 comme autre étape vers son projet de station internationale de recherche lunaire.
Une nouvelle course à la Lune, mais pas pour planter un drapeau sur Shackleton
Parler de « convoitises » ne signifie pas que NASA, SpaceX ou la Chine peuvent simplement revendiquer Shackleton comme un territoire national.
L’enjeu réel est d’être parmi les premiers à comprendre, utiliser et maîtriser les ressources du pôle Sud.
Une mission capable de produire de l’énergie sur place, d’extraire de l’eau et de transformer certaines ressources locales disposerait d’un avantage considérable pour construire une présence lunaire durable.
C’est cette combinaison très rare — lumière à proximité, froid extrême, eau potentielle et accès à des terrains scientifiquement précieux — qui transforme Shackleton en l’un des lieux les plus stratégiques de la Lune.
Conclusion : un cratère qui pourrait décider où l’humanité s’installe sur la Lune
Shackleton n’est ni une mine d’eau déjà prouvée ni le futur emplacement certain d’une base lunaire.
Mais peu d’endroits réunissent autant d’avantages potentiels dans une zone aussi réduite : glace d’eau, longues périodes d’ensoleillement, communication favorable avec la Terre et intérêt scientifique majeur.
C’est pourquoi le cratère et toute la région qui l’entoure occupent une place centrale dans la nouvelle exploration du pôle Sud.
Dans les prochaines années, les missions américaines et chinoises devront répondre à la question décisive : les ressources que l’on pense trouver autour de Shackleton sont-elles réellement assez abondantes et accessibles pour soutenir durablement des humains sur la Lune ?
À lire aussi : notre guide Starship et notre dossier sur le Starship lunaire développé pour Artemis.
Shackleton se trouve pratiquement au pôle Sud lunaire. Son intérieur comporte des régions en ombre permanente susceptibles de conserver de la glace d’eau, tandis que certains reliefs voisins bénéficient de très longues périodes d’ensoleillement, deux caractéristiques intéressantes pour de futures missions.
La présence de glace d’eau dans les régions polaires lunaires est confirmée, et Shackleton possède des zones suffisamment froides pour en conserver. En revanche, la quantité et l’accessibilité de la glace précisément dans Shackleton restent à déterminer.
Ce n’est pas confirmé. NASA vise la région du pôle Sud pour les futurs alunissages Artemis et étudie plusieurs zones candidates. Shackleton est un site majeur de la région mais n’est pas annoncé comme le lieu certain du prochain alunissage.
La mission Chang’e-7 doit étudier l’environnement du pôle Sud et rechercher notamment l’eau, la glace et d’autres éléments volatils. Des chercheurs chinois ont également étudié en 2026 la stabilité de la glace dans la région de Shackleton pour préparer cette exploration.



