Le plus spectaculaire est derrière le décollage, l’arrachement au pas de tir, l’insertion en orbite. Mais pour Sophie Adenot et l’équipage de Crew-12 / mission européenne Epsilon, le décollage n’est que le début d’une séquence longue, très codifiée, et surtout très dense. De l’amarrage automatique à l’ISS jusqu’au retour sur Terre plusieurs mois plus tard, voici ce qui attend la Française en orbite.
1) Dans les prochains jours : rendez-vous orbital et amarrage à l’ISS
Une poursuite de plus de 24 heures
Après le lancement, Crew Dragon se place sur une orbite proche, puis entame une phase de poursuite : l’objectif est de “rattraper” la Station spatiale internationale en ajustant progressivement distance, vitesse et alignement.
Approche automatique, par paliers
L’approche finale se fait en mode automatique :
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Moteurs de manœuvre : ils corrigent l’orbite pour venir se présenter face au port d’accueil, généralement sur le module Harmony.
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Points d’attente : Crew Dragon avance par étapes, avec des pauses de sécurité. À chaque palier, équipes au sol et équipage vérifient les paramètres essentiels : guidage, vitesse relative, communications, alignement.
« Soft capture », puis « hard capture »
C’est la phase “clic-clac” qui valide l’amarrage :
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Soft capture : contact doux, stabilisation initiale.
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Hard capture : des crochets mécaniques verrouillent la capsule à la Station, amarrage terminé.
Contrôles après amarrage
Avant toute ouverture, on confirme :
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étanchéité,
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stabilité mécanique,
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connexions (électricité, données) entre la capsule et l’ISS.
2) Juste après : ouverture des écoutilles et arrivée à bord
Égalisation de pression (étape obligatoire)
Impossible d’ouvrir “comme une porte”. On commence par mettre le tunnel entre la capsule et l’ISS à la même pressionet à la même composition d’air que la Station, puis on s’assure qu’il n’y a aucune fuite.
Ouverture en deux temps
La procédure est stricte :
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Ouverture de l’écoutille côté ISS (module Harmony)
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Ouverture de l’écoutille côté Crew Dragon
Le tout se fait lentement, avec des contrôles visuels et atmosphériques à chaque étape.
Accueil et cérémonie de bienvenue
Les astronautes de Crew Dragon entrent un par un dans la Station. Traditionnellement :
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accueil par l’équipage déjà présent,
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courte cérémonie,
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premiers échanges et messages avec les centres de contrôle… et souvent les premiers mots “grand public” depuis l’ISS.
3) Prise de poste de Sophie Adenot : passer de “visiteuse” à membre d’équipage
L’amarrage et l’ouverture des écoutilles sont très codifiés, mais l’essentiel est là : Sophie Adenot devient officiellement membre de l’équipage de l’ISS.
Premières heures : santé, adaptation, installation
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Contrôles médicaux de base : fréquence cardiaque, tension, état général.
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Tests d’adaptation à la micro-gravité, avec suivi au sol.
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Installation : attribution de son espace de couchage (“rack”), mise en place du poste de travail, configuration des équipements personnels et informatiques.
Intégration opérationnelle
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rappel des procédures ISS avec les responsables de segment (US, européen, etc.),
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prise en main des routines à bord,
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premières tâches de Epsilon souvent très vite : vérifications d’équipements, opérations simples, ou contribution à une maintenance planifiée.
4) Dans les prochaines semaines : la mission Epsilon monte en puissance
Démarrage progressif du programme scientifique
Le programme scientifique se met en place progressivement, avec en particulier les expériences européennes et françaises supervisées depuis le CADMOS (CNES). L’idée : faire de l’astronaute le “bras en orbite” de la communauté scientifique au sol.
Vie quotidienne sur l’ISS : un rythme très cadré
En parallèle des expériences :
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maintenance et opérations courantes,
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exercices physiques quotidiens obligatoires,
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logistique : arrivée de cargos, transferts de matériel, rangement, gestion des stocks,
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possibles manœuvres de rehausse d’orbite (l’ISS doit régulièrement compenser la traînée atmosphérique).
Sorties extravéhiculaires (EVA) : si nécessaire
Selon le planning, Sophie Adenot peut être amenée à :
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se préparer à une EVA,
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et y participer si une opération de maintenance/installation l’exige.
5) Sur l’ensemble de la mission : environ 9 mois de science, d’opérations… et de transmission
Expériences en micro-gravité
Pendant la mission, l’équipage réalise un grand nombre d’expériences, par exemple :
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biologie,
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sciences des matériaux,
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observation de la Terre,
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travaux utiles à la préparation des futures explorations lunaires et martiennes.
Spécificité française : le lien CADMOS (Toulouse)
Les expériences françaises de Epsilon sont mises en œuvre et suivies depuis le CADMOS, qui joue un rôle clé dans l’exploitation scientifique : planification, support, suivi des données et coordination avec les laboratoires.
Éducation & communication : l’ISS comme scène mondiale
Une partie du temps est aussi dédiée à :
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échanges avec des écoles,
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interventions en direct, vidéos, messages,
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mise en avant des filières scientifiques et du spatial auprès du grand public.
6) Fin de mission : passation, désamarrage et retour sur Terre
Avant de rentrer : transmettre et rapatrier
Vers la fin des ~9 mois :
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passation avec l’équipage suivant,
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rangement,
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rapatriement dans Crew Dragon d’échantillons et d’équipements scientifiques.
Retour : désorbitation, rentrée, amerrissage
La séquence de retour suit un schéma connu :
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désamarrage,
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désorbitation contrôlée,
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rentrée atmosphérique,
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amerrissage au large des côtes des États-Unis,
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récupération de l’équipage.
Après l’ISS : réadaptation et débriefings
De retour sur Terre :
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protocole de réadaptation médicale et physique,
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débriefings techniques et scientifiques pour exploiter les données de mission.
Un planning vivant, ajusté en continu
Même si les grandes étapes sont connues, les détails (jour exact de certaines expériences, ordre des tâches, éventuelles EVA, créneaux de communication) sont mis à jour en continu par l’ESA, la NASA et le CNES — et peuvent évoluer au fil de la mission.



