Starship : tout savoir sur la fusée géante de SpaceX
Le Starship, anciennement appelé Big Falcon Rocket (BFR), est un lanceur spatial super-lourd et entièrement réutilisable développé par SpaceX, la société fondée par Elon Musk. Conçu pour transporter à terme plus de 200 tonnes de charge utile vers l’orbite terrestre basse dans sa version réutilisable, il représente une véritable révolution dans le domaine spatial. Par sa conception innovante, sa puissance inégalée et son objectif de réutilisation complète, Starship ambitionne de rendre l’accès à l’espace bien plus économique et durable.
Composé de deux étages entièrement réutilisables — le booster Super Heavy et le vaisseau Starship — le lanceur vise à réduire drastiquement le coût des missions spatiales. Cette réutilisation complète, jamais réalisée à cette échelle, pourrait bouleverser le modèle économique de l’industrie spatiale. Les premiers vols d’essai suborbitaux ont été réalisés à partir d’avril 2023, marquant le début d’une série de tests ambitieux destinés à valider la conception et la récupération des deux étages.
Un développement progressif et itératif
Le développement du Starship repose sur une approche incrémentale et expérimentale, fidèle à la méthode de SpaceX. La première version, appelée Bloc 1, utilisée pour les vols d’essai jusqu’en janvier 2025, dispose d’une capacité de lancement d’environ 15 tonnes en configuration entièrement réutilisable. Haute de 121,3 mètres pour un diamètre constant de 9 mètres, cette version pèse environ 5 000 tonnes au décollage. Le premier étage, le Super Heavy, haut de 71 mètres, est commun à toutes les versions du lanceur, tandis que le second étage — le vaisseau Starship — varie selon le type de mission et incorpore directement la charge utile.
Les deux étages sont propulsés par les puissants moteurs Raptor, conçus et fabriqués par SpaceX. Ces moteurs brûlent un mélange de méthane liquide (CH₄) et de dioxygène liquide (LOX) selon un cycle à combustion étagée à flux complet, une technologie extrêmement efficace et rarement maîtrisée. Le Starship peut décoller depuis plusieurs sites de lancement : la base de Boca Chica (Starbase) au Texas, le complexe 39A du centre spatial Kennedy en Floride, ainsi que le complexe 37 de Cap Canaveral. La version opérationnelle (Bloc 3), propulsée par des Raptor 3, doit permettre de placer plus de 100 tonnes en orbite basse, marquant une avancée décisive vers une exploitation commerciale et scientifique à grande échelle.
Le développement du Starship a débuté avec la présentation du concept lors du Congrès international d’astronautique. SpaceX adopte une stratégie de tests rapides et continus : un premier prototype, le Starhopper, réalise un vol inaugural en 2019. Le développement du premier étage s’accélère dès 2021, avec des essais statiques réussis avant le premier vol complet en avril 2023. Ce lancement, bien qu’écourté par une défaillance, a permis d’importantes améliorations techniques. Les vols suivants ont progressivement validé la séparation des étages, la résistance thermique et la récupération contrôlée du booster. En octobre 2024, SpaceX réalise un exploit inédit : le rattrapage en vol du premier étage par les bras de la tour de lancement. Quelques mois plus tard, lors du neuvième vol en mai 2025, le même booster est réutilisé après seulement cinq mois, démontrant la viabilité de la réutilisation rapide, cœur du modèle Starship.
Objectifs et missions du Starship
Le Starship n’est pas seulement un lanceur orbital : il est au centre de la stratégie spatiale de SpaceX pour les prochaines décennies. Sélectionné par la NASA le 16 avril 2021 dans le cadre du programme Artemis, il servira d’atterrisseur lunaire (HLS) pour déposer les astronautes sur la Lune. Deux configurations distinctes sont prévues : une version équipée pour l’alunissage habité et une version de ravitaillement orbital, destinée à transférer les ergols nécessaires à la mission sur une orbite terrestre basse. L’objectif est de permettre le retour de l’Homme sur la Lune en 2027 avec la mission Artemis III, première étape d’un programme lunaire durable.
Parallèlement, SpaceX compte utiliser le Starship pour déployer la constellation Starlink de deuxième génération. Grâce à sa capacité d’emport exceptionnelle, un seul lancement pourra mettre en orbite plusieurs centaines de satellites. À terme, le Starship devrait remplacer les lanceurs Falcon 9 et Falcon Heavy, devenant le véhicule spatial principal de SpaceX pour toutes les missions : commerciales, scientifiques, habitées et interplanétaires.
Mais au-delà de ces objectifs immédiats, Elon Musk nourrit une ambition plus vaste : utiliser le Starship comme vecteur de la colonisation de Mars. Ce projet, au cœur de la philosophie de SpaceX, vise à faire de l’humanité une espèce multi-planétaire, capable d’assurer sa survie à long terme.
Contexte et origines du projet
L’un des principaux freins à l’expansion humaine dans l’espace reste le coût du lancement. Dès la création de SpaceX en 2002, Elon Musk s’est fixé comme mission de réduire drastiquement ce coût afin de rendre les voyages interplanétaires envisageables. Après les succès du Falcon 1 puis du Falcon 9, SpaceX a démontré la faisabilité de la réutilisation partielle d’un lanceur avec la récupération du premier étage. Ces avancées ont ouvert la voie à une nouvelle génération de fusées, encore plus puissantes et entièrement réutilisables.
L’idée d’un lanceur super-lourd est évoquée dès 2010, mais les premiers développements concrets débutent en 2012. Le concept repose sur une architecture radicalement nouvelle, rompant avec la lignée des lanceurs Falcon, tout en conservant les principes éprouvés de retour contrôlé et d’atterrissage vertical.
Des concepts initiaux à la vision interplanétaire
Lors de la conférence AIAA Joint Propulsion 2010, SpaceX présente pour la première fois un projet de fusée super-lourde : le Falcon X, haute de 75 mètres et propulsée par trois moteurs Merlin 2, dérivés des Merlin 1D, capables de développer 545 tonnes de poussée chacun. À partir de cette base, SpaceX imagine des variantes plus ambitieuses comme le Falcon X Heavy et surtout le Falcon XX, un lanceur de 100 mètres de haut et 10 mètres de diamètre, doté de six moteurs Merlin 2 pour une poussée totale de 4 625 tonnes. Ces concepts visaient déjà des capacités d’emport comprises entre 30 et 140 tonnes en orbite basse.
En 2012, Elon Musk officialise un projet encore plus audacieux : le Mars Colonial Transporter (MCT), conçu pour permettre la colonisation de Mars. Ce lanceur devait transporter plus de 100 passagers et plus de 200 tonnes de charge utile vers la planète rouge. Le moteur Raptor, alors en développement, devient la clé de cette ambition. Conçu pour fonctionner au méthane liquide et à l’oxygène liquide, il introduit un cycle à combustion étagée à flux complet, une première à cette échelle.
En 2016, lors du Congrès international d’astronautique de Guadalajara, Musk dévoile pour la première fois publiquement le Système de transport interplanétaire (ITS). Ce concept présente une fusée géante de 122 mètres de haut et 12 mètres de diamètre, capable d’emporter 300 tonnes en orbite basse en version réutilisable et jusqu’à 550 tonnes en version non réutilisable. Le premier étage, équipé de 42 moteurs Raptor, et le second, de 9 moteurs, sont tous deux conçus pour être récupérés et réutilisés. Cette version introduit déjà plusieurs principes qui seront conservés dans le Starship actuel : réservoirs autogènes, ergols sous-refroidis, pressurisation simplifiée et architecture tout-en-un en acier inoxydable.

Starship – Caractéristiques techniques détaillées
Dans sa version testée en 2025 (Bloc 2), Starship atteint 123,1 mètres de haut pour un diamètre de 9 mètres. Sa masse au décollage est d’environ 5 200 tonnes, pour une poussée totale de 7 750 tonnes, soit un rapport poussée/poids de 150 %. En mode totalement réutilisable, le Bloc 2 peut placer 35 tonnes en orbite terrestre basse. La version suivante, le Bloc 3, plus massive et équipée de moteurs Raptor 3, pourra emporter plus de 100 tonnes en orbite basse.
Le lanceur Starship / Super Heavy se compose de deux étages : le Super Heavy, premier étage commun à toutes les versions, et le vaisseau Starship, deuxième étage, dont les caractéristiques varient selon la mission (cargo, atterrisseur lunaire, tanker ou version habitée). Cette architecture évolue en permanence, car SpaceX adopte une méthode de développement itérative et incrémentale, où chaque vol apporte des améliorations techniques.
Évolution des versions du Starship
Version 1 (Bloc 1)
Première itération, utilisée pour les vols d’essai suborbitaux et quasi orbitaux entre 2023 et 2024. La fusée mesurait 121,3 m de haut et pouvait placer environ 15 tonnes en orbite basse. Elle introduit la séparation à chaud dès le deuxième vol, augmentant l’efficacité du système. Après le sixième vol (19 novembre 2024), cette version est retirée.
Version 2 (Bloc 2)
Testée en 2025, cette version bénéficie d’ailerons avant redessinés, d’une capacité de propergols accrue de 25 %, et d’une nouvelle jonction inter-réservoirs (e-dome). Le Starship Bloc 2 mesure 123,1 m, affiche une poussée de 7 500 tonnes, et peut placer environ 35 tonnes en orbite basse. Il utilise encore les moteurs Raptor 2, mais avec des conduites de méthane individuelles pour les Raptors optimisés vide. Ces changements ont causé des oscillations harmoniques lors de l’IFT-7, corrigées depuis. Produit intégralement dans la Starfactory, il a volé de IFT-7 (janvier 2025) à IFT-11 (automne 2025).
Version 3 (Bloc 3)
La version 3 introduit les moteurs Raptor 3, plus puissants, plus légers et mieux refroidis. Le booster gagne quelques mètres et intègre désormais une structure fixe au lieu d’un anneau largable. Deux plaques de déconnexion rapide assurent l’alimentation en méthane et oxygène liquide. Incompatible avec le premier pas de tir de Boca Chica, le Bloc 3 sera lancé depuis le deuxième pas de tir. Il vise une capacité supérieure à 100 tonnes en orbite basse, avec un premier vol prévu fin 2025.
Version 4 (à partir de 2027)
Encore en conception, le Bloc 4 atteindra environ 150 mètres de haut pour une masse totale de 7 500 tonnes. Il sera équipé de neuf moteurs Raptor sur le deuxième étage et de versions améliorées sur le booster. Objectif : plus de 200 tonnes de charge utile en orbite basse, tout en restant entièrement réutilisable.
Premier étage : Super Heavy
Le Super Heavy est le cœur du système Starship. Haut de 71 mètres, il contient environ 3 600 tonnes d’ergols pour une masse à vide estimée entre 160 et 200 tonnes. Sa structure en acier inoxydable 304L (4 mm d’épaisseur) résiste aux températures cryogéniques et aux contraintes mécaniques extrêmes. La propulsion repose sur 33 moteurs Raptor, disposés en trois cercles : 20 moteurs fixes sur la couronne externe, 10 moteurs orientables électriquement sur la couronne intermédiaire, et 3 moteurs centraux orientables pour les phases de retour et d’atterrissage. Ces moteurs développent une poussée combinée de 7 750 tonnes, soit plus du double de la Saturn V. Le Super Heavy utilise des propulseurs à gaz froid pour le contrôle d’attitude, ainsi que des réservoirs auxiliaires pressurisés pour les redémarrages en microgravité. La récupération du booster se fait grâce aux bras mécaniques de la tour Mechazilla, qui le capturent en vol pour le replacer directement sur la table de lancement. Ce système supprime le besoin d’un train d’atterrissage, réduisant ainsi la masse et les coûts.
Anneau inter-étages
L’anneau inter-étages, d’environ deux mètres de haut, relie les deux étages et permet la séparation à chaud. Il est doté de perforations pour évacuer les gaz du deuxième étage et d’un bouclier thermique protégeant le réservoir supérieur du booster. Initialement largué lors des premiers vols, il restera à terme solidaire du premier étage afin d’assurer une réutilisation totale.
Deuxième étage : Starship (le Ship)
Le vaisseau Starship agit comme étage supérieur et véhicule spatial. Dans la configuration 2025, il mesure 50 mètres de haut, 9 mètres de diamètre, embarque 1 200 tonnes d’ergols et une poussée totale de 1 500 tonnes. Il transporte la charge utile dans sa section avant : un volume pressurisé d’environ 1 000 m³, équivalent à celui de la Station spatiale internationale. Le vaisseau est propulsé par six moteurs Raptor : trois moteurs centraux à tuyère courte (rallumables et orientables), et trois moteurs optimisés pour le vide à grande tuyère (non orientables). Des volets aérodynamiques avant et arrière assurent le contrôle durant la rentrée atmosphérique, tandis que des réservoirs auxiliaires pressurisés alimentent les moteurs pour l’atterrissage propulsif.
Bouclier thermique et matériaux
Le Starship est protégé par un bouclier thermique hexagonal constitué de tuiles résistantes à plus de 1 370 °C. Ces tuiles sont fixées sur la paroi métallique via une couche isolante en laine minérale. En cas de défaillance locale, SpaceX envisage d’ajouter des systèmes de refroidissement actif. La structure en acier inoxydable, plus robuste que l’aluminium utilisé sur la navette spatiale, offre une excellente résistance thermique et mécanique tout en étant économique à produire.
Le moteur Raptor
Les moteurs Raptor, utilisés sur les deux étages, constituent une innovation majeure. D’une hauteur de 3,1 mètres pour un diamètre de 1,3 mètre, ils fonctionnent selon un cycle de combustion étagée à flux complet avec un mélange de méthane et d’oxygène liquide. Trois générations ont été développées : Raptor 1 (185 tonnes de poussée, 250 bars), Raptor 2 (230 tonnes, 300 bars), et Raptor 3 (300 tonnes, 350 bars). Ce dernier atteint un rapport poussée/poids record de 184 et une impulsion spécifique de 382 secondes dans le vide. Ces moteurs sont entièrement réutilisables, produits en grande partie grâce à l’impression 3D, et optimisés pour une maintenance minimale.
Sites de fabrication et bases de lancement
Les principaux éléments du Starship sont construits à la Starfactory de Boca Chica (Texas), à proximité du site de lancement Starbase. Les moteurs Raptor sont produits à Hawthorne (Californie) et testés sur le site de McGregor (Texas). Le lanceur peut décoller depuis Starbase au Texas, base historique du programme, ou depuis le complexe 39A du Kennedy Space Center en Floride, ancien site des missions Apollo et de la navette spatiale. Un deuxième pas de tir est en construction à Starbase pour accueillir les versions les plus récentes du lanceur.
Installations de lancement
La table de lancement (OLM) supporte les 5 000 tonnes du lanceur. Sous la base, 20 mâchoires retiennent la fusée avant le décollage, accompagnées de conduites d’hélium déclenchant l’allumage des moteurs. La tour Mechazilla, haute de 145 mètres, assemble et récupère le booster grâce à ses bras mobiles. Les ergols et gaz sont stockés dans des réservoirs cryogéniques proches du pas de tir. Un système de déluge projette de l’eau sous pression pour protéger les structures du jet des moteurs et réduire le bruit du décollage.
Déroulement d’un vol type
Après remplissage des réservoirs cryogéniques, les 33 moteurs du Super Heavy s’allument. La séparation intervient après environ deux minutes et quarante-huit secondes, à 75 km d’altitude et 5 600 km/h. Le booster rallume ses moteurs pour un retour propulsé et est capturé par la tour. Le vaisseau Starship poursuit sa montée, effectue sa mission, puis entame une rentrée atmosphérique contrôlée en position ventrale avant de pivoter et d’atterrir verticalement à l’aide de ses moteurs.
Comparaison avec d’autres lanceurs super-lourds
Le Starship dépasse tous les lanceurs précédents en puissance et capacité. La version V3 (2025) mesure 124 m pour 5 900 tonnes et peut placer plus de 100 tonnes en orbite basse. À titre de comparaison, la Saturn V atteignait 110 m pour 140 tonnes en orbite basse, et le SLS Block II prévoit 130 tonnes. Le Falcon Heavy, actuellement le plus puissant lanceur opérationnel, atteint 70 m et 64 tonnes sans récupération. Le Starship est ainsi le lanceur le plus puissant jamais construit.
Déclinaisons du Starship
SpaceX prévoit plusieurs variantes du vaisseau selon les missions : le Starship HLS, version développée pour la NASA et le programme Artemis, capable de déposer 100 tonnes sur la Lune ; le Starship Tanker, conçu pour le transfert d’ergols en orbite ; le Starship Cargo, dédié au lancement de satellites Starlink et d’autres charges utiles massives ; le Starship Surface Cargo, destiné au transport de matériel sur la Lune ; le Starship Crew, version habitée pouvant transporter jusqu’à 100 passagers ; et enfin le Starship Deep Space, conçu pour des missions interplanétaires longues.
Coûts et performances économiques
Le développement du programme Starship représente un investissement estimé à plus de 5 milliards de dollars, dont deux milliards pour l’année 2023. SpaceX vise un coût de lancement inférieur à 200 dollars par kilogramme, soit environ 20 millions de dollars pour une mission de 100 tonnes, contre plusieurs centaines de millions pour les lanceurs traditionnels. Cette réduction historique repose sur la réutilisation complète du lanceur et des coûts d’exploitation extrêmement faibles.
Tests orbitaux
Vols d’essai Starship : bilan des IFT
Le programme Starship avance par une série de vols d’essai appelés Integrated Flight Tests, ou IFT. Chaque vol permet à SpaceX de tester de nouveaux éléments du système : moteurs Raptor, séparation à chaud, rentrée atmosphérique, bouclier thermique, récupération du booster, déploiement de charges utiles et, à terme, réutilisation complète.
Ces vols ne doivent pas être lus comme des missions commerciales classiques. Starship est encore en développement : certains essais se terminent par la perte du booster ou du vaisseau, mais fournissent malgré tout des données essentielles pour améliorer les véhicules suivants.
Depuis 2023, SpaceX a progressivement franchi plusieurs étapes majeures : décollage avec Super Heavy, séparation entre les étages, vol transatmosphérique, rentrée contrôlée, capture du booster par la tour, déploiement de simulateurs Starlink et rallumage d’un moteur Raptor dans l’espace.
Tableau récapitulatif des vols Starship
| Vol | Date | Véhicules | Résultat principal | À retenir |
|---|---|---|---|---|
| IFT-1 | 20 avril 2023 | B7 / S24 | Échec après le décollage | Premier vol intégré Starship/Super Heavy. Le véhicule atteint environ 39 km avant sa destruction en vol. |
| IFT-2 | 18 novembre 2023 | B9 / S25 | Échec partiel | Première séparation à chaud réussie. Le booster et le vaisseau sont ensuite perdus. |
| IFT-3 | 14 mars 2024 | B10 / S28 | Échec partiel | Le vaisseau atteint l’espace et réalise plusieurs tests, mais se désintègre lors de la rentrée. |
| IFT-4 | 6 juin 2024 | B11 / S29 | Succès majeur | Les deux étages réalisent un amerrissage contrôlé. C’est un tournant dans le programme. |
| IFT-5 | 13 octobre 2024 | B12 / S30 | Succès majeur | Première capture du booster Super Heavy par la tour de lancement. |
| IFT-6 | 19 novembre 2024 | B13 / S31 | Succès partiel | Rallumage d’un moteur Raptor dans l’espace. Le booster n’est pas capturé mais réalise un amerrissage contrôlé. |
| IFT-7 | 16 janvier 2025 | B14 / S33 | Échec partiel | Capture réussie du booster, mais perte du vaisseau Block 2. |
| IFT-8 | 6 mars 2025 | B15 / S34 | Échec partiel | Nouvelle capture du booster, mais perte du vaisseau. |
| IFT-9 | 27 mai 2025 | B14-2 / S35 | Échec partiel | Première réutilisation d’un booster Super Heavy. Le vaisseau atteint l’extinction moteur mais perd le contrôle avant la rentrée. |
| IFT-10 | 26 août 2025 aux États-Unis / 27 août heure française | B16 / S37 | Succès | Déploiement de simulateurs Starlink, rallumage moteur dans l’espace et amerrissages contrôlés. |
| IFT-11 | 13 octobre 2025 aux États-Unis / 14 octobre heure française | B15-2 / S38 | Succès | Dernier vol du Block 2, avec amerrissages contrôlés et manœuvres préparant le futur retour vers la tour. |
| IFT-12 | Visé en 2026 | B19 / S39 attendu | À venir | Premier vol attendu du Starship Block 3 depuis le Pad 2 de Starbase. |
Ce que les vols Starship ont déjà validé
Les premiers vols Starship ont permis à SpaceX de valider plusieurs briques essentielles du programme.
D’abord, Super Heavy a démontré sa capacité à décoller avec ses 33 moteurs Raptor et à propulser l’ensemble Starship/Super Heavy pendant les premières minutes du vol. Les premiers essais ont aussi permis d’améliorer la fiabilité au décollage, la gestion des moteurs et la résistance des infrastructures de Starbase.
Ensuite, SpaceX a validé la séparation à chaud, une manœuvre où le vaisseau Starship allume ses moteurs alors qu’il se sépare du booster. Cette méthode permet de gagner en performance, mais elle impose de fortes contraintes thermiques et mécaniques.
Les vols IFT-4, IFT-5 et IFT-6 ont marqué une étape importante avec les premiers amerrissages contrôlés et la première capture du booster par la tour. Cette capture est un élément central de la stratégie de SpaceX : récupérer Super Heavy sans jambes d’atterrissage afin d’accélérer la remise en vol.
Les vols de 2025 ont ensuite concentré les efforts sur le Starship Block 2 : meilleure capacité en ergols, changements d’avionique, évolution des volets, tests de déploiement de simulateurs Starlink, rallumage moteur dans l’espace et amélioration du bouclier thermique.
IFT-10 et IFT-11 ont montré une progression nette. SpaceX a réussi à déployer des simulateurs Starlink, rallumer un moteur Raptor dans l’espace, contrôler la rentrée atmosphérique et réaliser des amerrissages contrôlés des deux étages.
Starship Block 3 : la prochaine grande étape
Après les vols du Block 2, SpaceX prépare le passage au Starship Block 3. Cette version doit intégrer des modifications importantes sur le booster, le vaisseau, les moteurs Raptor et les infrastructures au sol.
Le premier vol du Block 3 est attendu avec Flight 12. Il doit aussi inaugurer le Pad 2 de Starbase, une nouvelle plateforme pensée pour augmenter la cadence des essais et séparer les opérations entre les différentes générations de véhicules.
Les objectifs attendus pour cette nouvelle phase sont :
- tester les évolutions du booster Super Heavy ;
- valider les moteurs Raptor de nouvelle génération ;
- poursuivre les essais de rentrée atmosphérique ;
- préparer une future récupération plus régulière du booster ;
- améliorer la fiabilité du vaisseau en vol ;
- ouvrir la voie à des missions Starlink opérationnelles.
Le calendrier reste évolutif. Comme toujours avec Starship, les dates peuvent changer selon les essais au sol, les autorisations réglementaires, les inspections techniques et la préparation des véhicules.
Missions prévues pour Starship
À terme, Starship doit devenir le véhicule spatial le plus polyvalent de SpaceX. L’objectif est de remplacer ou compléter plusieurs capacités aujourd’hui assurées par Falcon 9, Falcon Heavy et Dragon.
Les principales missions envisagées sont :
- lancement de satellites Starlink de nouvelle génération ;
- lancement de satellites commerciaux lourds ;
- transport de fret en orbite basse ;
- ravitaillement orbital ;
- missions lunaires avec Starship HLS ;
- missions scientifiques lointaines ;
- vols habités privés ;
- missions martiennes à long terme.
La priorité opérationnelle la plus probable reste d’abord Starlink. Starship doit permettre d’emporter beaucoup plus de satellites que Falcon 9, notamment des satellites plus lourds et plus volumineux. Cela pourrait accélérer le déploiement de la constellation et augmenter la capacité du réseau.
Starship et Starlink
Starship est stratégique pour Starlink. Falcon 9 lance déjà régulièrement des satellites Starlink, mais Starship doit permettre de passer à une autre échelle.
Grâce à son volume interne et à sa capacité d’emport, Starship pourrait lancer davantage de satellites par mission. Il pourrait aussi faciliter le déploiement de satellites Starlink de nouvelle génération, plus massifs et plus performants.
Le lien entre Starship et Starlink est donc central dans la stratégie de SpaceX : Starlink peut générer des revenus importants pour financer le développement de Starship, tandis que Starship peut réduire le coût de déploiement et améliorer la capacité du réseau Starlink.
Starship et le programme Artemis
Starship joue un rôle important dans le programme Artemis de la NASA grâce à sa version lunaire, appelée Starship HLS. Cette version est différente du Starship standard : elle est conçue pour transporter des astronautes entre l’orbite lunaire et la surface de la Lune.
La NASA a sélectionné SpaceX en 2021 pour développer Starship HLS. L’architecture prévue repose sur plusieurs étapes complexes : lancement du Starship lunaire, ravitaillement en orbite, transfert vers la Lune, rendez-vous avec Orion, descente vers la surface lunaire, puis remontée en orbite lunaire.
Le point critique est le ravitaillement orbital. Pour envoyer Starship HLS vers la Lune, SpaceX devra démontrer qu’il peut transférer de grandes quantités d’ergols entre plusieurs Starship en orbite.
Le calendrier Artemis a évolué. La NASA présente désormais Artemis III comme une mission de démonstration en orbite basse, prévue en 2027, destinée à tester les opérations entre Orion et un ou plusieurs atterrisseurs commerciaux. Le premier alunissage habité du programme Artemis est désormais visé avec Artemis IV, début 2028.
Il faut donc éviter d’écrire que Starship ramènera forcément des astronautes sur la Lune avec Artemis III. La formulation la plus fiable est : Starship HLS fait partie des atterrisseurs lunaires commerciaux développés pour Artemis, mais son rôle exact dépendra du calendrier NASA, des essais de ravitaillement orbital et de la disponibilité des systèmes.
Projet DearMoon
Le projet DearMoon était une mission privée annoncée en 2018 par le milliardaire japonais Yusaku Maezawa. L’objectif était d’emmener un groupe d’artistes autour de la Lune à bord de Starship.
La mission devait durer environ six jours et marquer l’un des premiers vols habités privés autour de la Lune. Cependant, le projet a été annulé en 2024 en raison des retards du développement de Starship.
DearMoon reste un épisode important de l’histoire médiatique du programme Starship, mais il ne doit plus être présenté comme une mission à venir.
Programme Polaris
Le programme Polaris, annoncé par Jared Isaacman et SpaceX, comprend plusieurs missions privées. La première mission, Polaris Dawn, a été conçue autour de Crew Dragon. La dernière mission du programme a été annoncée comme devant utiliser Starship.
Cette mission reste dépendante de la maturité du véhicule. Avant un premier vol habité de Starship, SpaceX devra démontrer un niveau élevé de fiabilité, réussir plusieurs vols sans équipage, valider les systèmes de sécurité et prouver la capacité du véhicule à revenir de manière contrôlée.
Il est donc préférable de présenter Polaris III comme un objectif à long terme, et non comme une mission datée.
Starship et les missions commerciales
Starship a déjà attiré l’intérêt de clients commerciaux. L’un des premiers contrats annoncés concerne Superbird-9, un satellite de télécommunications de l’opérateur japonais SKY Perfect JSAT.
Ce type de mission montre l’intérêt potentiel de Starship pour les satellites lourds ou volumineux. Grâce à sa coiffe de grand diamètre, Starship pourrait permettre de concevoir des satellites moins contraints par le volume disponible au lancement.
Mais tant que Starship n’est pas encore opérationnel pour des missions commerciales régulières, ces lancements doivent être présentés comme des missions prévues ou envisagées, avec des dates susceptibles d’évoluer.
Usages potentiels de Starship
La grande promesse de Starship est d’augmenter fortement la masse et le volume disponibles pour les missions spatiales.
Aujourd’hui, de nombreuses sondes, stations ou charges utiles sont conçues avec des contraintes extrêmes de masse et de volume. Si Starship tient ses promesses, certaines missions pourraient être conçues différemment : structures plus grandes, blindage plus important, instruments moins miniaturisés, architecture plus simple ou modules préassemblés.
Les usages potentiels incluent :
- satellites de grande taille ;
- stations spatiales commerciales ;
- télescopes spatiaux géants ;
- missions scientifiques vers les planètes externes ;
- retour d’échantillons plus ambitieux ;
- fret lunaire ;
- modules d’habitat ;
- ravitaillement orbital ;
- évacuation ou déplacement de certains débris orbitaux ;
- transport rapide de fret sur Terre, dans un cadre militaire ou logistique.
Ces usages restent en grande partie prospectifs. Ils dépendent de la réussite de la réutilisation complète, de la cadence de vol, du coût réel par lancement et des autorisations réglementaires.
Starship et Mars
Mars reste l’objectif à long terme de SpaceX. Elon Musk présente Starship comme le véhicule capable de transporter de grandes quantités de matériel, puis un jour des équipages, vers la planète rouge.
Le scénario imaginé repose sur plusieurs étapes : lancement en orbite basse, ravitaillement orbital par plusieurs Starship tankers, transfert vers Mars, entrée atmosphérique, atterrissage, puis production locale de carburant à partir des ressources martiennes.
La production de carburant sur Mars reposerait sur l’utilisation du dioxyde de carbone de l’atmosphère martienne et de l’eau disponible localement pour produire du méthane et de l’oxygène. Cette approche, appelée ISRU, est essentielle pour envisager un retour vers la Terre.
Mais les missions martiennes habitées restent lointaines. Avant cela, Starship doit prouver sa fiabilité en orbite terrestre, réussir le ravitaillement orbital, démontrer sa réutilisation, valider sa protection thermique et accumuler de nombreux vols sans équipage.
Pourquoi Starship est important
Starship est l’un des projets spatiaux les plus ambitieux jamais développés. S’il atteint ses objectifs, il pourrait changer l’accès à l’espace de la même manière que Falcon 9 a transformé le marché des lancements.
Son importance vient de trois idées principales :
Premièrement, la réutilisation complète. Falcon 9 récupère son premier étage, mais Starship vise la récupération du booster et du vaisseau.
Deuxièmement, la capacité d’emport. Starship doit transporter des charges beaucoup plus lourdes et volumineuses que Falcon 9.
Troisièmement, la cadence. SpaceX veut faire de Starship un système capable de voler souvent, avec une remise en service rapide entre deux missions.
Ces trois éléments pourraient réduire les coûts, accélérer les projets spatiaux et ouvrir de nouvelles possibilités pour Starlink, la Lune, Mars et les stations spatiales commerciales.
FAQ Starship
Non. Starship est encore en phase de développement et de vols d’essai. Plusieurs étapes importantes ont été franchies, mais le véhicule n’est pas encore utilisé pour des missions commerciales régulières.
Super Heavy est le booster, c’est-à-dire le premier étage qui fournit la poussée au décollage. Starship est le vaisseau supérieur, qui poursuit la mission après la séparation. Ensemble, ils forment le système complet Starship/Super Heavy.
Starship a réalisé des vols transatmosphériques et a atteint l’espace lors de plusieurs essais, mais le programme vise encore la démonstration complète de toutes les capacités nécessaires à des missions orbitales opérationnelles et réutilisables.
À long terme, Starship pourrait remplacer certaines missions Falcon 9 et Falcon Heavy. Mais Falcon 9 reste aujourd’hui le lanceur opérationnel principal de SpaceX, notamment pour Starlink, Crew Dragon, Dragon cargo et les clients commerciaux.
Oui, c’est l’un des usages les plus importants prévus pour Starship. Le véhicule doit permettre de lancer davantage de satellites Starlink, notamment les générations plus lourdes et plus volumineuses.
Une version lunaire, Starship HLS, est développée pour le programme Artemis de la NASA. Son rôle est de transporter des astronautes entre l’orbite lunaire et la surface de la Lune.
C’est l’objectif à long terme de SpaceX. Cependant, les missions martiennes habitées nécessitent encore de nombreuses démonstrations techniques, notamment la réutilisation, le ravitaillement orbital et la fiabilité sur de longues durées.
Les moteurs Raptor utilisent du méthane liquide et de l’oxygène liquide. Le méthane offre de bonnes performances, limite certains dépôts dans les moteurs et correspond à la vision martienne de SpaceX, qui imagine produire du carburant sur Mars à partir de ressources locales.