Rassvet, le « Starlink russe », en difficulté : ses satellites tombent-ils dans l’atmosphère ?

Mise à jour du 31 août 2026 — Le programme russe Rassvet, souvent présenté comme une alternative nationale à Starlink, traverse une phase délicate. Bureau 1440 a bien lancé deux groupes de 16 satellites en 2026, mais un premier appareil est déjà rentré dans l’atmosphère et deux satellites du lancement de juillet évoluent encore à une altitude particulièrement basse. Les données orbitales montrent cependant une situation plus nuancée qu’une constellation entière « en train de tomber » : plusieurs autres engins ont recommencé à gagner de l’altitude.

Rassvet reste un projet beaucoup plus petit que Starlink, mais son développement est suivi de près en raison de ses usages potentiels aussi bien civils que stratégiques. Pour Moscou, l’enjeu a pris une importance supplémentaire depuis que des terminaux Starlink utilisés sans autorisation par les forces russes ont été neutralisés avec la coopération de SpaceX au début de l’année 2026.

Rassvet a bien lancé 32 satellites en 2026

Bureau 1440 développe Rassvet depuis plusieurs années. Trois satellites expérimentaux Rassvet-1 avaient été lancés en 2023, suivis de trois autres appareils Rassvet-2 en 2024. Le véritable changement d’échelle est intervenu en 2026.

Un premier groupe de 16 satellites Rassvet-3 a décollé de Plessetsk le 23 mars 2026 à bord d’une Soyouz-2.1b. Un second groupe de 16 appareils a suivi le 19 juillet. Bureau 1440 n’avait pas communiqué publiquement tous les détails de ce deuxième tir, mais les objets ont ensuite été identifiés dans les catalogues orbitaux sous les noms RASSVET-3 17 à RASSVET-3 32.

Il faut toutefois distinguer le nombre de satellites lancés du nombre encore en orbite. Sur les 32 satellites des deux groupes de 2026, un appareil du premier lancement est déjà perdu. Le total n’était donc plus que de 31 satellites de cette génération après le tir de juillet, avant toute éventuelle nouvelle rentrée atmosphérique.

Un premier satellite est déjà retombé en juin

Le premier incident confirmé concerne RASSVET-3 Object 4, identifié sous le numéro NORAD 68363. Contrairement à la plupart des autres satellites du groupe de mars, il n’a montré aucun signe de manœuvre significative pour relever son orbite.

L’appareil a progressivement perdu de l’altitude sous l’effet du frottement avec les couches supérieures de l’atmosphère avant de rentrer dans l’atmosphère autour du 6 juin 2026, selon le suivi orbital compilé par Russian Space Web.

Cette perte ne signifie pas que les 15 autres satellites du premier groupe ont échoué. Plusieurs ont au contraire effectué des manœuvres et certains ont atteint environ 500 à 550 km au cours des mois suivants. Leur comportement montre cependant que le déploiement de Rassvet ne suit pas une simple montée uniforme de tous les satellites vers une altitude identique.

Deux satellites du lancement de juillet restent dangereusement bas

La situation est plus préoccupante pour une partie du deuxième groupe lancé le 19 juillet. Après leur séparation, les 16 satellites ont été placés sur des orbites initiales situées autour de 290 à 327 km d’altitude. Ils devaient ensuite utiliser leur propre propulsion pour relever progressivement leur orbite.

Fin août, la majorité avait entrepris des manœuvres, avec des résultats très variables. Les données orbitales les plus récentes disponibles au 31 août montrent notamment que plusieurs appareils ont dépassé 360 km. Le constat publié quelques jours plus tôt selon lequel aucun satellite n’avait encore franchi cette altitude est donc déjà périmé.

Deux engins restent néanmoins dans une situation nettement plus fragile : RASSVET-3 17 et RASSVET-3 23. Les éléments orbitaux disponibles fin août les placent approximativement entre 275 et 300 km d’altitude. À ce niveau, le frottement atmosphérique devient suffisamment important pour provoquer une décroissance rapide de l’orbite si aucune manœuvre ne vient la compenser.

Ils ne sont toutefois pas encore confirmés comme rentrés dans l’atmosphère. Les modèles de décroissance les classent parmi les satellites susceptibles de retomber dans les semaines ou les mois à venir si leur trajectoire reste inchangée. Ces prévisions restent des estimations : une nouvelle manœuvre orbitale ou une variation de l’activité solaire peut fortement modifier la date de rentrée.

Pourquoi une orbite à moins de 300 km pose problème

L’espace n’est pas totalement vide à quelques centaines de kilomètres au-dessus de la Terre. Il subsiste une atmosphère extrêmement ténue qui exerce une résistance sur les satellites. Plus l’altitude diminue, plus cet effet devient important.

Un satellite équipé d’un système de propulsion peut compenser cette perte d’énergie en effectuant régulièrement des corrections. Mais ces manœuvres consomment de l’énergie et, selon le type de propulsion utilisé, des ergols. Si la poussée disponible ne suffit plus à compenser la décroissance orbitale, l’appareil descend progressivement jusqu’à sa rentrée dans l’atmosphère.

Il faut en revanche éviter de mettre sur le même plan un satellite à 280 km et un satellite évoluant autour de 500 ou 550 km. Le frottement atmosphérique décroît fortement avec l’altitude et une orbite autour de 500 km peut parfaitement être exploitée pendant plusieurs années avec une stratégie de maintien adaptée.

800 km ou 550 km : une altitude cible plus complexe qu’il n’y paraît

Bureau 1440 présente publiquement une architecture Rassvet évoluant à environ 800 km d’altitude, avec des liaisons laser entre satellites, une latence annoncée pouvant descendre sous 70 millisecondes et des débits théoriques allant jusqu’à 1 Gbit/s.

Des documents de coordination internationale étudiés par Russian Space Web décrivent également une configuration à environ 800 km et 82,3° d’inclinaison. Pourtant, le premier groupe lancé en mars s’est en partie stabilisé beaucoup plus bas, autour de 500 à 550 km, et certains satellites ont même été disposés en formation pour des essais.

Les deux informations ne sont donc pas nécessairement contradictoires : 800 km correspond à l’une des architectures déclarées pour la constellation finale, tandis que certains appareils actuels peuvent être utilisés à une altitude différente pendant la phase de développement. Il serait donc excessif d’affirmer que tous les satellites n’ayant pas atteint 800 km sont automatiquement en panne.

Le blocage des Starlink russes a renforcé l’urgence autour de Rassvet

Rassvet n’est pas apparu en 2026. Bureau 1440 a été fondé en 2020 et ses premières missions expérimentales remontent à 2023. Le projet russe était donc déjà engagé bien avant les derniers développements de la guerre en Ukraine.

En revanche, son importance stratégique s’est accrue après février 2026. Des forces russes utilisaient alors des terminaux Starlink obtenus par des circuits non officiels. Après des échanges entre l’Ukraine et SpaceX, un système de liste blanche a été mis en place et de nombreux terminaux employés sans autorisation par les forces russes ont cessé de fonctionner. Reuters a rapporté que cette mesure avait perturbé certaines communications militaires russes.

Parler d’une « exclusion de la Russie de Starlink » serait toutefois imprécis : Starlink n’était pas un service officiellement commercialisé en Russie. Ce sont principalement des usages non autorisés du réseau sur le champ de bataille qui ont été bloqués.

Une frappe à Samara ajoute une incertitude sur les futurs lancements

Le programme doit également composer avec une nouvelle difficulté au sol. Le 15 août 2026, une attaque ukrainienne a visé des installations industrielles de Samara, dont le centre spatial Progress. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a affirmé que des missiles Flamingo avaient été employés contre ce site.

Les autorités locales russes ont reconnu une attaque massive et des dégâts sur des installations industrielles, tout en parlant de dommages localisés. Des analyses d’images satellites publiées ensuite ont montré des dégâts sur un bâtiment associé à l’installation d’équipements électriques et de systèmes de contrôle des lanceurs.

Progress joue un rôle essentiel dans la fabrication des lanceurs de la famille Soyouz-2 utilisés pour mettre Rassvet en orbite. Le centre confirme lui-même fabriquer les Soyouz-2. Il est en revanche trop tôt pour affirmer que la frappe empêchera ou retardera nécessairement les prochains lancements : aucune évaluation officielle fiable de la capacité de production restante n’a encore été publiée.

Rassvet peut-il déjà représenter un danger pour l’Ukraine ?

Le nombre actuel de satellites reste insuffisant pour fournir une couverture continue comparable à Starlink. Des spécialistes ukrainiens ont toutefois observé que le premier groupe Rassvet pouvait déjà offrir plusieurs passages quotidiens au-dessus du territoire ukrainien, dont certaines fenêtres suffisamment longues pour permettre des communications.

Cette capacité nourrit des inquiétudes concernant de possibles usages militaires, notamment pour les communications ou le contrôle de drones. Il faut cependant distinguer cette capacité potentielle d’un service militaire permanent déjà opérationnel. Les informations publiques disponibles ne permettent pas d’établir que Rassvet assure aujourd’hui une couverture continue du champ de bataille.

Serhii Beskrestnov, conseiller ukrainien spécialisé dans les technologies de défense, avait estimé qu’une constellation d’environ 200 à 250 satellites serait nécessaire pour disposer d’une connexion beaucoup plus continue. Cette appréciation constitue une estimation d’expert et non un seuil technique officiellement publié par Bureau 1440.

Rassvet reste très loin de Starlink

La comparaison avec Starlink donne la mesure du défi industriel. Bureau 1440 a lancé 32 satellites de sa génération opérationnelle en 2026, dont un est déjà perdu. À la fin août 2026, les catalogues publics recensaient de leur côté plus de 11 000 satellites Starlink encore en orbite.

L’écart ne porte pas seulement sur le nombre d’appareils. SpaceX dispose d’une cadence de lancement très élevée grâce à Falcon 9, d’une production industrielle de satellites à grande échelle et de plusieurs années d’expérience dans l’exploitation d’une mégaconstellation.

Bureau 1440 conserve néanmoins des ambitions importantes. Le programme vise toujours un début d’exploitation commerciale en 2027 avec plus de 250 satellites, tandis que certains documents de planification évoquent 292 appareils à cette échéance. À plus long terme, les responsables russes ont évoqué une constellation dépassant 900 satellites d’ici 2035.

Le gouvernement russe a prévu 102,8 milliards de roubles de financement public pour le programme, auxquels Bureau 1440 envisage d’ajouter plusieurs centaines de milliards de roubles d’investissements privés d’ici 2030. Ces sommes montrent que Rassvet reste un projet stratégique malgré ses difficultés actuelles.

Ce qu’il faut surveiller maintenant

  • les prochaines manœuvres de RASSVET-3 17 et RASSVET-3 23, actuellement à très basse altitude ;
  • une éventuelle rentrée atmosphérique confirmée de nouveaux satellites ;
  • la capacité des autres appareils du groupe de juillet à poursuivre leur montée ;
  • les conséquences réelles de la frappe contre le centre Progress sur la production et le calendrier des Soyouz-2 ;
  • le rythme des prochains lancements nécessaire pour approcher l’objectif commercial annoncé pour 2027.

Rassvet n’est donc ni un échec complet ni, à ce stade, un véritable équivalent de Starlink. La Russie dispose désormais d’une constellation expérimentale et pré-opérationnelle capable de démontrer certaines fonctions de communication, mais son passage à un réseau dense et permanent reste à accomplir. Les difficultés orbitales observées depuis mars rappellent surtout que lancer des dizaines de satellites n’est que la première étape : encore faut-il les maintenir, les répartir et les exploiter durablement.

Qu’est-ce que Rassvet ?

Rassvet est un projet de constellation de satellites en orbite basse développé par Bureau 1440 pour fournir un accès internet haut débit et des liaisons de données. Il est souvent présenté comme l’alternative russe à Starlink.

Combien de satellites Rassvet ont été lancés en 2026 ?

Bureau 1440 a lancé deux groupes de 16 satellites en mars et en juillet 2026, soit 32 appareils. Un satellite du groupe de mars est confirmé comme étant rentré dans l’atmosphère en juin.

Deux autres satellites Rassvet vont-ils retomber ?

Au 31 août 2026, RASSVET-3 17 et RASSVET-3 23 évoluaient encore à très basse altitude, autour de 275 à 300 km. Une rentrée est possible si leur orbite continue de décroître, mais sa date reste une estimation et peut changer si les satellites manœuvrent.

Rassvet peut-il déjà remplacer Starlink ?

Non. Rassvet ne dispose encore que d’une fraction du nombre de satellites nécessaires à une couverture continue. Des experts ukrainiens observent toutefois des fenêtres de communication temporaires au-dessus de l’Ukraine.

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