⚡ Mise à jour : 8 août 2026. Cet article a été publié en juillet, peu après l’entrée de SPCX au Nasdaq-100. Depuis, les deux échéances qu’il annonçait se sont produites : SpaceX a publié ses premiers résultats trimestriels le 4 août, et la première tranche du lock-up a expiré le 6 août. Le titre, qui évoluait alors autour de 160 dollars, est depuis passé sous son prix d’introduction. Voir le détail en fin d’article, et notre page de suivi de l’action SPCX.
Moins d’un mois après son entrée en Bourse fracassante, SpaceX franchit une nouvelle étape : ce mardi 7 juillet, l’action SPCX intègre officiellement le Nasdaq-100, l’indice des 100 plus grandes valeurs non financières de la place américaine. Un jalon symbolique fort — mais qui, paradoxalement, laisse le titre de marbre. Explications.
L’inclusion la plus rapide de l’histoire des grands indices
Le Nasdaq a officialisé la décision le 26 juin : SPCX rejoint l’indice après seulement 15 jours de cotation, ce qui fait de SpaceX l’une des entreprises intégrées le plus vite à un grand indice américain. Ce calendrier éclair découle d’une règle d’admission accélérée adoptée récemment par le Nasdaq, taillée sur mesure pour les méga-introductions — et qui pourrait servir dès l’an prochain aux IPO attendues d’OpenAI ou d’Anthropic.
Petit rappel du feuilleton boursier : introduite le 12 juin à 135 dollars après avoir levé 75 milliards de dollars — la plus grande IPO et la plus grande levée de fonds de tous les temps —, l’action s’était envolée de plus de 50 % pour culminer à 225,64 dollars le 16 juin, portant brièvement la valorisation de SpaceX au voisinage des 3 000 milliards de dollars, au quatrième rang mondial derrière Nvidia, Apple et Alphabet. Depuis, l’euphorie est retombée : le titre évolue autour de 160 dollars, soit environ 28 % sous son sommet, tout en restant au-dessus de son prix d’introduction.
4,3 milliards de dollars d’achats… automatiques
L’effet le plus concret de l’inclusion est mécanique : tous les fonds indiciels et ETF qui répliquent le Nasdaq-100 — au premier rang desquels le géant Invesco QQQ et son jumeau QQQM, environ 570 milliards de dollars d’encours à eux deux — sont obligés d’acheter du SPCX pour respecter leurs pondérations, que leurs gérants croient ou non à la fusée. J.P. Morgan chiffre ces flux passifs à environ 4,3 milliards de dollars. Des millions d’épargnants détenant un fonds Nasdaq-100, y compris via leur épargne retraite, deviennent ainsi actionnaires indirects de SpaceX sans avoir rien décidé.
Mais l’impact sur le cours reste limité par un détail de méthodologie : la pondération dans l’indice se calcule sur le flottant — les actions réellement échangeables — or seulement 3 à 5 % du capital de SpaceX est en circulation publique. Résultat : malgré sa valorisation colossale, SPCX ne pèsera qu’environ 0,5 à 1 % de l’indice, loin des 4 % d’un Amazon. La demande forcée existe, mais elle ne suffit pas à faire décoller un titre déjà cher.
Pourquoi les analystes restent partagés
La fin de la période de silence post-IPO a libéré la parole des banques : le consensus de 18 analystes compilé par LSEG ressort majoritairement à l’achat, avec un objectif de cours médian de 227 dollars — soit un retour vers les sommets de juin. Goldman Sachs justifie les multiples élevés par le triptyque de revenus de l’entreprise : les constellations de communication (Starlink), le lancement spatial classique, et l’infrastructure d’IA en orbite — ce fameux projet de centres de données spatiaux dont nous parlions récemment.
Les sceptiques rappellent toutefois deux choses. D’abord l’histoire : les entrées très médiatisées au Nasdaq-100 ont souvent coïncidé avec un sommet du titre plutôt qu’avec un nouveau départ — Strategy (ex-MicroStrategy) avait atteint son pic un mois avant son inclusion fin 2024, avant de perdre environ 80 % ; Tesla avait connu une mésaventure comparable après son entrée au S&P 500. Comme le résume Le Figaro, ce n’est pas l’appartenance à un indice qui crée de la valeur durable : ce sont les résultats. Ensuite le calendrier : à partir des résultats du deuxième trimestre, attendus entre mi-juillet et septembre, le déblocage progressif des actions des initiés (lock-up) commence — 20 % des titres verrouillés dans un premier temps — ce qui augmentera l’offre de titres sur le marché au moment même où la vague d’achats indiciels sera passée. SpaceX devra aussi convaincre sur ses fondamentaux, alors que l’entreprise a affiché une perte comptable de plus de 4 milliards de dollars au premier trimestre 2026, investissements massifs dans Starship et Starlink obligent.
Ce qu’il faut retenir
L’entrée au Nasdaq-100 consacre la normalisation boursière express de SpaceX : en trois semaines, l’entreprise d’Elon Musk est passée du statut de licorne inaccessible à celui de composant standard des portefeuilles mondiaux. Pour le cours de l’action, en revanche, l’événement relève davantage de la plomberie financière que du catalyseur : la suite se jouera sur la croissance des abonnés Starlink, la cadence de Starship et la concrétisation — ou non — des ambitions d’IA orbitale. Retrouvez le suivi complet du titre sur notre page Action SpaceX (SPCX).
Cet article est fourni à titre d’information et ne constitue pas un conseil en investissement. Investir en Bourse comporte des risques de perte en capital.
Sources : Nasdaq ; LSEG ; J.P. Morgan ; Le Figaro.
Ce qui s’est passé depuis
Les deux points de vigilance identifiés dans cet article se sont vérifiés, et plus vite que prévu.
Le titre a décroché. Après avoir évolué autour de 160 dollars début juillet, SPCX est passé sous son prix d’introduction de 135 dollars le 15 juillet, puis jusqu’à un plus bas historique de 107,01 dollars le 28 juillet — plus de 50 % sous le sommet du 16 juin. L’hypothèse évoquée ici, celle d’une entrée au Nasdaq-100 coïncidant avec un sommet plutôt qu’avec un nouveau départ, s’est confirmée.
Le lock-up s’est ouvert. SpaceX a publié ses premiers résultats trimestriels le 4 août, déclenchant deux jours plus tard la première tranche de déblocage : jusqu’à 911,5 millions d’actions, soit plus de 100 milliards de dollars au cours actuel, sont devenues cessibles.
Les fondamentaux, eux, ont surpris à la hausse. Le chiffre d’affaires du deuxième trimestre atteint 7,81 milliards de dollars, en hausse de 92 % sur un an et bien au-dessus des attentes, avec une perte nette limitée à 541 millions contre 2,12 milliards anticipés. L’intelligence artificielle pèse désormais près d’un tiers des revenus. Le détail de ces résultats et du partenariat Nvidia.
La conclusion de cet article tient donc toujours, mais dans un sens plus net encore : l’appartenance à un indice ne crée pas de valeur, et les résultats non plus lorsque le marché regarde d’abord le coût de la croissance et l’arrivée massive de titres d’initiés.



