Moins d’un mois après son entrée en Bourse fracassante, SpaceX franchit une nouvelle étape : ce mardi 7 juillet, l’action SPCX intègre officiellement le Nasdaq-100, l’indice des 100 plus grandes valeurs non financières de la place américaine. Un jalon symbolique fort — mais qui, paradoxalement, laisse le titre de marbre. Explications.
L’inclusion la plus rapide de l’histoire des grands indices
Le Nasdaq a officialisé la décision le 26 juin : SPCX rejoint l’indice après seulement 15 jours de cotation, ce qui fait de SpaceX l’une des entreprises intégrées le plus vite à un grand indice américain. Ce calendrier éclair découle d’une règle d’admission accélérée adoptée récemment par le Nasdaq, taillée sur mesure pour les méga-introductions — et qui pourrait servir dès l’an prochain aux IPO attendues d’OpenAI ou d’Anthropic.
Petit rappel du feuilleton boursier : introduite le 12 juin à 135 dollars après avoir levé 75 milliards de dollars — la plus grande IPO et la plus grande levée de fonds de tous les temps —, l’action s’était envolée de plus de 50 % pour culminer à 225,64 dollars le 16 juin, portant brièvement la valorisation de SpaceX au voisinage des 3 000 milliards de dollars, au quatrième rang mondial derrière Nvidia, Apple et Alphabet. Depuis, l’euphorie est retombée : le titre évolue autour de 160 dollars, soit environ 28 % sous son sommet, tout en restant au-dessus de son prix d’introduction.
4,3 milliards de dollars d’achats… automatiques
L’effet le plus concret de l’inclusion est mécanique : tous les fonds indiciels et ETF qui répliquent le Nasdaq-100 — au premier rang desquels le géant Invesco QQQ et son jumeau QQQM, environ 570 milliards de dollars d’encours à eux deux — sont obligés d’acheter du SPCX pour respecter leurs pondérations, que leurs gérants croient ou non à la fusée. J.P. Morgan chiffre ces flux passifs à environ 4,3 milliards de dollars. Des millions d’épargnants détenant un fonds Nasdaq-100, y compris via leur épargne retraite, deviennent ainsi actionnaires indirects de SpaceX sans avoir rien décidé.
Mais l’impact sur le cours reste limité par un détail de méthodologie : la pondération dans l’indice se calcule sur le flottant — les actions réellement échangeables — or seulement 3 à 5 % du capital de SpaceX est en circulation publique. Résultat : malgré sa valorisation colossale, SPCX ne pèsera qu’environ 0,5 à 1 % de l’indice, loin des 4 % d’un Amazon. La demande forcée existe, mais elle ne suffit pas à faire décoller un titre déjà cher.
Pourquoi les analystes restent partagés
La fin de la période de silence post-IPO a libéré la parole des banques : le consensus de 18 analystes compilé par LSEG ressort majoritairement à l’achat, avec un objectif de cours médian de 227 dollars — soit un retour vers les sommets de juin. Goldman Sachs justifie les multiples élevés par le triptyque de revenus de l’entreprise : les constellations de communication (Starlink), le lancement spatial classique, et l’infrastructure d’IA en orbite — ce fameux projet de centres de données spatiaux dont nous parlions récemment.
Les sceptiques rappellent toutefois deux choses. D’abord l’histoire : les entrées très médiatisées au Nasdaq-100 ont souvent coïncidé avec un sommet du titre plutôt qu’avec un nouveau départ — Strategy (ex-MicroStrategy) avait atteint son pic un mois avant son inclusion fin 2024, avant de perdre environ 80 % ; Tesla avait connu une mésaventure comparable après son entrée au S&P 500. Comme le résume Le Figaro, ce n’est pas l’appartenance à un indice qui crée de la valeur durable : ce sont les résultats. Ensuite le calendrier : à partir des résultats du deuxième trimestre, attendus entre mi-juillet et septembre, le déblocage progressif des actions des initiés (lock-up) commence — 20 % des titres verrouillés dans un premier temps — ce qui augmentera l’offre de titres sur le marché au moment même où la vague d’achats indiciels sera passée. SpaceX devra aussi convaincre sur ses fondamentaux, alors que l’entreprise a affiché une perte comptable de plus de 4 milliards de dollars au premier trimestre 2026, investissements massifs dans Starship et Starlink obligent.
Ce qu’il faut retenir
L’entrée au Nasdaq-100 consacre la normalisation boursière express de SpaceX : en trois semaines, l’entreprise d’Elon Musk est passée du statut de licorne inaccessible à celui de composant standard des portefeuilles mondiaux. Pour le cours de l’action, en revanche, l’événement relève davantage de la plomberie financière que du catalyseur : la suite se jouera sur la croissance des abonnés Starlink, la cadence de Starship et la concrétisation — ou non — des ambitions d’IA orbitale. Retrouvez le suivi complet du titre sur notre page Action SpaceX (SPCX).
Cet article est fourni à titre d’information et ne constitue pas un conseil en investissement. Investir en Bourse comporte des risques de perte en capital.
Sources : Nasdaq ; LSEG ; J.P. Morgan ; Le Figaro.



