C’est une première historique pour le nouveau spatial privé européen. Samedi 5 septembre 2026, la fusée Spectrum d’Isar Aerospace a atteint l’orbite depuis Andøya, en Norvège. Après un premier essai qui s’était terminé au bout d’une trentaine de secondes en mars 2025, la startup allemande vient de franchir l’étape décisive qui la sépare d’un véritable opérateur de lancement orbital.
Cette fois, Spectrum n’était pas vide. La mission « Onward and Upward » transportait cinq CubeSats européens et une expérience technologique. Isar Aerospace confirme ainsi en vol que son lanceur de 28 m peut atteindre l’orbite depuis son propre pas de tir situé au nord du cercle polaire arctique.
Le symbole est fort pour l’Europe. Reuters présente cette mission comme le premier vol spatial commercial à atteindre l’orbite depuis l’Europe continentale. L’Europe disposait évidemment déjà de lanceurs orbitaux avec Ariane et Vega depuis la Guyane française, mais aucune startup de cette nouvelle génération de lanceurs privés européens n’avait encore réussi une telle mission depuis le continent.
Isar Aerospace atteint l’orbite avec Spectrum
Spectrum a décollé le samedi 5 septembre depuis le port spatial d’Andøya, dans le nord de la Norvège.
La fenêtre de lancement s’ouvrait à 20h00 UTC, soit 22h00 heure locale à Andøya et 22h00 à Paris. Le décollage est intervenu peu après l’ouverture de cette fenêtre.
La fusée a ensuite poursuivi sa montée jusqu’à ce que son étage supérieur atteigne l’orbite prévue.
Pour Isar Aerospace, le contraste avec mars 2025 est spectaculaire. Le premier exemplaire de Spectrum avait bien quitté son pas de tir, mais le vol avait été interrompu après environ 30 secondes et la fusée était retombée dans la mer.
Dix-huit mois plus tard, le deuxième véhicule vient d’aller jusqu’à l’orbite.
Une première historique pour une startup européenne
Isar Aerospace peut désormais revendiquer une place particulière dans l’histoire du New Space européen.
Fondée en Allemagne en 2018, l’entreprise fait partie d’une nouvelle génération d’acteurs privés qui veulent compléter les grands programmes institutionnels européens avec des lanceurs plus petits, produits industriellement et proposés directement à des clients commerciaux ou gouvernementaux.
Spectrum devient le premier de ces nouveaux lanceurs commerciaux privés à atteindre effectivement l’orbite depuis l’Europe continentale.
La nuance géographique est importante. Ariane et Vega ont évidemment placé des centaines de missions en orbite avant Spectrum, mais leurs lancements européens sont effectués depuis le Centre spatial guyanais de Kourou, en Guyane française, situé géographiquement en Amérique du Sud.
Le résultat d’Isar Aerospace ouvre donc une nouvelle possibilité : lancer des satellites en orbite directement depuis un port spatial situé sur le continent européen.
Les horaires du lancement de Spectrum dans la francophonie
Spectrum a décollé peu après l’ouverture de sa fenêtre à 20h00 UTC le 5 septembre. Les horaires correspondaient approximativement à :
- Andøya : peu après 22h00 le 5 septembre ;
- Paris : peu après 22h00 le 5 septembre ;
- Bruxelles et Genève : peu après 22h00 le 5 septembre ;
- La Réunion : peu après 00h00 le 6 septembre ;
- Guadeloupe et Martinique : peu après 16h00 le 5 septembre ;
- Guyane : peu après 17h00 le 5 septembre ;
- Polynésie française : peu après 10h00 le 5 septembre ;
- Nouvelle-Calédonie : peu après 07h00 le 6 septembre ;
- Québec : peu après 16h00 le 5 septembre ;
- Abidjan et Dakar : peu après 20h00 le 5 septembre.
Cinq satellites et une expérience étaient à bord
Le deuxième vol de Spectrum n’était pas uniquement un essai technique.
Pour la première fois, Isar Aerospace transportait de véritables charges utiles. La mission comptait cinq CubeSats et une expérience technologique non séparable, sélectionnés dans le cadre du soutien apporté à Isar Aerospace par le programme Boost! de l’Agence spatiale européenne.
- CyBEEsat, développé par la Technische Universität Berlin ;
- TriSat-S, de l’Université de Maribor en Slovénie ;
- Platform 6, d’EnduroSat ;
- FramSat-1, de la Norwegian University of Science and Technology ;
- SpaceTeamSat1, du TU Wien Space Team ;
- Let It Go, une expérience technologique non séparable développée par Dcubed.
Isar Aerospace présentait donc « Onward and Upward » comme une mission de qualification opérationnelle autant que comme son premier vol avec des charges utiles.
Qu’est-ce que Spectrum ?
Spectrum est une fusée orbitale à deux étages conçue et fabriquée presque entièrement en interne par Isar Aerospace.
Le lanceur mesure 28 m de hauteur pour 2 m de diamètre et vise principalement le marché des petits et moyens satellites.
- hauteur : 28 m ;
- diamètre : 2 m ;
- nombre d’étages : deux ;
- premier étage : neuf moteurs Aquila ;
- deuxième étage : un moteur Aquila optimisé pour le vide ;
- ergols : oxygène liquide et propane liquide ;
- capacité annoncée en orbite basse : jusqu’à 1 000 kg ;
- capacité annoncée en orbite héliosynchrone : jusqu’à 700 kg.
Contrairement à Falcon 9 ou aux futurs projets de lanceurs européens réutilisables, Spectrum est actuellement un lanceur consommable. Son premier étage n’est pas récupéré après le décollage.
Dix moteurs Aquila pour rejoindre l’orbite
Le premier étage de Spectrum utilise neuf moteurs Aquila, tandis qu’un dixième moteur adapté au vide propulse le deuxième étage.
Les moteurs utilisent un couple d’ergols relativement inhabituel dans le secteur : de l’oxygène liquide et du propane liquide.
Isar Aerospace développe et fabrique cette propulsion en interne, dans le cadre d’une stratégie d’intégration verticale comparable dans son principe à celle utilisée par plusieurs nouveaux acteurs du secteur spatial.
L’entreprise veut ainsi garder le contrôle sur la conception, la production et l’évolution de son lanceur plutôt que dépendre d’une multitude de fournisseurs extérieurs pour ses composants critiques.
Le premier Spectrum n’avait tenu que 30 secondes
Le résultat du 5 septembre prend une autre dimension lorsqu’on le compare au premier essai.
Le 30 mars 2025, Isar Aerospace avait tenté pour la première fois de lancer Spectrum depuis le même site d’Andøya.
La fusée avait réussi son décollage et s’était éloignée du pas de tir, mais la mission avait pris fin après environ 30 secondes de vol.
Le véhicule avait ensuite été perdu en mer.
Isar Aerospace avait néanmoins pu récupérer une grande quantité de données et avait immédiatement présenté ce premier essai comme une étape de développement vers le deuxième exemplaire.
Le vol du 5 septembre démontre maintenant que les modifications réalisées entre les deux missions ont permis de franchir l’étape essentielle : atteindre l’orbite.
Pourquoi le deuxième vol a-t-il été autant retardé ?
La mission « Onward and Upward » devait initialement avoir lieu beaucoup plus tôt en 2026.
La campagne a cependant été marquée par plusieurs reports.
En janvier, Isar Aerospace avait interrompu une tentative afin de résoudre un problème sur une vanne de pressurisation.
En mars, une embarcation non autorisée avait pénétré dans la zone maritime de sécurité. Le retard avait ensuite fait augmenter la température du carburant au-delà des conditions permettant de reprendre le compte à rebours dans la fenêtre disponible.
En avril, les équipes avaient détecté une fuite sur un réservoir sous pression composite, ou COPV.
Enfin, une tentative de juin avait été interrompue après la détection d’un comportement anormal dans les circuits de fluides de la fusée.
Les composants concernés ont ensuite été remplacés et soumis à de nouveaux essais avant le retour de Spectrum sur le pas de tir en septembre.
Un succès stratégique pour l’Europe
La réussite de Spectrum intervient alors que l’Europe cherche à renforcer son autonomie d’accès à l’espace.
Pendant plusieurs années, le continent a traversé une période particulièrement difficile pour ses lanceurs : retrait d’Ariane 5, retards d’Ariane 6, indisponibilité temporaire de Vega C et fin de l’utilisation de Soyouz depuis Kourou après l’invasion russe de l’Ukraine.
Ariane 6 et Vega C sont désormais opérationnels, mais l’ESA cherche parallèlement à développer une véritable offre commerciale privée.
Isar Aerospace est précisément l’un des acteurs retenus dans le European Launcher Challenge de l’ESA.
Près de 198 millions d’euros engagés par l’ESA
Quelques jours avant le lancement, l’Agence spatiale européenne avait officialisé les premiers contrats du European Launcher Challenge.
Le contrat concernant Isar Aerospace représente précisément 197,8 millions d’euros.
Il est principalement financé par l’Allemagne, avec des contributions de l’Autriche et de la Norvège.
Ces financements doivent être débloqués progressivement lorsque les différentes étapes contractuelles sont remplies. Ils doivent soutenir le développement du service de lancement, l’amélioration de Spectrum et la montée en cadence de ses infrastructures.
Le European Launcher Challenge imposait notamment aux entreprises de démontrer leur capacité à réaliser une mission orbitale avant 2028.
Avec son vol du 5 septembre, Isar Aerospace vient donc de franchir très tôt l’un des jalons techniques les plus importants du programme.
L’Allemagne prend une longueur d’avance dans le New Space européen
Le résultat place également l’Allemagne dans une position intéressante dans la nouvelle compétition européenne.
Trois entreprises allemandes travaillent actuellement sur de nouveaux systèmes de lancement : Isar Aerospace avec Spectrum, Rocket Factory Augsburg avec RFA One et HyImpulse avec SR75 et son futur lanceur orbital SL1.
HyImpulse vient d’ailleurs de lever plus de 50 millions d’euros pour préparer le deuxième vol de SR75 et le développement de SL1.
Mais Isar Aerospace possède désormais un avantage concret : c’est la première de cette nouvelle génération à avoir effectivement atteint l’orbite.
Spectrum est-elle la réponse européenne à SpaceX ?
Pas directement.
Comparer Spectrum à Falcon 9 uniquement parce que les deux fusées transportent des satellites serait trompeur.
Spectrum peut placer jusqu’à environ 1 000 kg en orbite basse et son premier étage est consommé. Falcon 9 appartient à une catégorie de capacité très supérieure et SpaceX réutilise ses boosters à grande échelle.
Le marché recherché par Isar Aerospace est différent.
Avec Spectrum, un client disposant d’un petit satellite ou d’un groupe de satellites peut acheter une mission dédiée et choisir plus précisément son calendrier et sa destination orbitale.
SpaceX peut proposer des prix particulièrement faibles avec ses missions partagées Transporter, mais les petits satellites voyagent alors avec de nombreuses autres charges utiles et doivent en partie s’adapter à l’orbite principale du vol.
Spectrum mise donc davantage sur la flexibilité et la souveraineté d’accès que sur une confrontation directe avec Falcon 9 en termes de performances.
Un enjeu qui devient aussi militaire
La possibilité de lancer rapidement un petit satellite depuis l’Europe intéresse de plus en plus les gouvernements et les forces armées.
Dans un contexte de tensions géopolitiques, les satellites de télécommunications, d’observation et de renseignement sont devenus des infrastructures critiques.
Un pays capable de remplacer rapidement un satellite perdu ou d’ajouter de nouvelles capacités en orbite dispose d’un avantage stratégique.
Isar Aerospace indiquait en juin que la demande liée au secteur de la défense représentait désormais environ 60 % de ses opportunités commerciales, alors qu’elle était encore presque exclusivement civile un an auparavant.
La Norvège met elle aussi en avant cette dimension stratégique d’Andøya et de sa nouvelle capacité de lancement orbital.
Pourquoi la Norvège est-elle idéale pour ces lancements ?
Le port spatial d’Andøya est installé très au nord de la Norvège, au-delà du cercle polaire arctique.
Cette position géographique offre un accès particulièrement intéressant aux orbites polaires et héliosynchrones.
Ces orbites sont utilisées par de nombreux satellites d’observation de la Terre, de météorologie, de surveillance maritime et de renseignement.
Le lanceur peut partir vers le nord au-dessus de zones océaniques, ce qui limite le survol de régions fortement peuplées pendant les premières phases du vol.
Isar Aerospace dispose à Andøya d’un complexe de lancement dédié à Spectrum.
Isar Aerospace prépare déjà les prochains Spectrum
Le succès du deuxième vol ne doit pas rester une démonstration isolée.
Avant même cette mission, Isar Aerospace indiquait que les véhicules Spectrum 3 à 7 étaient déjà en cours de production.
L’entreprise développe également une nouvelle installation industrielle d’environ 40 000 m² près de Munich, avec l’objectif d’automatiser davantage la fabrication de ses lanceurs.
Isar Aerospace indique viser à terme une capacité de production pouvant atteindre plusieurs dizaines de fusées par an. Cette cadence reste évidemment à démontrer dans des opérations commerciales réelles.
L’entreprise prépare parallèlement un deuxième complexe de lancement à Spaceport Nova Scotia, au Canada, afin de disposer de davantage de possibilités orbitales et géographiques.
Un contrat avec Astroscale déjà signé pour une future mission
Quatre jours seulement avant le succès de Spectrum, Isar Aerospace avait annoncé un nouveau contrat avec Astroscale Japan.
Spectrum doit lancer la mission ADRAS-J2 de démonstration de retrait actif de débris spatiaux pour le compte d’Astroscale dans le cadre d’un programme de l’agence spatiale japonaise JAXA.
Le lancement est actuellement visé entre 2027 et 2028 depuis Andøya.
Le succès orbital du 5 septembre donne évidemment beaucoup plus de crédibilité à ce type de contrat : Isar Aerospace dispose désormais d’un lanceur ayant effectivement démontré qu’il pouvait rejoindre l’orbite.
Spectrum en quelques chiffres
- entreprise : Isar Aerospace ;
- pays : Allemagne ;
- fusée : Spectrum ;
- mission : Onward and Upward ;
- date : 5 septembre 2026 ;
- site : Andøya Spaceport, Norvège ;
- heure : peu après 22h00 heure locale et heure de Paris ;
- résultat : orbite atteinte ;
- nombre de vols Spectrum : deux ;
- hauteur : 28 m ;
- diamètre : 2 m ;
- étages : deux ;
- propulsion : oxygène liquide et propane ;
- moteurs : neuf Aquila au premier étage et un au second ;
- capacité LEO annoncée : jusqu’à 1 000 kg ;
- capacité SSO annoncée : jusqu’à 700 kg ;
- charges utiles : cinq CubeSats et une expérience technologique ;
- contrat European Launcher Challenge : 197,8 M€.
Après 30 secondes en 2025, Isar Aerospace entre dans une nouvelle dimension
Le raccourci résume parfaitement la progression : 30 secondes en 2025, l’orbite en 2026.
Spectrum doit encore prouver qu’elle peut reproduire ce succès, lancer régulièrement des satellites pour ses clients et construire un modèle économique durable face aux lancements partagés beaucoup plus importants de SpaceX.
Mais un obstacle fondamental vient d’être levé.
Isar Aerospace sait désormais construire en Allemagne une fusée capable de décoller depuis la Norvège et d’atteindre l’orbite.
Pour cette nouvelle génération de startups européennes, aucune n’avait encore réussi à aller aussi loin depuis le continent.
La question n’est donc plus de savoir si Spectrum peut atteindre l’orbite. Le prochain défi sera de déterminer à quelle fréquence Isar Aerospace peut recommencer, à quel prix et avec quelle fiabilité.
👉 À lire aussi : notre dossier sur la nouvelle génération de lanceurs européens soutenue par l’ESA et notre article consacré à HyImpulse et son futur lanceur orbital SL1.
Oui. La fusée Spectrum d’Isar Aerospace a atteint l’orbite lors de son deuxième vol le 5 septembre 2026 depuis Andøya Spaceport en Norvège. Son premier essai de mars 2025 avait pris fin après environ 30 secondes.
Spectrum est le premier des nouveaux lanceurs commerciaux privés européens à réussir une mise en orbite depuis l’Europe continentale. L’Europe lançait déjà Ariane et Vega depuis la Guyane française, qui se situe géographiquement en Amérique du Sud.
La mission Onward and Upward transportait cinq CubeSats européens et une expérience technologique non séparable dans le cadre d’une mission de qualification soutenue par le programme Boost! de l’ESA.
Isar Aerospace annonce une capacité maximale allant jusqu’à 1 000 kg en orbite terrestre basse et jusqu’à 700 kg en orbite héliosynchrone.
Pas directement. Spectrum est un petit lanceur consommable pouvant transporter jusqu’à environ une tonne en orbite basse. Falcon 9 possède une capacité très supérieure et utilise un premier étage réutilisable. Isar Aerospace vise surtout les petits satellites et les missions dédiées depuis l’Europe.



