⚡ 13 octobre 2026. Après les SMS par satellite, l’industrie des télécommunications vise désormais le haut débit directement sur le smartphone depuis l’espace. La start-up française Univity a annoncé en septembre avoir établi une liaison 5G bidirectionnelle entre un terminal au sol et une station de base 5G embarquée sur un satellite. Son fondateur, Charles Delfieux, défend une idée simple : le satellite ne doit pas concurrencer les réseaux mobiles, mais les prolonger là où les antennes terrestres ne vont pas. Une vision qui se heurte à un acteur déjà très avancé : Starlink.
La connexion directe d’un téléphone à un satellite, appelée Direct-to-Device ou D2D, entre dans une nouvelle phase. Les premiers services, comme l’option Message Satellite d’Orange en France, se limitent aux SMS d’urgence. L’objectif est maintenant d’offrir depuis l’espace des débits et une latence assez proches de ceux d’un réseau terrestre pour que le passage de la 5G au satellite devienne aussi transparent que celui de la 5G au Wi-Fi.
Ce qu’Univity a démontré en orbite
Le 9 septembre 2026, Univity a annoncé le succès de uniSpark, sa première démonstration technologique en orbite. Lancée en juin 2025 et testée avec le CNES, cette charge utile a permis d’établir une liaison 5G NTN bidirectionnelle entre un terminal au sol et une station de base 5G située à bord du satellite. Le terminal s’est synchronisé, s’est enregistré comme un terminal 5G et s’est connecté à un cœur de réseau 5G standard.
L’entreprise met en avant trois caractéristiques réunies pour la première fois en orbite selon elle :
- un traitement 5G régénératif : le satellite ne se contente pas de relayer le signal, il fonctionne comme une véritable antenne-relais ;
- une liaison en ondes millimétriques, dans la bande des 26 GHz ;
- un fonctionnement en TDD, où l’émission et la réception partagent la même fréquence en alternance, comme sur de nombreux réseaux 5G terrestres.
L’enjeu, pour Univity, est de montrer que des technologies issues de la 5G terrestre peuvent fonctionner depuis l’espace, plutôt que de développer un écosystème satellitaire entièrement séparé.
Ce que la démonstration ne montre pas encore
Le terminal utilisé n’était pas un smartphone, mais un équipement dédié. La connexion directe d’un téléphone du commerce reste donc à démontrer. Univity n’a pas non plus publié de mesure de débit ou de latence.
La mention de « première mondiale » correspond à la présentation de l’entreprise, sur une combinaison technique précise. Elle ne signifie pas qu’Univity serait le premier à connecter un terminal 5G à un satellite : d’autres acteurs ont mené des essais de 5G non terrestre ces dernières années.
Enfin, la bande des 26 GHz est identifiée en France pour la 5G, mais elle n’est pas encore exploitée commercialement par les opérateurs, et les smartphones grand public compatibles avec ces ondes millimétriques restent rares en Europe.
Le modèle d’Univity : vendre aux opérateurs, pas aux abonnés
Contrairement à l’image d’un « Starlink français », Univity ne prévoit pas de vendre des abonnements au grand public. L’entreprise veut fournir une infrastructure spatiale aux opérateurs télécoms, qui l’utiliseraient comme une extension de leur réseau en exploitant leurs propres fréquences 5G. L’abonné conserverait son opérateur et son téléphone.
« Nous passons progressivement d’un monde où le satellite est un réseau à part à un monde où l’espace peut devenir une extension naturelle des réseaux télécoms », résume Charles Delfieux, fondateur et dirigeant d’Univity.
Pour y parvenir, l’entreprise vise une constellation baptisée uniSky, en orbite terrestre très basse, plus proche des téléphones que la plupart des constellations actuelles. Elle n’a pas communiqué le nombre de satellites prévus.
Financement et calendrier
- Septembre 2025 : contrat de 31 millions d’euros signé avec le CNES dans le cadre de France 2030, pour un projet de 44 millions d’euros au total avec le cofinancement industriel. TDF doit héberger trois stations au sol, dont une outre-mer ;
- Avril 2026 : levée de 27 millions d’euros auprès notamment de Blast, Expansion et du fonds Deeptech 2030 géré par Bpifrance ;
- Septembre 2026 : démonstration uniSpark ;
- Premier trimestre 2028 : lancement visé de deux satellites de démonstration uniShape, destinés à valider un service 5G de bout en bout et la connexion directe à des terminaux mobiles. Le calendrier initial du programme évoquait des prototypes en 2027 ;
- À partir de 2029 : début envisagé du service commercial de la constellation.
Face à Starlink, une course déjà bien lancée
Univity arrive sur un marché où SpaceX a pris une avance considérable. Le réseau Starlink Mobile compte déjà environ 650 satellites capables de communiquer avec des téléphones LTE ordinaires et fournit des messages et des données dans plusieurs pays, en partenariat avec des opérateurs comme T-Mobile aux États-Unis ou Deutsche Telekom en Europe à partir de 2028.
Le 6 octobre 2026, la FCC américaine a autorisé SpaceX à déployer jusqu’à 15 000 satellites Starlink Mobile de nouvelle génération, en orbite très basse également. SpaceX vise un début de déploiement dès 2027, et le lancement de satellites aussi grands repose sur Starship.
D’autres concurrents sont aussi présents, comme l’américain AST SpaceMobile, partenaire d’Orange et de Vodafone. Univity mise sur deux différences : un modèle entièrement tourné vers les opérateurs, et un ancrage européen dans un secteur où la question de la souveraineté prend de l’importance.
L’Europe prépare la bataille des fréquences de 2 GHz
Le contexte européen joue en faveur de ce débat. Les licences européennes de la bande des 2 GHz réservée aux services mobiles par satellite, détenues par EchoStar et Viasat, expirent en mai 2027. Celles d’EchoStar doivent être transférées à SpaceX dans le cadre de leur accord sur les fréquences.
La Commission européenne a proposé de nouvelles règles d’attribution, non encore adoptées début septembre, qui partageraient la bande entre un usage gouvernemental via IRIS², de nouveaux entrants européens et des opérateurs européens ou non. Selon Bloomberg, Deutsche Telekom, Orange, Telefónica et Vodafone discutaient début septembre d’un consortium pour se porter candidats ensemble. Les discussions étaient décrites comme préliminaires.
Univity, de son côté, a fait un autre choix technique : utiliser les fréquences 5G des opérateurs plutôt que la bande satellitaire de 2 GHz. Mais l’issue de cette attribution déterminera en grande partie quels réseaux satellitaires équiperont les forfaits mobiles européens dans les années qui viennent.
Le D2D haut débit peut-il devenir un service grand public ?
Plusieurs obstacles restent à lever avant qu’un smartphone bascule naturellement de l’antenne-relais au satellite avec une expérience comparable :
- la capacité : un satellite partage sa bande passante entre tous les utilisateurs d’une zone, bien plus large que celle d’une antenne terrestre ;
- le spectre : les fréquences disponibles et leur attribution, en particulier en Europe ;
- les terminaux : la puissance et l’antenne d’un téléphone sont limitées, surtout à l’intérieur des bâtiments ;
- l’économie : des milliers de satellites en orbite très basse, à la durée de vie plus courte, doivent être rentabilisés ;
- la réglementation : chaque pays doit autoriser le service sur son territoire.
Le scénario le plus réaliste à moyen terme reste donc celui d’un réseau hybride : la 4G et la 5G terrestres là où elles existent, le satellite dans les zones blanches, en mer, en montagne ou en cas de catastrophe. C’est précisément le complément que revendique Univity, et aussi celui que proposent déjà Starlink et ses concurrents.
FAQ : la 5G par satellite
Le Direct-to-Device, ou D2D, désigne la connexion directe d’un téléphone ou d’un appareil mobile à un satellite, sans antenne satellite dédiée. Les premiers services se limitent aux SMS, mais plusieurs acteurs veulent proposer des données à haut débit.
En septembre 2026, Univity a annoncé une liaison 5G bidirectionnelle entre un terminal au sol et une station de base 5G embarquée sur son satellite de démonstration uniSpark, en ondes millimétriques. Le terminal n’était pas un smartphone et aucun débit n’a été publié.
Univity vise le lancement de deux satellites de démonstration au premier trimestre 2028, puis un service commercial à partir de 2029. Le service serait proposé par les opérateurs mobiles, pas directement par Univity.
En partie. Starlink Mobile et Univity visent tous deux la connexion directe des téléphones depuis l’espace et des partenariats avec les opérateurs. Starlink dispose cependant déjà d’environ 650 satellites dédiés en service, alors qu’Univity n’a pas encore lancé sa constellation.
La bande des 2 GHz est réservée aux services mobiles par satellite et convient bien à la connexion directe des téléphones. Les licences européennes actuelles expirent en mai 2027 : leur réattribution déterminera en partie quels réseaux satellitaires seront utilisés par les opérateurs européens.
À lire aussi : Starlink Mobile en France · la FCC autorise 15 000 satellites Starlink Mobile · notre guide Starlink.
Sources
- Univity, communiqué d’octobre 2026 : vision du Direct-to-Device haut débit et propos de Charles Delfieux ;
- Univity, 9 septembre 2026 : annonce de la démonstration uniSpark, relayée notamment par DegroupTest, L’Usine Nouvelle et Electronics Weekly ;
- Univity, 23 avril 2026 : levée de fonds de série A de 27 millions d’euros ;
- CNES, septembre 2025 : contrat de 31 millions d’euros dans le cadre de France 2030, relayé par FrenchWeb ;
- Bloomberg, Light Reading et Telecompaper, septembre 2026 : discussions entre Deutsche Telekom, Orange, Telefónica et Vodafone sur les fréquences satellite de 2 GHz ;
- FCC, 6 octobre 2026 : autorisation DA-26-1078 de la constellation Starlink Mobile.



