La NASA veut-elle interdire l’accès à certaines régions de la Lune ? Avec la multiplication des missions vers le pôle Sud lunaire, la question des « zones de sécurité » revient au premier plan. Mais parler de véritables « zones d’exclusion » est trompeur : le cadre actuellement défendu par la NASA ne permet pas aux États-Unis de s’approprier une partie de la Lune ni d’en interdire durablement l’accès aux autres pays.
Les Artemis Accords prévoient plutôt des « safety zones » temporaires. Leur objectif est de permettre à plusieurs missions opérant dans une même région de se prévenir et de se coordonner afin d’éviter qu’un atterrisseur, un rover, des poussières soulevées par un moteur ou une activité d’extraction ne perturbe les opérations d’un autre acteur.
Non, la NASA ne peut pas s’approprier une partie de la Lune
Le cadre juridique fondamental reste le Traité de l’espace de 1967. Son article I prévoit que la Lune et les autres corps célestes sont librement accessibles aux États, tandis que son article II interdit leur appropriation nationale par revendication de souveraineté, occupation ou tout autre moyen.
Autrement dit, les États-Unis ne peuvent pas déclarer qu’un cratère, une montagne ou une zone riche en glace appartient à la NASA.
Une analyse publiée par la NASA sur les opérations lunaires est d’ailleurs particulièrement claire : les safety zones envisagées par les Artemis Accords « ne sont pas des zones d’exclusion ».
Alors, qu’est-ce qu’une « safety zone » lunaire ?
Les Artemis Accords, établis en 2020 par les États-Unis avec plusieurs partenaires internationaux, prévoient un mécanisme destiné à éviter les interférences dangereuses entre activités spatiales.
Lorsqu’un acteur mène une opération dans une zone donnée, il doit pouvoir communiquer publiquement sa localisation et la nature générale de son activité. Si une autre mission souhaite intervenir à proximité, les partenaires sont censés se consulter afin de réduire les risques.
Selon la NASA, la taille, la portée et la durée d’une zone de sécurité doivent dépendre de principes scientifiques et techniques liés à l’activité concernée.
Ces zones doivent également être temporaires : elles cessent normalement d’exister lorsque l’opération qui les justifiait prend fin.
Pourquoi faut-il des zones de sécurité sur la Lune ?
Un site lunaire actif peut créer des dangers bien au-delà de l’endroit exact où se trouve un véhicule.
Lors d’un alunissage ou d’un décollage, les moteurs peuvent projeter du régolithe à grande vitesse. Une mission peut également utiliser des équipements scientifiques sensibles, des systèmes de communication, des rovers autonomes ou, à terme, des installations destinées à extraire des ressources.
L’arrivée d’un autre véhicule trop près d’une installation existante pourrait ainsi endommager du matériel, contaminer une expérience scientifique ou mettre en danger un équipage.
Le principe des safety zones consiste donc avant tout à dire : « nous opérons ici, voici les risques associés, prévenons-nous avant d’intervenir dans la même zone ».
Le pôle Sud lunaire risque de devenir très fréquenté
La question devient particulièrement importante autour du pôle Sud de la Lune. Cette région intéresse de nombreux programmes spatiaux en raison de son intérêt scientifique et de la présence probable de glace dans certains cratères constamment plongés dans l’ombre.
Cette glace pourrait un jour fournir de l’eau, mais aussi de l’oxygène et potentiellement des ergols après transformation. Certaines zones bénéficiant d’un éclairage solaire favorable sont également intéressantes pour produire de l’énergie.
Ces caractéristiques concentrent les missions dans un nombre relativement limité de régions, ce qui augmente mécaniquement le risque que plusieurs pays ou entreprises souhaitent travailler à proximité les uns des autres.
La NASA commence à mettre ces principes en pratique
Les safety zones ne constituent pas une idée apparue en 2026. Elles figurent dans les Artemis Accords depuis leur création en 2020.
Ce qui change aujourd’hui est leur caractère de moins en moins théorique. Lors du quatrième workshop des Artemis Accords organisé à Lima les 13 et 14 mai 2026, les représentants d’une trentaine de pays ont notamment travaillé sur des exercices liés aux opérations dans des environnements lunaires complexes.
Les discussions ont porté sur la non-interférence entre missions, l’interopérabilité, le partage des données scientifiques et la gestion des débris.
La NASA indiquait alors que plus d’une douzaine de missions d’atterrissage lunaire étaient attendues au cours des dix-huit mois suivants.
Moon Base change l’échelle du problème
La NASA développe désormais un projet de présence durable baptisé Moon Base, prévu près du pôle Sud lunaire.
Contrairement aux missions Apollo, qui restaient quelques jours sur la surface avant de repartir, cette nouvelle architecture doit progressivement faire apparaître des équipements permanents ou semi-permanents : rovers, systèmes énergétiques, communications, instruments scientifiques et infrastructures logistiques.
Plus les installations resteront longtemps sur place, plus la question de la coordination avec les autres missions deviendra importante.
La NASA reconnaît d’ailleurs elle-même qu’il reste encore du travail pour déterminer précisément comment les safety zones fonctionneront lorsque de nombreux acteurs opéreront simultanément sur la Lune.
SpaceX est directement concernée avec Starship
SpaceX fait partie des entreprises directement concernées par cette nouvelle organisation des opérations lunaires.
La NASA travaille avec SpaceX sur une version lunaire de Starship, le Human Landing System, destiné à transporter des astronautes entre l’orbite lunaire et la surface.
Dans le programme Artemis révisé en 2026, la mission Artemis III doit notamment tester en 2027 des opérations de rendez-vous et d’amarrage avec les systèmes commerciaux de SpaceX et Blue Origin avant les prochains alunissages habités.
La NASA vise ensuite le retour d’astronautes sur la surface à partir de 2028. Les opérations d’un véhicule aussi imposant que Starship devront nécessairement être coordonnées avec les autres engins et infrastructures présents dans la région.
Une safety zone pourrait-elle devenir une appropriation déguisée ?
C’est précisément l’une des critiques adressées au concept.
En théorie, une zone de sécurité ne donne aucun droit de propriété sur le terrain. En pratique, certains juristes craignent qu’une installation fonctionnant pendant plusieurs années dans une région particulièrement stratégique puisse finir par réserver de fait l’accès à certaines ressources.
La NASA reconnaissait déjà ce risque dans son analyse de politique lunaire de 2022. Elle recommandait notamment de limiter la taille et le nombre de zones, de justifier leurs dimensions scientifiquement et techniquement et de les supprimer lorsqu’elles ne sont plus nécessaires.
Le débat ne porte donc pas uniquement sur la sécurité : il concerne aussi la manière d’empêcher qu’un mécanisme de coordination temporaire ne se transforme progressivement en contrôle territorial de fait.
Que se passe-t-il si un pays refuse de respecter la zone ?
Les Artemis Accords ne créent pas une police lunaire et ne donnent pas à la NASA le pouvoir d’expulser un autre pays.
Pour les pays signataires, le principe consiste à notifier et à consulter les autres acteurs en cas de risque d’interférence.
Même un pays qui n’a pas signé les Artemis Accords reste soumis, s’il est partie au Traité de l’espace, à l’obligation de tenir compte des activités des autres États et de consulter en cas de risque d’interférence nuisible.
En cas de désaccord important, la résolution du conflit resterait essentiellement diplomatique.
76 pays ont désormais signé les Artemis Accords
Le système prend également de l’importance parce que le nombre de partenaires augmente rapidement.
Le 25 septembre 2026, Saint-Marin est devenu le 76e pays signataire des Artemis Accords. La NASA présente aujourd’hui ces accords comme l’un des cadres permettant d’organiser la coopération autour de sa présence durable sur la Lune.
Tous les grands acteurs spatiaux ne font toutefois pas partie de cette coalition. Cela signifie que l’organisation pratique de zones où plusieurs programmes concurrents souhaitent opérer restera l’un des enjeux majeurs de la prochaine phase de l’exploration lunaire.
Qui possède finalement la Lune ?
Personne, au sens du droit international actuel. Aucun État ne peut revendiquer une portion de la Lune comme territoire national.
Les prochaines années vont cependant obliger les agences spatiales à répondre à une question beaucoup plus concrète : comment garantir un accès libre à la surface tout en protégeant les astronautes, les installations et les expériences déjà présentes ?
Les safety zones constituent la réponse actuellement proposée par les Artemis Accords. Leur efficacité dépendra surtout de la manière dont elles seront définies, limitées dans le temps et respectées lorsque plusieurs nations et entreprises commenceront réellement à travailler côte à côte au pôle Sud lunaire.
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Non. Les Artemis Accords prévoient des zones de sécurité temporaires destinées à faciliter la notification et la coordination entre missions afin d’éviter les interférences. La NASA précise explicitement qu’il ne s’agit pas de zones d’exclusion.
Non. Le Traité de l’espace interdit l’appropriation nationale de la Lune et garantit le libre accès aux différentes régions des corps célestes.
Elles servent à informer les autres acteurs de la localisation et de la nature d’une opération et à coordonner les activités lorsqu’un risque d’interférence existe, par exemple autour d’un alunisseur, d’un rover ou d’une infrastructure lunaire.
Oui. SpaceX développe pour la NASA le Starship Human Landing System destiné aux missions Artemis. Ses futures opérations sur la surface devront être coordonnées avec les autres missions et infrastructures présentes dans les mêmes régions.



