« Nous cherchions son équivalent depuis 1990 » : après des décennies d’observations de Saturne, Hubble a révélé autour du pôle Sud de la planète une gigantesque structure atmosphérique à dix côtés. Ce « décagone » rappelle le célèbre hexagone du pôle Nord, mais il pourrait être beaucoup plus jeune et encore en train d’évoluer.
La découverte tombe à un moment particulièrement favorable pour Saturne : la planète aux anneaux était à l’opposition le 4 octobre 2026, ce qui la rend visible pendant une grande partie de la nuit. Le décagone, lui, reste évidemment impossible à distinguer depuis un télescope amateur : il a fallu plusieurs années de mesures du télescope spatial Hubble pour confirmer sa géométrie.
Une forme à dix côtés apparaît au pôle Sud de Saturne
Saturne est déjà célèbre pour une anomalie atmosphérique qui semble presque artificiellement géométrique : son immense hexagone polaire situé dans l’hémisphère Nord.
Mais les astronomes viennent désormais de confirmer qu’une autre forme régulière existe de l’autre côté de la planète.
Les données de Hubble montrent une onde atmosphérique à dix côtés autour du pôle Sud. La NASA parle d’un « décagone ».
La structure est centrée vers 63° de latitude sud et se trouve intégrée à l’un des puissants courants-jets de Saturne.
« Nous cherchions son équivalent depuis 1990 »
La découverte a une histoire particulièrement longue.
Le chercheur Agustín Sánchez-Lavega explique que les astronomes cherchaient depuis 1990 un équivalent austral du célèbre hexagone du Nord.
Même la sonde Cassini, qui a étudié Saturne entre 2004 et 2017, n’avait pas montré de structure durable comparable au pôle Sud.
Ce sont finalement des observations de Hubble couvrant plusieurs années qui ont permis de remonter jusqu’à 2023, où les premières traces du phénomène étaient déjà présentes.
En 2024, les chercheurs et des astronomes amateurs ont commencé à remarquer une bande légèrement ondulée. Des observations terrestres réalisées ensuite en 2025 ont renforcé les soupçons.
Le décagone semble devenir de plus en plus net
Le phénomène n’est pas simplement une forme dessinée par quelques nuages isolés.
Hubble l’a observé à différentes longueurs d’onde, qui permettent de sonder plusieurs altitudes dans l’atmosphère de Saturne.
Le décagone apparaît dans plusieurs de ces couches, ce qui indique qu’il s’agit d’une structure atmosphérique verticale relativement profonde.
Les observations accumulées depuis 2023 montrent également que ses contours sont devenus progressivement plus prononcés.
La NASA estime donc que les astronomes pourraient avoir la rare opportunité d’assister à la formation ou au renforcement d’un gigantesque phénomène atmosphérique presque en temps réel.
Pourquoi l’atmosphère de Saturne fabrique-t-elle des polygones ?
C’est précisément la question qui intrigue les chercheurs.
Au pôle Nord, l’hexagone est associé à un courant-jet extrêmement rapide. Cette structure mesure environ 30 000 km de diamètre et les vents qui l’accompagnent atteignent autour de 320 km/h.
Pour le nouveau décagone du Sud, les scientifiques étudient un mécanisme comparable.
Une hypothèse est que les différences de vitesse entre plusieurs bandes de gaz génèrent des ondes atmosphériques capables de former des frontières géométriques relativement régulières.
Cette explication reste cependant un modèle : la NASA n’affirme pas encore connaître exactement le mécanisme qui maintient les dix côtés de la nouvelle structure.
Le Nord possède un hexagone, le Sud un décagone
Les deux pôles ne sont donc pas de simples copies l’un de l’autre.
L’hexagone nord est extrêmement stable. Des images Voyager prises au début des années 1980 montraient déjà cette structure, qui continue d’exister plus de quarante ans plus tard.
Pour le décagone sud, les astronomes ne savent pas encore s’il pourra survivre aussi longtemps.
C’est même l’une des raisons pour lesquelles son évolution intéresse autant les chercheurs : ils peuvent suivre un phénomène qui semble beaucoup plus récent que son équivalent du Nord.
Pourquoi Hubble voit-il ce que Cassini n’avait pas vu ?
La réponse ne signifie pas nécessairement que Cassini avait « manqué » quelque chose.
La structure pourrait tout simplement ne pas avoir existé sous sa forme actuelle durant les années où la sonde orbitait autour de Saturne.
Hubble bénéficie aussi d’un programme d’observation régulier des planètes géantes, baptisé OPAL, qui permet de comparer leur atmosphère année après année.
En superposant cette longue série de données, les chercheurs peuvent détecter des changements qui seraient difficiles à identifier avec une seule photographie.
Saturne est justement observable en ce moment
La découverte bénéficie d’une actualité particulière : Saturne a atteint son opposition le 4 octobre 2026.
La Terre se trouve alors approximativement entre le Soleil et Saturne. La planète se lève autour du coucher du Soleil et reste visible pendant une grande partie de la nuit.
Avec un petit télescope, vous pourrez distinguer ses anneaux, mais pas le décagone : cette structure exige une résolution et des observations dans plusieurs longueurs d’onde hors de portée d’un instrument amateur.
Pour savoir où regarder, consultez notre guide consacré à Saturne à l’opposition et à l’observation de ses anneaux en octobre 2026.
La planète qui possédait déjà l’une des structures atmosphériques les plus étranges du Système solaire vient donc de devenir encore plus singulière : six côtés au nord, dix au sud, et désormais plusieurs années d’observations à venir pour comprendre si ce nouveau polygone est temporaire ou durable.
Hubble a confirmé une gigantesque onde atmosphérique régulière possédant dix côtés autour du pôle Sud de Saturne. Cette structure, appelée décagone, est centrée vers 63° de latitude sud et traverse plusieurs couches de l’atmosphère.
L’hexagone se trouve au pôle Nord de Saturne et est connu depuis les observations Voyager des années 1980. Le nouveau phénomène du pôle Sud possède dix côtés et semble s’être renforcé au cours des dernières années.
Non. Même si Saturne est actuellement bien placée pour l’observation, le décagone atmosphérique nécessite la résolution de Hubble et des observations réalisées à différentes longueurs d’onde. Un télescope amateur permet en revanche d’observer les anneaux de Saturne.



