« Sorcière », « Crâne », « Fantôme » : ces noms semblent avoir été inventés pour Halloween, mais ils désignent de véritables objets astronomiques. Le 31 octobre 2026, plusieurs de ces nébuleuses pourront être recherchées dans le ciel d’automne, à condition de disposer pour certaines d’un télescope, d’un ciel sombre ou d’un appareil photo capable de longues poses.
La NASA elle-même vient de consacrer son guide d’observation d’octobre aux objets les plus inquiétants du ciel. Bonne nouvelle pour les observateurs français : à Paris, la Lune gibbeuse décroissante ne se lèvera que vers 22h04 le soir d’Halloween. Les premières heures de nuit seront donc les plus favorables pour tenter d’apercevoir les nébuleuses les plus faibles.
- À l’œil nu : Algol, « l’étoile démon » ;
- Jumelles ou petit télescope : nébuleuse de l’Hélice et certaines régions des Dentelles du Cygne sous un ciel très noir ;
- Télescope conseillé : nébuleuse du Crâne NGC 246 ;
- Grand télescope ou astrophotographie : Fantôme de Cassiopée IC 63 et Tête de Sorcière IC 2118.
« La Tête de Sorcière » regarde vers Orion
Son véritable nom est IC 2118, mais sa silhouette incurvée lui vaut depuis longtemps le surnom de « Witch Head Nebula », la nébuleuse de la Tête de Sorcière.
Elle se trouve entre les constellations d’Éridan et d’Orion, à proximité de la brillante étoile Rigel. La nébuleuse ne produit pas elle-même cette lumière bleutée : ses poussières réfléchissent principalement la lumière de Rigel.
La NASA estime sa distance à environ 900 années-lumière dans son guide d’octobre 2026.
Ne vous attendez toutefois pas à voir avec vos yeux l’immense visage bleu présent sur les photographies. IC 2118 est extrêmement faible. La NASA recommande un télescope de grande ouverture à faible grossissement sous un ciel noir ; l’astrophotographie reste de loin la manière la plus spectaculaire de la révéler.
« Le Balai de Sorcière » est le cadavre d’une étoile
À l’autre bout du ciel d’automne se trouve un objet encore plus spectaculaire : NGC 6960, surnommé le « Balai de Sorcière ».
Il constitue la partie occidentale de la célèbre nébuleuse des Dentelles du Cygne.
Ces filaments sont les restes d’une étoile massive qui a explosé en supernova il y a plusieurs milliers d’années. L’onde de choc continue aujourd’hui de traverser le gaz interstellaire et de le faire briller.
Le rémanent complet se trouve à environ 1 400 années-lumière. Sous un ciel réellement sombre, certaines parties des Dentelles peuvent être repérées avec des jumelles ou un télescope ; un filtre à nébuleuse augmente fortement le contraste.
Le « Fantôme de Cassiopée » flotte haut dans le ciel d’automne
La forme de IC 63 est suffisamment évocatrice pour que NASA et ESA la surnomment officiellement dans leur communication le « Ghost of Cassiopeia », le Fantôme de Cassiopée.
Située à environ 550 années-lumière, cette nébuleuse est sculptée par le rayonnement intense de Gamma Cassiopeiae.
L’hydrogène bombardé par le rayonnement ultraviolet de cette étoile produit notamment une lueur rouge, tandis que les poussières réfléchissent une partie de sa lumière bleue.
Cassiopée constitue une excellente constellation repère pour les observateurs de l’hémisphère Nord : son célèbre « W » monte très haut dans le ciel pendant les soirées d’automne.
En revanche, voir directement IC 63 est difficile. La NASA indique qu’un grand télescope et un ciel sombre sont nécessaires.
La nébuleuse du « Crâne » cache une étoile mourante
Dans la constellation de la Baleine se trouve NGC 246, ou Caldwell 56, beaucoup plus connue sous le nom de nébuleuse du Crâne.
À environ 1 600 années-lumière, elle représente une étape du destin qui attend les étoiles comparables au Soleil : une étoile vieillissante a expulsé ses couches externes, tandis qu’un noyau très chaud subsiste sous la forme d’une naine blanche.
La NASA donne une magnitude apparente d’environ 8. Elle est donc invisible à l’œil nu, mais peut apparaître comme une faible lueur arrondie dans un télescope de taille moyenne.
Surtout, l’automne de l’hémisphère Nord est précisément indiqué par la NASA comme la meilleure saison pour l’observer.
Un gigantesque « œil » flotte aussi dans le ciel
La nébuleuse de l’Hélice, NGC 7293, n’a pas officiellement un nom d’Halloween, mais son apparence a souvent été comparée à un gigantesque œil cosmique, voire à un « œil zombie » dans certaines publications de la NASA.
Elle se situe à seulement environ 650 années-lumière dans la constellation du Verseau, ce qui en fait l’une des nébuleuses planétaires les plus proches.
Avec une magnitude d’environ 7,3, elle peut être repérée avec un petit télescope et même avec de bonnes jumelles sous un ciel très noir.
Depuis l’hémisphère Nord, elle reste cependant assez basse dans le ciel d’automne. Il faut donc disposer d’un horizon bien dégagé et éviter autant que possible la pollution lumineuse.
Et pour ceux qui n’ont aucun télescope ?
Il existe heureusement une cible beaucoup plus simple : Algol, dans Persée.
La NASA la surnomme « Demon Star » ou « The Ghoul ». Cette étoile variable perd régulièrement une grande partie de son éclat lorsque deux étoiles de son système s’éclipsent mutuellement.
Elle est visible à l’œil nu pendant les soirées d’automne. Nous lui avons consacré un guide séparé pour expliquer quand et comment observer « l’étoile démon ».
Halloween 2026 : commencez avant le lever de la Lune
Pour l’observation du ciel profond, le véritable ennemi ne sera pas un fantôme mais la lumière.
À Paris, le 31 octobre 2026, la Lune sera encore éclairée à environ 69 %, mais elle ne se lèvera que vers 22h04. Les cibles déjà présentes dans le ciel en début de soirée bénéficieront donc d’un créneau plus sombre avant son apparition.
Le lever de la Lune varie cependant selon la ville et ne peut pas être simplement converti d’un fuseau horaire à l’autre. Les lecteurs d’outre-mer, du Québec, de Belgique, de Suisse ou d’Afrique francophone devront donc vérifier l’heure locale de lever de la Lune.
Et contrairement aux photographies de Hubble, Webb ou des grands observatoires terrestres, attendez-vous à voir des formes beaucoup moins colorées à l’oculaire : l’œil humain est peu sensible aux couleurs des objets très faibles.
Le spectacle reste pourtant bien réel. Derrière les noms de « Sorcière », « Fantôme » et « Crâne » se cachent des phénomènes physiques très différents : naissance d’étoiles, lumière réfléchie par des poussières, rayonnement ultraviolet et restes d’étoiles en fin de vie.
Parmi les objets aux surnoms les plus adaptés à Halloween figurent la Tête de Sorcière IC 2118, le Balai de Sorcière NGC 6960, le Fantôme de Cassiopée IC 63, la nébuleuse du Crâne NGC 246 et Algol, surnommée l’étoile démon.
Non. IC 2118 est une nébuleuse très faible. La NASA recommande un télescope de grande ouverture sous un ciel sombre, tandis que l’astrophotographie permet de révéler beaucoup plus facilement sa silhouette.
À Paris, la Lune sera éclairée à environ 69 % mais ne se lèvera que vers 22h04 le 31 octobre. Le début de soirée sera donc plus favorable aux objets faibles. L’heure de lever varie toutefois selon le lieu d’observation.



