Les satellites Starlink continuent de communiquer dans l’espace. Pourtant, en Ukraine, certaines connexions utilisées par les forces armées peuvent être interrompues par des systèmes russes de guerre électronique. Ce paradoxe met en lumière une limite du réseau de SpaceX : même lorsque les satellites échangent des données grâce à des lasers, leur connexion avec les utilisateurs au sol repose toujours sur des ondes radio.
Depuis plusieurs mois, les forces russes emploient notamment un dispositif appelé Volna Kupol Garant pour perturber certaines liaisons Starlink. Selon des informations publiées par Reuters et le média spécialisé Janes, ces brouillages ont affecté des opérations ukrainiennes utilisant des terminaux satellitaires, notamment à bord de drones.
Le problème ne signifie pas que Starlink a été piraté ou que ses satellites sont hors service. Il révèle plutôt un maillon vulnérable dans la chaîne des communications. Une entreprise européenne, Astrolight, estime que les technologies laser pourraient contribuer à réduire cette dépendance. Mais cette solution comporte elle aussi des limites.
La Russie n’a pas besoin de neutraliser les satellites Starlink
Depuis le début de l’invasion russe à grande échelle en février 2022, Starlink joue un rôle important dans les communications ukrainiennes. Le service de SpaceX permet d’accéder à Internet dans des secteurs où les réseaux terrestres sont endommagés, absents ou difficiles à exploiter.
Les forces ukrainiennes utilisent cette connectivité pour transmettre des informations, coordonner certaines opérations et maintenir des communications entre différentes unités. Elle intervient aussi dans certains systèmes de drones.
Cette dépendance fait naturellement de Starlink une cible pour la guerre électronique russe.
En juillet 2026, Reuters a documenté l’utilisation de systèmes russes de brouillage contre des connexions Starlink employées par des drones ukrainiens. En septembre, Janes a rapporté de nouveaux détails sur le dispositif Volna Kupol Garant, en s’appuyant notamment sur les déclarations d’un responsable ukrainien de la guerre électronique.
Selon ces sources, les brouillages peuvent perturber les communications dans certaines zones d’opération. Des unités ukrainiennes ont également déclaré avoir détruit plusieurs dispositifs de ce type.
Le point essentiel est que ces perturbations ne nécessitent pas de désactiver la constellation en orbite. Un terminal peut perdre sa capacité à échanger des données alors que les satellites situés au-dessus de lui continuent de fonctionner normalement.
Comment Starlink peut-il être brouillé alors qu’il utilise des lasers ?
Pour comprendre cette vulnérabilité, il faut distinguer deux parties du réseau Starlink de SpaceX : les communications entre satellites et la liaison avec les équipements utilisés à la surface de la Terre.
Dans l’espace, des satellites reliés par laser
Une partie de la constellation Starlink dispose de liaisons optiques intersatellitaires. Ces équipements permettent aux satellites d’échanger des données directement dans l’espace, sans devoir systématiquement passer par une station terrestre intermédiaire.
Les faisceaux laser sont très directionnels. Leur énergie est concentrée sur une zone beaucoup plus étroite que celle de nombreuses transmissions radio, ce qui rend leur interception et leur brouillage particulièrement difficiles.
Cette technologie améliore les possibilités de transmission sur de grandes distances et contribue à la souplesse du réseau.
Au sol, la connexion passe toujours par les ondes radio
Le fonctionnement change au dernier maillon. Une antenne Starlink classique communique avec les satellites par radiofréquences, et non au moyen d’un faisceau laser.
Les informations doivent donc franchir cette liaison radio pour atteindre l’utilisateur ou repartir vers le réseau orbital.
Un brouillage suffisamment puissant dans l’environnement radio concerné peut perturber la réception ou la transmission des données. Il devient alors possible de dégrader une connexion locale sans compromettre les liaisons laser entre les satellites.
Imaginez un réseau de routes parfaitement dégagées reliant plusieurs villes : si le dernier accès vers une habitation devient impraticable, la circulation sur le reste du réseau ne suffit plus à garantir la livraison.
Pour Starlink, c’est un problème similaire : un réseau orbital opérationnel ne garantit pas, à lui seul, une connexion utilisable dans un environnement soumis à des interférences radio.
Volna Kupol Garant : ce que l’on sait du système russe
Le dispositif russe identifié dans les reportages de Reuters et de Janes porte le nom de Volna Kupol Garant. Il s’agit d’un système de guerre électronique conçu pour perturber des communications satellitaires dans un secteur limité.
Selon les informations rapportées par Janes en septembre 2026, ce système est utilisé contre des terminaux Starlink dans certaines zones occupées d’Ukraine.
La Russie a également communiqué sur sa production, tandis que les forces ukrainiennes ont présenté des images de systèmes identifiés comme appartenant à cette famille et frappés lors d’opérations militaires.
Ces éléments permettent de documenter l’existence d’une capacité de brouillage et son emploi revendiqué ou rapporté sur le terrain. Ils ne permettent cependant pas de mesurer avec précision le nombre total de terminaux perturbés, la fréquence des interruptions ni l’efficacité du système dans toutes les conditions.
Il serait donc trompeur de conclure que la Russie est désormais capable de couper Starlink partout en Ukraine. Les informations disponibles concernent des perturbations localisées, dans des situations opérationnelles particulières.
Le laser pourrait-il rendre les communications militaires plus résistantes ?
Face à cette vulnérabilité, plusieurs acteurs de l’industrie spatiale européenne développent des solutions de communication optique capables de dépasser le seul échange de données entre satellites.
C’est notamment le cas d’Astrolight, une entreprise lituanienne spécialisée dans les équipements de transmission laser.
Dans un entretien publié par Futura le 11 octobre 2026, son dirigeant Laurynas Mačiulis présente les communications optiques comme une piste pour renforcer la résilience des réseaux, notamment dans les environnements militaires.
Le principe consiste à utiliser des faisceaux lumineux fortement concentrés pour acheminer les données entre équipements compatibles.
Ce type de liaison présente plusieurs avantages potentiels :
- Une interception plus difficile : le faisceau est étroit et doit être capté dans une zone précise.
- Une meilleure résistance à certains brouillages : les interférences radio conventionnelles n’agissent pas sur une liaison optique de la même manière.
- Des capacités de transmission élevées : les communications laser peuvent acheminer d’importants volumes de données lorsque les conditions sont réunies.
Astrolight développe notamment des terminaux nommés Atlas-X et Atlas-X-Mini, destinés à différentes applications de communications spatiales.
La société a également annoncé des essais de ses technologies optiques lors d’exercices militaires internationaux. Ces démonstrations constituent des étapes de développement, mais elles ne prouvent pas que les terminaux spatiaux Atlas-X sont déjà opérationnels sur une constellation comparable à Starlink.
Pourquoi le laser ne règle pas tous les problèmes
Remplacer les radiofréquences par des faisceaux optiques paraît séduisant sur le papier. Pourtant, les communications laser posent plusieurs difficultés techniques importantes.
La première concerne les conditions météorologiques. Contrairement aux transmissions entre satellites, qui traversent principalement le vide spatial, les communications entre l’espace et la Terre doivent traverser l’atmosphère.
Les nuages, le brouillard et les turbulences peuvent affaiblir fortement un signal optique, voire empêcher temporairement une liaison.
La NASA souligne également la nécessité d’un pointage extrêmement précis entre l’émetteur et le récepteur. Maintenir cet alignement devient plus exigeant lorsque les équipements ou les plateformes sont mobiles.
Pour limiter certaines interruptions, les opérateurs peuvent envisager plusieurs stations au sol situées dans des régions différentes. Une liaison indisponible à cause de la météo peut alors, lorsque l’architecture le permet, être relayée vers une station bénéficiant de meilleures conditions.
Mais un tel réseau nécessite des infrastructures, des équipements compatibles et des investissements. Le laser ne doit donc pas être présenté comme une solution universelle ou totalement impossible à perturber.
L’Europe prépare aussi ses communications spatiales du futur
L’enjeu ne concerne pas uniquement les États-Unis, la Russie et l’Ukraine. L’Europe cherche également à renforcer son autonomie dans les communications satellitaires.
L’Agence spatiale européenne développe notamment HydRON, un programme de réseau optique à haut débit destiné à relier des satellites et des infrastructures terrestres.
En avril 2026, l’ESA a annoncé une nouvelle étape de ce projet, avec l’objectif de créer une infrastructure capable de transporter rapidement d’importants volumes de données entre différentes orbites et vers le sol.
Le développement de ces technologies s’inscrit dans une réflexion plus large sur la sécurité des communications, la disponibilité des réseaux et la capacité européenne à exploiter ses propres infrastructures spatiales.
Mais HydRON demeure un programme en développement. Il ne constitue pas aujourd’hui un remplacement opérationnel du réseau Starlink utilisé sur le front ukrainien.
Cette réflexion rejoint également les ambitions européennes autour d’IRIS² et des futures infrastructures de connectivité sécurisée. Les architectures de ces programmes doivent toutefois être distinguées : elles n’utilisent pas nécessairement les mêmes terminaux ni les mêmes technologies pour chaque liaison.
Faut-il craindre un brouillage généralisé de Starlink ?
Les perturbations documentées en Ukraine ne signifient pas que l’ensemble du réseau Starlink est fragile ou susceptible de tomber en panne simultanément.
Le brouillage radio est un phénomène différent d’une panne informatique, d’une cyberattaque ou d’une interruption globale du service.
Dans un contexte civil, une connexion Starlink peut également être affectée par des obstacles physiques, des problèmes d’alimentation électrique, des conditions environnementales ou une panne de réseau. Ces situations ne constituent pas automatiquement des preuves de brouillage.
La guerre en Ukraine montre surtout une réalité importante : les performances d’un réseau satellitaire dépendent de toute sa chaîne de communication, et pas seulement de ses satellites.
Ce que cette guerre électronique révèle sur l’avenir de Starlink
SpaceX a construit un réseau spatial capable de transmettre des données sur de grandes distances grâce à une constellation en orbite basse et à des communications intersatellitaires avancées.
Mais l’expérience ukrainienne rappelle qu’un système de communication doit être évalué dans son ensemble : satellites, stations terrestres, antennes, environnement radio et moyens de secours.
Les technologies laser pourraient améliorer certaines parties de cette architecture. Elles ne supprimeront pas automatiquement les contraintes de mobilité, de météo ou de disponibilité des équipements.
Le véritable défi ne consiste donc pas seulement à rendre les satellites plus difficiles à brouiller. Il consiste à garantir que les données puissent encore parvenir à leurs destinataires lorsque l’une des liaisons est perturbée.
Dans ce contexte, les recherches européennes sur les communications optiques et la diversification des réseaux pourraient prendre une importance croissante.
À lire également : Starshield : le réseau spatial militaire de SpaceX ; Rassvet : la Russie développe sa propre constellation concurrente de Starlink ; et Elon Musk a-t-il vraiment désactivé Starlink en Ukraine ?.
Sources
- Reuters, 8 juillet 2026 — Enquête sur le brouillage russe des connexions Starlink.
- Janes — Informations sur Volna Kupol Garant et les opérations de guerre électronique.
- Futura, 11 octobre 2026 — Entretien avec Laurynas Mačiulis, dirigeant d’Astrolight.
- NASA — Fonctionnement, avantages et limites des communications optiques.
- ESA, 15 avril 2026 — Nouvelle étape du programme HydRON.
Oui. Des systèmes russes de guerre électronique, dont Volna Kupol Garant, ont été utilisés pour perturber certaines connexions Starlink en Ukraine. Il s’agit de brouillages localisés, et non d’une désactivation générale de la constellation.
Les lasers assurent certaines communications entre satellites, mais les antennes Starlink au sol utilisent toujours des radiofréquences. Cette dernière liaison peut être perturbée par des systèmes de brouillage radio.
Non. Les communications laser sont généralement plus difficiles à intercepter et à perturber que de nombreuses liaisons radio, mais elles restent sensibles aux obstacles, aux conditions atmosphériques et aux problèmes de pointage.



