Starship 14 : problème de moteur, que s’est-il vraiment passé ?

Starship 14 a atteint l’orbite malgré l’arrêt prématuré d’un moteur Raptor Vacuum de Ship 41. L’événement a provoqué quelques minutes d’incertitude pendant le vol : SpaceX a d’abord dû déterminer si le vaisseau pouvait entrer en orbite sans compromettre sa capacité à revenir ensuite sur Terre. Le feu vert a finalement été donné, les 26 satellites Starlink V3 ont été déployés, puis la mission a été écourtée par prudence.

Mais que s’est-il réellement passé ? Le moteur était-il détruit ? Starship risquait-il de rester bloqué en orbite ? Et pourquoi SpaceX a-t-il accepté d’entrer en orbite avant de décider de revenir beaucoup plus tôt que prévu ? Voici ce qui est confirmé — et ce qui reste encore inconnu.

Starship Flight 14 a décollé le 28 septembre 2026 à 7h48 heure locale à Starbase, soit 14h48 à Paris, Bruxelles et Genève · 16h48 à La Réunion · 8h48 en Guadeloupe et Martinique · 9h48 en Guyane · 2h48 en Polynésie française · 23h48 en Nouvelle-Calédonie · 8h48 au Québec · 12h48 à Abidjan et Dakar.

Pour retrouver le déroulement complet de la mission, consultez également notre bilan de Starship Flight 14.

Starship 14 : quel moteur s’est arrêté ?

Ship 41 possède six moteurs Raptor : trois moteurs centraux adaptés au fonctionnement au niveau de la mer et trois Raptor Vacuum, ou RVac, équipés d’une tuyère beaucoup plus grande afin d’être plus efficaces dans le vide.

Après la séparation à chaud avec Booster 21, les six moteurs de Ship 41 se sont allumés comme prévu. Pendant cette poussée de montée, un des trois Raptor Vacuum s’est arrêté prématurément.

C’est une nuance importante : SpaceX n’a pas annoncé que le moteur avait explosé ou qu’il avait subi une destruction mécanique. Le compte rendu disponible indique simplement qu’il s’est arrêté avant la fin prévue de sa poussée.

À ce stade, SpaceX n’a pas publié la cause racine de cet arrêt. Il est donc impossible d’affirmer s’il s’agit d’un problème interne au moteur, de son alimentation en méthane ou en oxygène liquide, d’un capteur, d’une commande de protection ou d’un autre système.

Pourquoi Starship n’est-il pas retombé après la panne ?

La perte d’un moteur ne signifie pas nécessairement la perte du vaisseau. Starship dispose de plusieurs moteurs et son système de guidage peut adapter la durée de fonctionnement des moteurs restants afin de compenser une partie de la poussée manquante.

C’est précisément ce qui s’est produit pendant Flight 14. Après l’arrêt du Raptor Vacuum, les cinq moteurs restants ont fonctionné plus longtemps que prévu. Ship 41 a ainsi tout de même atteint la trajectoire suborbitale de sécurité prévue avant la décision finale d’entrer en orbite.

Cette trajectoire intermédiaire avait été prévue volontairement par SpaceX. Tant que l’allumage d’insertion orbitale n’avait pas été réalisé, le vaisseau restait sur une trajectoire qui l’aurait ramené naturellement dans l’atmosphère terrestre.

Autrement dit, SpaceX disposait encore d’un choix : rester sur cette trajectoire sûre ou engager Starship sur une véritable orbite terrestre.

Pourquoi SpaceX a hésité avant de donner le feu vert pour l’orbite

Une fois placé en orbite, Starship ne pouvait plus simplement attendre de retomber naturellement quelques dizaines de minutes plus tard comme lors des vols suborbitaux précédents.

Pour rentrer sur Terre, Ship 41 devait impérativement effectuer plus tard une manœuvre active de désorbitation en rallumant un moteur Raptor. C’est précisément pour cette raison que SpaceX avait annoncé avant le lancement que l’insertion orbitale ne serait effectuée que si les contrôleurs confirmaient une redondance suffisante des systèmes nécessaires au retour.

Après l’arrêt du Raptor Vacuum, les équipes ont donc analysé la télémétrie de Ship 41 avant de poursuivre.

Le point décisif concernait notamment les trois moteurs Raptor centraux au niveau de la mer. Ce sont eux qui devaient être disponibles pour les manœuvres suivantes, dont l’insertion orbitale et la désorbitation.

SpaceX a finalement déterminé que ces trois moteurs étaient en état de poursuivre la mission et a donné son feu vert aux opérations orbitales.

Le moteur défaillant n’était pas celui utilisé pour entrer en orbite

C’est probablement le point le plus important pour comprendre la décision de SpaceX : le moteur qui s’était arrêté était un Raptor Vacuum, alors que la manœuvre d’insertion orbitale a été réalisée avec un Raptor central au niveau de la mer.

Ship 41 a donc rallumé un seul de ses moteurs centraux et effectué l’allumage supplémentaire nécessaire pour transformer sa trajectoire suborbitale en véritable orbite terrestre.

La manœuvre a fonctionné. Starship est devenu pour la première fois un véhicule en orbite autour de la Terre, à environ 275 km d’altitude.

Cette réussite montre que l’anomalie du Raptor Vacuum n’avait pas rendu l’ensemble du système de propulsion inutilisable. Elle avait cependant réduit la marge disponible et introduit une incertitude que les équipes devaient désormais prendre en compte pour la suite de la mission.

Les 26 Starlink V3 ont malgré tout été déployés

Une fois l’insertion orbitale confirmée, SpaceX a poursuivi l’un des objectifs principaux de Flight 14 : le déploiement de 26 satellites Starlink V3.

Les vingt-six satellites ont quitté Ship 41 et SpaceX a ensuite indiqué avoir établi le contact avec chacun d’entre eux. Ils doivent effectuer leurs vérifications en orbite et utiliser leur propre propulsion pour rejoindre leur position opérationnelle.

Flight 14 est ainsi devenu à la fois le premier vol orbital de Starship et sa première mission transportant une charge utile destinée à rester réellement en orbite.

Nous détaillons cette nouvelle génération dans notre dossier consacré aux satellites Starlink V3.

Alors pourquoi SpaceX a-t-il écourté le vol ?

Le plan initial était beaucoup plus ambitieux. SpaceX prévoyait une mission de près de dix heures, avec environ six orbites autour de la Terre avant la désorbitation et un amerrissage dans le Pacifique à l’ouest du Chili.

Après le déploiement des satellites, l’entreprise a cependant changé de scénario.

SpaceX a confirmé après le vol que, compte tenu du problème moteur rencontré pendant la montée, les contrôleurs ont décidé par prudence de limiter la durée passée en orbite.

Ship 41 a donc utilisé beaucoup plus tôt que prévu une possibilité de retour préparée avant le lancement. Au lieu de poursuivre pendant environ six orbites, Starship a effectué sa première manœuvre de désorbitation et s’est dirigé vers une zone de sécurité préalablement coordonnée dans le nord de l’océan Pacifique.

La mission s’est finalement terminée un peu plus de trois heures après son départ, au lieu des presque dix heures initialement prévues.

La désorbitation a-t-elle fonctionné malgré le problème moteur ?

Oui. Ship 41 a rallumé un Raptor central afin de ralentir suffisamment le vaisseau pour faire redescendre son orbite dans l’atmosphère.

Cette manœuvre était particulièrement importante. Jusqu’à Flight 14, les Starship suivaient volontairement des trajectoires suborbitales : même sans rallumage moteur, ils finissaient par rentrer dans l’atmosphère.

Flight 14 était différent. Une fois réellement en orbite, Ship 41 devait démontrer qu’il était capable d’en sortir volontairement. L’allumage de désorbitation a réussi, puis Starship a effectué sa rentrée atmosphérique et son retour vers l’océan Pacifique.

Les trois moteurs centraux ont ensuite été sollicités pour le landing burn et la manœuvre de retournement finale avant l’amerrissage.

Il y a eu en réalité d’autres problèmes moteur sur Booster 21

L’arrêt du Raptor Vacuum de Ship 41 ne doit pas être confondu avec les anomalies observées sur Booster 21.

Pendant la montée initiale, un des 33 moteurs Raptor du Super Heavy s’est également arrêté. Après la séparation, Booster 21 n’a ensuite pas rallumé l’intégralité des moteurs prévus lors de ses différentes manœuvres de retour.

Le booster a néanmoins poursuivi son boostback puis son landing burn avant son amerrissage dans le golfe.

Rien ne permet actuellement d’affirmer que les anomalies du booster et l’arrêt du Raptor Vacuum de Ship 41 ont la même origine. Il s’agit de systèmes et de phases de vol différents, et SpaceX n’a pas publié de cause commune.

Était-ce le même problème de glace que lors du vol 13 ?

C’est une comparaison tentante, mais elle n’est actuellement pas démontrée.

Après Flight 13, SpaceX avait expliqué que certains moteurs du Super Heavy avaient rencontré des problèmes liés à de la glace lors des manœuvres de retour. Booster 21 avait d’ailleurs reçu des modifications matérielles destinées à améliorer le filtrage vers les moteurs ainsi que des changements logiciels pour augmenter la fiabilité des rallumages.

En revanche, SpaceX n’a pas attribué l’arrêt du Raptor Vacuum de Ship 41 pendant Flight 14 à de la glace. Présenter cette explication comme la cause du problème serait donc prématuré.

Le problème moteur de Starship 14 était-il grave ?

Il était suffisamment sérieux pour modifier le déroulement de la mission, mais il n’a pas empêché Ship 41 d’accomplir plusieurs de ses objectifs principaux.

  • un Raptor Vacuum s’est arrêté prématurément pendant la montée ;
  • les cinq moteurs restants ont compensé en fonctionnant plus longtemps ;
  • Ship 41 a atteint sa trajectoire suborbitale de sécurité ;
  • les trois moteurs centraux nécessaires aux manœuvres suivantes ont été déclarés suffisamment sains pour poursuivre ;
  • l’insertion orbitale a réussi ;
  • les 26 Starlink V3 ont été déployés ;
  • la désorbitation a réussi ;
  • SpaceX a néanmoins raccourci la mission par prudence.

Le résultat est donc plus nuancé qu’un simple « succès » ou « échec ». Starship a démontré une véritable capacité à continuer sa mission après la perte d’un moteur, mais Flight 14 a également révélé une nouvelle anomalie sur la propulsion de la génération V3.

Ce que l’on ignore encore sur le Raptor de Ship 41

Au 29 septembre 2026, plusieurs questions restent ouvertes.

  • pourquoi le Raptor Vacuum s’est-il arrêté prématurément ?
  • l’arrêt a-t-il été provoqué automatiquement par une protection du moteur ou par une défaillance physique ?
  • le problème concernait-il le moteur lui-même ou son alimentation en ergols ?
  • SpaceX modifiera-t-il le matériel ou le logiciel avant Flight 15 ?
  • l’anomalie aura-t-elle un effet sur les objectifs de récupération prévus pour les prochains vols ?

Aucune réponse définitive ne doit être avancée tant que SpaceX n’a pas publié son analyse. Les données du vol, la télémétrie des moteurs et les inspections des véhicules futurs permettront aux ingénieurs de déterminer la cause.

Ce que cela change pour Starship 15

Flight 14 a validé une étape fondamentale : Starship peut désormais atteindre une véritable orbite, y déployer une charge utile puis effectuer une désorbitation contrôlée.

Mais avant de franchir l’étape suivante vers la réutilisation rapide, SpaceX devra comprendre l’arrêt prématuré du Raptor Vacuum de Ship 41 ainsi que les anomalies moteur observées sur Booster 21.

Le prochain vol sera donc à surveiller particulièrement du côté de la propulsion. Retrouvez les informations confirmées et les éléments encore provisoires dans notre dossier Starship Flight 15, ainsi que notre guide complet du Starship de SpaceX.

Quel moteur de Starship 14 s’est arrêté ?

Un des trois moteurs Raptor Vacuum de Ship 41 s’est arrêté prématurément pendant la montée. SpaceX n’a pas encore publié la cause technique précise de cet arrêt.

Comment Starship 14 a-t-il atteint l’orbite avec un moteur en moins ?

Les cinq moteurs restants ont fonctionné plus longtemps afin de compenser la perte de poussée. Après vérification des trois Raptor centraux, SpaceX a ensuite rallumé un moteur central pour réaliser l’insertion orbitale.

Pourquoi Starship 14 est-il revenu après seulement trois heures ?

SpaceX a décidé de limiter la durée passée en orbite par prudence après le problème moteur rencontré pendant la montée. La mission devait initialement durer près de dix heures et environ six orbites.

SpaceX connaît-il la cause du problème moteur de Starship 14 ?

Au 29 septembre 2026, SpaceX n’a pas publié de cause racine pour l’arrêt prématuré du Raptor Vacuum de Ship 41. Il serait donc prématuré de l’attribuer à la glace, à une turbopompe, à l’alimentation en ergols ou au logiciel.

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