Aller sur Mars prend aujourd’hui six à neuf mois, et une mission habitée complète durerait environ trois ans. « On n’est pas prêts », a résumé Sophie Adenot ce mardi 13 octobre, cinq jours après son retour de l’ISS. Durée du trajet, radiations, perte osseuse, troubles de la vue, isolement : voici ce qu’un voyage vers la planète rouge ferait subir au corps humain, et où en est SpaceX.
Combien de temps dure le voyage vers Mars ?
Avec les moyens de propulsion actuels, le trajet de la Terre à Mars dure entre six et neuf mois. Les sondes de la NASA en donnent une bonne idée : le rover Perseverance a mis 203 jours, entre son lancement le 30 juillet 2020 et son atterrissage le 18 février 2021. Curiosity avait voyagé environ 250 jours entre novembre 2011 et août 2012.
La distance entre les deux planètes varie énormément, d’environ 55 millions de kilomètres au plus proche à environ 400 millions au plus loin. On ne vise donc pas Mars en ligne droite : le vaisseau décrit une longue courbe autour du Soleil pour la rattraper, ce qui consomme le moins d’ergols possible.
Ce trajet n’est possible qu’à certaines périodes, appelées fenêtres de tir, qui reviennent environ tous les 26 mois. Selon le manuel de conception de mission de la NASA, les départs les plus économes de la fenêtre actuelle se situent autour du 31 octobre et du 14 novembre 2026, pour une arrivée en août 2027. La suivante s’ouvrira vers la fin 2028.
Pourquoi une mission habitée durerait environ trois ans
Le problème n’est pas seulement l’aller. Une fois arrivés, les astronautes ne pourraient pas repartir immédiatement : il faudrait attendre que les deux planètes se retrouvent dans une position favorable au retour. La NASA estime qu’une mission martienne obligerait l’équipage à quitter la Terre pendant environ trois ans, dont un séjour pouvant aller jusqu’à deux ans sur place.
À cette distance, la communication n’est plus instantanée. Un message radio met de 3 à 22 minutes environ pour aller de la Terre à Mars, selon la position des planètes, et autant pour revenir. En cas d’urgence médicale, l’équipage devrait se débrouiller seul.
Ce que le voyage ferait subir au corps humain
Les os et les muscles
En micropesanteur, le squelette ne porte plus le poids du corps. Selon la NASA, les os des astronautes perdent entre 1 et 1,5 % de leur densité par mois lors des missions de quatre à six mois, en particulier aux hanches et aux jambes. Les muscles fondent aussi, malgré les séances quotidiennes d’exercice à bord de l’ISS sur tapis de course, vélo et appareil de musculation.
Sophie Adenot, qui a passé 237 jours dans l’espace, a raconté un retour éprouvant, avec une grande faiblesse et des nausées à l’ouverture de la capsule. Selon elle, plus de la moitié des astronautes connaissent ce type de symptômes au retour. Lire : Sophie Adenot : « On n’est pas prêts pour aller sur Mars ».
Les radiations
C’est le risque le plus difficile à maîtriser. Hors de la protection du champ magnétique terrestre, l’équipage serait exposé en continu au rayonnement cosmique et aux éruptions solaires.
L’instrument RAD, installé à bord de Curiosity pendant son voyage, a permis de mesurer ce rayonnement. D’après l’étude publiée en 2013 dans la revue Science, un aller-retour vers Mars exposerait un astronaute à environ 0,66 sievert, sans compter le séjour sur place. À titre de repère, une dose d’environ 1 sievert est associée à une hausse d’environ 5 % du risque de cancer mortel. La NASA a fixé en 2022 une limite de 600 millisieverts sur l’ensemble de la carrière d’un astronaute : le seul trajet la dépasserait.
La vue
En apesanteur, les liquides du corps remontent vers la tête. Chez certains astronautes, cela modifie la forme de l’œil et du nerf optique : c’est le syndrome neuro-oculaire associé aux vols spatiaux, ou SANS. Selon un rapport du programme de recherche humaine de la NASA, 37,5 à 51 % des astronautes étudiés après une mission de longue durée présentaient des signes de ce syndrome. Ses effets sur un voyage de trois ans restent inconnus.
L’isolement
Plusieurs expériences au sol ont simulé un voyage martien. La plus célèbre, Mars-500, a enfermé six hommes pendant 520 jours à Moscou entre 2010 et 2011, dont le Français Romain Charles. Plus récemment, la NASA a fait vivre quatre volontaires pendant 378 jours dans un habitat martien reconstitué à Houston, entre 2023 et 2024, dans le cadre du programme CHAPEA.
Ces simulations montrent que la routine, le manque de sommeil et la promiscuité pèsent sur le moral et sur la cohésion du groupe. Mais aucune ne reproduit à la fois l’apesanteur, les radiations et l’éloignement réel.
Le vrai problème : arriver sur Mars sans personne pour vous accueillir
C’est le cœur de l’argument de Sophie Adenot. Au retour de l’ISS, les astronautes sont pris en charge dès la sortie de la capsule par des équipes médicales, puis suivis pendant des semaines. Sur Mars, il n’y aurait personne.
Après six à neuf mois en apesanteur, dans un vaisseau plus petit que la station et sans les mêmes moyens d’entraînement, l’équipage devrait se poser, sortir, installer son camp et travailler. La gravité martienne ne représente que 38 % de celle de la Terre, mais elle suffirait à rendre difficiles les premiers gestes pour des organismes affaiblis.
Quelles solutions pour rendre le voyage possible ?
- Raccourcir le trajet : la NASA étudie notamment la propulsion nucléaire thermique, qui pourrait réduire la durée du voyage et donc l’exposition aux radiations.
- Mieux protéger : blindage, abris anti-tempête solaire, utilisation des réserves d’eau comme écran autour de l’équipage.
- Entretenir le corps : nouveaux appareils d’exercice plus compacts, nutrition, médicaments contre la perte osseuse. L’ESA a mis en avant la contribution de Sophie Adenot aux travaux sur les équipements d’exercice destinés aux futurs vols habités.
- Recréer une gravité : faire tourner tout ou partie du vaisseau pour simuler la pesanteur reste une piste de recherche, sans application concrète à ce jour.
Les données médicales recueillies sur les longues missions comme celle de Sophie Adenot servent justement à évaluer ces solutions. Lire aussi : le bilan scientifique de Crew-12 après 237 jours dans l’espace.
Et SpaceX dans tout ça ?
Elon Musk a fondé SpaceX avec l’objectif affiché de rendre l’humanité « multiplanétaire », et Starship a été conçu avec Mars en ligne de mire. En 2025, il donnait encore une chance sur deux d’envoyer des Starship sans équipage vers Mars à la fin 2026.
Le calendrier a changé en février 2026 : Elon Musk a annoncé que SpaceX donnait désormais la priorité à une « ville » sur la Lune, jugée plus rapide à atteindre, et qu’il espérait commencer une ville martienne dans cinq à sept ans. La fenêtre vers Mars qui s’ouvre en ce moment passera donc sans Starship : SpaceX n’a annoncé aucun lancement martien pour cette période.
Sur le plan technique, Starship a atteint l’orbite pour la première fois lors de son quatorzième vol, fin septembre 2026. Mais le ravitaillement en orbite, indispensable pour aller sur la Lune comme sur Mars, n’a pas encore été démontré. Et les questions médicales soulevées par Sophie Adenot se posent quel que soit le vaisseau.
Sources
- NASA — Les cinq dangers du vol spatial habité.
- NASA — Risque de modifications osseuses liées au vol spatial.
- Space.com — Mesures de radiations de Curiosity (étude publiée dans Science, 2013).
- Ophthalmology Times — Santé oculaire après les vols spatiaux (données NASA HRP).
- NBC News — SpaceX donne la priorité à la Lune avant Mars, février 2026.
- AFP, 13 octobre 2026 — Déclarations de Sophie Adenot à Cologne.
Avec la propulsion actuelle, le trajet dure entre six et neuf mois. Le rover Perseverance a par exemple mis 203 jours entre son lancement en juillet 2020 et son atterrissage en février 2021.
Environ trois ans selon la NASA, car l’équipage devrait attendre sur place que les planètes se retrouvent dans une position favorable au retour.
Les principaux sont l’exposition aux radiations, la perte osseuse et musculaire, les troubles de la vue liés à l’apesanteur, l’isolement et l’absence d’aide médicale à l’arrivée.
Non, aucun lancement martien n’est annoncé pour la fenêtre de fin 2026. En février 2026, Elon Musk a indiqué que SpaceX donnait la priorité à la Lune et espérait commencer une ville martienne dans cinq à sept ans.



