Pour faire tourner ses superordinateurs d’intelligence artificielle, la société d’IA d’Elon Musk utilise désormais d’anciens moteurs d’avion. Selon le New York Times, qui s’appuie sur des permis de l’État du Mississippi et des images satellites, huit turbines issues de moteurs de jets, reconverties pour brûler du gaz naturel, ont été installées pour alimenter le centre de données Colossus 2. Une solution rapide face à la pénurie d’électricité, mais plus polluante que des centrales classiques.
L’essentiel en bref
- Huit moteurs d’avion convertis en générateurs à gaz ont été installés dans le Mississippi pour alimenter Colossus 2, le centre de données de Memphis.
- Fournisseur : ProEnergy, une entreprise du Missouri qui reconditionne un moteur General Electric que l’on trouve couramment sur des avions Boeing.
- Puissance : jusqu’à 50 MW par unité selon Tom’s Hardware.
- Pollution : les permis autorisent des rejets de monoxyde de carbone deux fois plus élevés que pour les autres turbines du site.
- Contestation : une association environnementale conteste l’autorisation accordée par le Mississippi.
Des moteurs d’avion transformés en centrales
Le principe : récupérer les moteurs d’avions retirés du service et les reconstruire pour qu’ils brûlent du gaz naturel et entraînent un alternateur. Beaucoup de ces moteurs dorment dans les « cimetières d’avions » du désert de Sonora, en Arizona. Selon une estimation de l’Agence américaine d’information sur l’énergie (EIA) citée par le New York Times, les moteurs des quelque 4 000 avions militaires stockés sur une seule base de Tucson pourraient produire 40 000 MW, davantage que toute la capacité de production électrique de l’Arizona.
Pour Colossus 2, les unités viennent de ProEnergy, qui reconditionne un moteur General Electric équipant couramment des Boeing. Selon Tom’s Hardware, chaque turbine peut fournir jusqu’à 50 MW, de quoi alimenter environ 15 000 foyers. À pleine puissance, les huit unités représenteraient donc jusqu’à 400 MW environ ; ce total est un calcul théorique, pas un chiffre communiqué par l’entreprise.
Pourquoi des moteurs d’avion ?
La raison est la vitesse. Aux États-Unis, raccorder un centre de données au réseau peut prendre des années : selon l’Agence internationale de l’énergie, il faut environ sept ans pour obtenir 100 MW en Virginie du Nord. Les turbines neuves des grands fabricants sont elles aussi en rupture, avec l’essentiel des capacités attendu vers 2031 selon un dirigeant de Mitsubishi Power cité par Bloomberg. Un analyste de Rystad Energy estime que ces unités dérivées de moteurs d’avion permettent de faire démarrer un centre de données en moins de 24 mois.
Elon Musk n’est pas seul. Crusoe, qui construit le site Stargate d’OpenAI à Abilene, au Texas, a commandé 13 unités converties à ProEnergy en avril, et Boom Supersonic vend désormais une version de son moteur d’avion supersonique comme centrale pour centres de données. L’administration Trump encourage par ailleurs les centres de données à produire leur propre électricité.
Plus polluants que des centrales classiques
Ces moteurs ont un défaut : conçus pour pousser un avion, ils sont moins efficaces que des turbines pensées pour une centrale au gaz. Il en faut donc davantage pour produire la même électricité, et ils rejettent plus de polluants dans l’air des communes voisines.
Dans le cas de Colossus 2, selon le New York Times :
- les permis autorisent des émissions de monoxyde de carbone deux fois plus élevées que pour les autres turbines installées sur le site ;
- le plafond des composés organiques volatils est relevé de 25 %.
Le Southern Environmental Law Center, une association de défense de l’environnement, conteste l’autorisation du Mississippi. Elle reproche au fabricant de ne pas avoir démontré le respect des limites pour certains polluants comme le formaldéhyde, et accuse l’entreprise de sous-estimer ses émissions. L’entreprise d’Elon Musk n’a pas répondu publiquement à ces critiques dans les articles consultés.
Un site déjà sous tension
Ce n’est pas la première controverse énergétique autour des centres de données d’Elon Musk. La même association avait déjà poursuivi l’entreprise pour des générateurs à gaz exploités sans les permis requis à Memphis. Près du site du Mississippi, jusqu’à 418 maisons seraient visées par des rachats en échange de l’abandon de plaintes liées au bruit des turbines (notre article). SpaceX avait aussi engagé 2,8 milliards de dollars dans des turbines à gaz pour son IA (notre article).
Selon plusieurs experts cités par le New York Times, ces moteurs d’avion recyclés restent une solution de court terme : l’efficacité énergétique et les questions environnementales devraient peser davantage d’ici un ou deux ans. À plus long terme, Elon Musk mise sur des centres de données en orbite, alimentés par le soleil.
Ce qu’il faut retenir
- Huit moteurs d’avion convertis au gaz alimentent Colossus 2, faute de raccordement rapide au réseau.
- Rapides à installer, mais plus polluants : le permis autorise deux fois plus de monoxyde de carbone que pour les autres turbines du site.
- L’autorisation est contestée par le Southern Environmental Law Center.
Sources
- TechCrunch, 3 novembre 2026, d’après le New York Times.
- Tom’s Hardware, 3 novembre 2026 : puissance des turbines et contestation.
- Business Standard, 4 novembre 2026 : cimetières d’avions et émissions autorisées.
- BFMTV, 4 novembre 2026.
Parce qu’ils s’installent beaucoup plus vite qu’un raccordement au réseau ou que des turbines neuves, en rupture pour plusieurs années. Reconvertis pour brûler du gaz naturel, huit de ces moteurs alimentent le centre de données Colossus 2.
Oui. Ils sont moins efficaces que des turbines de centrale à gaz et rejettent plus de polluants. Pour Colossus 2, le permis autorise deux fois plus de monoxyde de carbone que pour les autres turbines du site, selon le New York Times.



