Pour atteindre Jupiter, JUICE vient de revenir… vers la Terre. Le 28 septembre 2026, la sonde européenne a survolé notre planète à seulement 8 640 kilomètres d’altitude au-dessus de l’océan Indien. Cette manœuvre spectaculaire lui a permis de modifier sa trajectoire de 20° et surtout de gagner 3,5 km/s sans consommer les énormes quantités de carburant qu’aurait exigées une accélération classique. Avant de repartir dans le Système solaire, JUICE a également photographié la Terre, l’Afrique, Madagascar et même la Lune.
Il ne s’agissait ni d’un retour imprévu ni d’un problème technique. Ce passage près de notre planète faisait partie du voyage extrêmement complexe imaginé par l’Agence spatiale européenne pour conduire la sonde jusqu’à Jupiter en 2031.
JUICE, pour Jupiter Icy Moons Explorer, doit étudier Jupiter mais surtout trois de ses lunes glacées : Europe, Callisto et Ganymède. Toutes trois sont soupçonnées de cacher d’immenses océans sous leur surface.
JUICE est passée à 8 640 km au-dessus de la Terre
Le passage au plus près de la Terre s’est produit le 28 septembre à 13h45, heure de Paris, Bruxelles et Genève, soit 11h45 UTC.
À cet instant, JUICE se trouvait à environ 8 640 kilomètres au-dessus de l’océan Indien et se déplaçait d’est en ouest.
À l’échelle astronomique, cette distance est minuscule. Elle place même la sonde dans les régions les plus externes de l’exosphère terrestre.
Mais l’objectif n’était évidemment pas de se rapprocher de la Terre pour l’observer. La planète devait servir de gigantesque « lance-pierre » gravitationnel.
La Terre lui a fait gagner 3,5 km/s presque gratuitement
Envoyer directement un vaisseau de plusieurs tonnes jusqu’à Jupiter demanderait une quantité considérable d’énergie et de carburant.
JUICE utilise donc une série d’assistances gravitationnelles. Le principe consiste à faire passer la sonde suffisamment près d’une planète pour que sa gravité modifie sa vitesse et sa direction.
Lors du survol de septembre, la Terre a dévié la trajectoire de JUICE d’environ 20° par rapport à sa route précédente.
La vitesse de la sonde a également augmenté d’environ 3,5 km/s, soit 12 600 km/h supplémentaires, sans qu’il soit nécessaire de produire cette accélération uniquement avec ses moteurs.
Cette économie est fondamentale : le carburant conservé aujourd’hui sera nécessaire lorsque JUICE devra effectuer des manœuvres beaucoup plus complexes autour de Jupiter et de ses lunes.
Une précision impressionnante avant le passage
Un survol gravitationnel de ce type nécessite une navigation extrêmement précise.
L’ESA avait commencé à suivre plus attentivement la trajectoire de JUICE dès le 17 août. Six créneaux avaient été réservés afin de pouvoir effectuer de petites corrections avant le passage terrestre.
Finalement, une seule correction effectuée environ quatre semaines avant le survol a été nécessaire pour placer la sonde sur la bonne trajectoire.
Après la rencontre, les équipes de l’ESA continuent de suivre attentivement JUICE jusqu’au 10 octobre afin de mesurer précisément les effets de la manœuvre.
La sonde a photographié notre planète en repartant
Le survol a également offert des images inhabituelles de la Terre.
À 13h56, onze minutes après le passage au plus près, l’une des petites caméras de surveillance de JUICE a photographié une grande partie du continent africain. Madagascar apparaît sur la droite de l’image, tandis que la Lune est visible comme un minuscule point gris dans le ciel.
Ces caméras n’avaient pourtant jamais été conçues pour photographier des planètes.
Leur mission principale consiste à surveiller les antennes et les longues structures déployées sur la sonde. Elles fournissent des images carrées de 1 024 × 1 024 pixels qui peuvent ensuite être traitées en couleur.
Une autre caméra, la NavCam utilisée pour la navigation, a photographié une partie de Madagascar seulement deux minutes après le passage au plus près.
La caméra scientifique JANUS, beaucoup plus performante, a également été utilisée pendant cette phase du voyage.
Pourquoi JUICE revient-elle plusieurs fois vers la Terre ?
Le voyage de JUICE est loin de suivre une ligne droite entre la Terre et Jupiter.
La sonde a décollé le 14 avril 2023 depuis le Centre spatial guyanais à Kourou à bord d’une Ariane 5.
En août 2024, elle avait réalisé une première mondiale en combinant successivement une assistance gravitationnelle de la Lune puis de la Terre.
Elle avait ensuite survolé Vénus en août 2025.
Le passage du 28 septembre 2026 constitue une nouvelle étape de ce gigantesque jeu de billard céleste.
Et JUICE n’en a pas terminé avec notre planète : elle reviendra une nouvelle fois près de la Terre en janvier 2029 afin d’obtenir la dernière impulsion nécessaire avant de prendre définitivement la direction de Jupiter.
Vous pouvez retrouver les principales étapes des missions à venir dans notre calendrier spatial des missions et événements à suivre.
JUICE n’arrivera à Jupiter qu’en 2031
Malgré cette accélération, le voyage est encore loin d’être terminé.
L’arrivée de JUICE dans le système de Jupiter est prévue en juillet 2031.
À cette distance, la lumière du Soleil est beaucoup plus faible qu’au voisinage de la Terre. La sonde dispose donc d’immenses panneaux solaires représentant environ 85 m² de surface afin de produire suffisamment d’électricité.
Son programme scientifique repose sur dix instruments conçus pour étudier Jupiter et ses lunes à distance mais aussi mesurer directement leur environnement magnétique et les particules présentes autour d’elles.
Trois lunes cachent probablement des océans
L’objectif central de JUICE n’est pas simplement d’obtenir de nouvelles photographies de Jupiter.
La mission doit surtout étudier trois mondes particulièrement intrigants : Ganymède, Europe et Callisto.
Toutes trois sont considérées comme des « mondes océans ». Sous plusieurs kilomètres de glace pourraient se cacher d’importantes quantités d’eau liquide.
JUICE cherchera à déterminer la structure de ces océans, l’épaisseur des croûtes glacées, leur composition et les échanges éventuels entre leur intérieur et leur surface.
Ces recherches permettront de mieux comprendre si des environnements pouvant réunir certaines conditions nécessaires à la vie peuvent exister très loin du Soleil.
Ganymède sera la cible principale
Parmi les lunes de Jupiter, Ganymède occupe une place particulière.
Avec environ 5 260 kilomètres de diamètre, c’est la plus grande lune du Système solaire. Elle est même plus grande que la planète Mercure.
Ganymède est également la seule lune connue à produire son propre champ magnétique.
JUICE réalisera plusieurs survols de cette lune après son arrivée dans le système jovien, avant d’effectuer une manœuvre encore jamais réalisée aussi loin de la Terre.
À partir de la fin 2034, la sonde doit se placer directement en orbite autour de Ganymède, devenant le premier engin spatial de l’histoire à orbiter autour d’une lune du Système solaire externe.
Europe, autre monde potentiellement habitable
JUICE effectuera également deux passages rapprochés d’Europe.
Cette lune intéresse particulièrement les astrobiologistes car son immense océan souterrain pourrait être en contact avec un fond rocheux, un environnement où des réactions chimiques susceptibles de fournir de l’énergie peuvent se produire.
La mission étudiera notamment la composition de sa surface et recherchera les régions où des échanges entre l’océan, la croûte de glace et l’espace pourraient avoir lieu.
JUICE ne sera toutefois pas seule dans cette région du Système solaire. La mission Europa Clipper de la NASA doit elle aussi explorer le système de Jupiter, avec un intérêt particulier pour Europe.
JUICE prendra la relève d’une longue exploration de Jupiter
Jupiter a déjà été étudiée par plusieurs générations de sondes, des missions Voyager à Galileo puis Juno.
La sonde Juno a notamment permis de transformer notre compréhension de l’atmosphère, du champ magnétique et de la structure interne de la planète géante. Vous pouvez retrouver sur SpaceXFrance notre dossier consacré à la mission Juno et à l’exploration de Jupiter.
JUICE ira cependant beaucoup plus loin dans l’étude comparative des lunes glacées et de leurs océans.
Le véritable voyage scientifique ne fait que commencer
Le survol terrestre du 28 septembre peut sembler n’être qu’une étape technique dans une mission de plus de dix ans.
Mais cette manœuvre résume à elle seule la difficulté de l’exploration du Système solaire externe : pour atteindre Jupiter avec suffisamment de carburant pour y travailler pendant plusieurs années, il faut utiliser les planètes elles-mêmes comme outils de navigation.
Après avoir photographié une dernière fois notre planète, JUICE poursuit désormais son voyage. Elle reviendra près de nous en 2029 avant de partir pour de bon vers Jupiter.
Puis commencera, en 2031, la partie la plus attendue de sa mission : découvrir ce qui se cache sous les surfaces gelées de Ganymède, Europe et Callisto.
JUICE est passée à environ 8 640 kilomètres au-dessus de l’océan Indien le 28 septembre 2026 lors d’une assistance gravitationnelle destinée à modifier sa vitesse et sa trajectoire vers Jupiter.
L’arrivée de la sonde européenne JUICE dans le système de Jupiter est prévue en juillet 2031. Elle commencera ensuite une longue campagne d’observation de Jupiter et de ses lunes.
JUICE utilise la gravité des planètes pour modifier sa vitesse et sa direction tout en économisant son carburant. Le survol de septembre 2026 a augmenté sa vitesse d’environ 3,5 km/s et dévié sa trajectoire d’environ 20°.
JUICE étudiera Jupiter ainsi que Ganymède, Europe et Callisto. Ces trois lunes glacées sont soupçonnées d’abriter des océans souterrains et constituent les principales cibles de la mission pour étudier les environnements potentiellement habitables.



