Orange et les géants européens préparent un consortium européen face à Starlink

Orange, Deutsche Telekom, Vodafone et Telefónica pourraient unir leurs forces dans la bataille du téléphone connecté directement aux satellites. Les quatre géants européens des télécommunications discutent actuellement de la création d’un consortium capable de candidater ensemble pour une partie stratégique des fréquences satellites de l’Union européenne. Face à eux se trouve notamment SpaceX, qui prépare l’arrivée de Starlink directement sur les smartphones des européens.

L’alliance n’est pas encore signée. Selon les informations révélées par Bloomberg et reprises par Reuters, les discussions restent préliminaires et aucune décision définitive n’a été prise concernant la constitution du consortium ou sa participation à la future procédure européenne.

Mais derrière ces négociations se joue une bataille beaucoup plus importante : qui contrôlera la connexion entre les satellites et les téléphones européens lorsque les antennes 4G ou 5G terrestres ne seront plus disponibles ?

Orange, Vodafone, Telefónica et Deutsche Telekom préparent-ils une alliance contre Starlink ?

Les quatre groupes comptent parmi les plus importants opérateurs mobiles européens.

Selon Bloomberg, Orange, Deutsche Telekom, Vodafone et Telefónica sont en discussions préliminaires pour former un consortium commun. L’objectif serait de présenter ensemble une candidature pour obtenir une partie de la bande de fréquences de 2 GHz que l’Union européenne veut réserver à des acteurs sous contrôle européen.

Aucun des quatre opérateurs n’a toutefois officiellement annoncé la création de cette alliance.

Orange, Vodafone et Telefónica ont refusé de commenter publiquement les négociations rapportées par les médias, tandis que Deutsche Telekom n’avait pas apporté de confirmation au moment de la publication de ces informations.

Il faut donc parler d’un projet de consortium et non d’une alliance déjà constituée.

Pourquoi les fréquences de 2 GHz sont-elles devenues aussi stratégiques ?

Le véritable enjeu se trouve dans une ressource invisible : le spectre radioélectrique.

Pour qu’un satellite communique directement avec un smartphone, il doit disposer de fréquences autorisées. Sans ces droits, disposer de milliers de satellites en orbite ne suffit pas.

La Commission européenne prépare justement une nouvelle organisation de la bande de fréquences dite MSS 2 GHz, utilisée pour les services mobiles par satellite.

Les autorisations actuellement détenues par Viasat et EchoStar arrivent à échéance en mai 2027. Bruxelles veut profiter de cette échéance pour mettre en place une procédure de sélection commune à l’ensemble de l’Union européenne.

L’objectif est double : faciliter l’arrivée de nouveaux services permettant aux smartphones de se connecter aux satellites et éviter que l’Europe dépende exclusivement d’opérateurs américains.

Bruxelles veut diviser le spectre satellite en trois

La proposition présentée par la Commission européenne le 27 mai 2026 répartit la bande concernée en trois grandes catégories.

  • un tiers serait réservé aux communications gouvernementales, à la sécurité et à la défense, avec un opérateur européen et une intégration future à IRIS² ;
  • un tiers serait consacré aux usages commerciaux avec une priorité réservée à un ou plusieurs opérateurs européens ;
  • un dernier tiers serait ouvert aux opérateurs européens comme non européens, permettant notamment à des groupes américains de candidater.

Le consortium envisagé par Orange, Deutsche Telekom, Vodafone et Telefónica chercherait précisément à obtenir la partie commerciale réservée aux acteurs européens.

Selon les informations publiées par Bloomberg, l’opérateur candidat à cette portion devrait être majoritairement contrôlé par des intérêts européens.

Attention : ces nouvelles règles ne sont pas encore définitives

Bruxelles n’a pas encore définitivement redistribué ces fréquences.

La Commission a présenté une proposition de règlement. Celle-ci doit encore être examinée et approuvée dans le processus législatif européen avant d’entrer en vigueur.

Il ne faut donc pas présenter la répartition en trois blocs comme une attribution déjà réalisée.

La Commission prévoit également une période de transition après l’expiration des licences actuelles en mai 2027 afin d’éviter une interruption des services existants.

Le véritable enjeu : connecter un téléphone directement depuis l’espace

Cette bataille ne concerne pas l’offre Starlink classique utilisée pour connecter une maison à Internet avec une antenne.

Elle concerne le Direct-to-Device, ou D2D, parfois appelé satellite-to-mobile ou direct-to-mobile.

Le principe est spectaculaire : un smartphone compatible peut communiquer directement avec un satellite lorsqu’aucune antenne-relais terrestre n’est disponible.

Le satellite joue alors, de manière simplifiée, le rôle d’une antenne mobile placée dans l’espace.

Selon la technologie et le réseau utilisé, ces systèmes peuvent progressivement fournir :

  • des messages texte ;
  • la transmission d’une position ;
  • des communications d’urgence ;
  • des appels vocaux ;
  • des données mobiles ;
  • et à terme des services Internet plus complets.

Pour comprendre la technologie de SpaceX et son calendrier en Europe, consultez notre dossier consacré à Starlink Mobile et Direct to Cell en France.

Starlink ne peut pas simplement activer ses satellites partout en Europe

SpaceX possède un avantage considérable : sa constellation Starlink est déjà déployée à grande échelle et des satellites spécialement équipés pour la connexion aux téléphones sont en développement et en service sur certains marchés.

Mais le satellite n’est qu’une partie du problème.

Pour fournir directement un service mobile dans l’Union européenne, SpaceX doit aussi disposer de droits d’utilisation des fréquences appropriées.

Starlink ne possède actuellement pas les droits permettant de proposer seul un service satellite-to-mobile paneuropéen sur ces bandes. Il doit donc travailler avec des opérateurs disposant des fréquences nécessaires ou obtenir lui-même une partie du nouveau spectre européen.

C’est précisément pour cette raison que la future répartition de la bande 2 GHz est aussi stratégique.

Ironie de la situation : Deutsche Telekom est déjà partenaire de Starlink

L’idée d’une « alliance européenne contre Starlink » doit toutefois être nuancée.

Deutsche Telekom est déjà partenaire de SpaceX.

Le groupe allemand a annoncé en mars 2026 un accord avec Starlink pour proposer de la connectivité satellite-to-mobile dans plusieurs marchés européens à partir du début de l’année 2028.

Les smartphones compatibles doivent pouvoir basculer automatiquement sur les satellites lorsqu’ils perdent le réseau mobile terrestre, avec à terme des services de messagerie, de voix et de données.

Deutsche Telekom pourrait donc simultanément travailler avec Starlink et participer à la création d’une structure européenne visant à obtenir ses propres droits stratégiques sur le spectre.

Ce n’est pas forcément contradictoire : un opérateur mobile peut vouloir utiliser plusieurs constellations plutôt que dépendre d’un fournisseur unique.

Orange est déjà dans le téléphone par satellite

Orange ne part pas non plus de zéro.

Depuis décembre 2025, l’opérateur propose en France son service « Message Satellite », permettant à certains smartphones compatibles d’envoyer et de recevoir des SMS et leur géolocalisation en l’absence de réseau mobile ou Wi-Fi.

Cette offre utilise la technologie de l’opérateur de réseau non terrestre Skylo. Elle n’utilise donc pas Starlink.

En mars 2026, Orange a également annoncé un partenariat avec AST SpaceMobile et Satellite Connect Europe pour tester des services D2D plus avancés, comprenant la voix, les SMS et les données.

Orange adopte ainsi une stratégie très différente d’un pari sur une constellation unique : le groupe multiplie les partenaires satellitaires et cherche à conserver le contrôle de la relation avec ses abonnés.

Vodafone possède déjà sa propre carte avec AST SpaceMobile

Vodafone est lui aussi déjà engagé dans le satellite-to-mobile.

Le groupe participe à Satellite Connect Europe, une société européenne développée avec AST SpaceMobile pour fournir des services Direct-to-Device aux opérateurs mobiles du continent.

Cette situation pourrait d’ailleurs compliquer une candidature au bloc réservé aux acteurs européens si la structure retenue ne répond pas aux critères de contrôle européen imposés par le futur règlement.

Les discussions actuelles devront donc déterminer non seulement qui participe au consortium, mais aussi quelle société détiendra les fréquences et avec quels opérateurs de satellites elle travaillera réellement.

L’Europe prépare en réalité plusieurs ripostes à Starlink en même temps

Le consortium des opérateurs mobiles ne doit pas être confondu avec IRIS².

IRIS² est la grande infrastructure satellitaire souveraine portée par l’Union européenne et le consortium SpaceRISE composé de SES, Eutelsat et Hispasat.

Son architecture a d’ailleurs été fortement modifiée pendant l’été 2026.

Un accord signé le 6 août entre la Commission européenne et SpaceRISE a ajouté 66 satellites supplémentaires, portant la constellation principale prévue à 348 satellites : 330 en orbite terrestre basse et 18 en orbite moyenne.

Les premiers lancements sont désormais visés à partir de 2029, avec un déploiement progressif des services.

IRIS² répond d’abord à des besoins de communications gouvernementales, de sécurité, de défense et de résilience, même si des services commerciaux et Direct-to-Device font également partie de son architecture.

Hispasat doit justement développer une couche Direct-to-Device européenne

Le Direct-to-Device est devenu suffisamment stratégique pour être désormais intégré beaucoup plus clairement au programme IRIS².

Hispasat doit notamment piloter une partie de la couche en orbite basse destinée aux futurs services Direct-to-Device et Internet des objets.

L’Union européenne prépare donc plusieurs niveaux de réponse :

  • une infrastructure souveraine avec IRIS² ;
  • des fréquences réservées aux besoins gouvernementaux européens ;
  • une partie du marché commercial protégée pour des acteurs européens ;
  • et potentiellement un consortium réunissant les principaux opérateurs mobiles du continent.

SpaceX s’oppose au projet européen

SpaceX voit naturellement cette nouvelle répartition d’un mauvais œil.

Dans un document adressé aux autorités européennes et rapporté par le Financial Times, l’entreprise a contesté le principe consistant à limiter une partie du spectre en fonction de l’origine ou du contrôle capitalistique des opérateurs.

SpaceX estime notamment qu’une fragmentation trop importante des fréquences pourrait réduire les performances des services Direct-to-Device et créer des difficultés d’interférences entre réseaux.

La Commission européenne défend au contraire son projet au nom de la compétitivité, de la sécurité et de la souveraineté technologique européenne.

Le dernier tiers du spectre restant ouvert aux entreprises non européennes signifie par ailleurs que Starlink ne serait pas exclu du marché.

Bruxelles ne veut surtout pas reproduire le scénario Starlink

L’arrière-plan de cette réglementation dépasse le simple marché des télécommunications.

Starlink a démontré qu’une seule entreprise privée pouvait devenir en quelques années une infrastructure extrêmement importante pour les communications civiles, commerciales et militaires.

Cette situation a renforcé en Europe la question de la dépendance à des technologies contrôlées hors de l’Union.

Dans le mobile par satellite, Bruxelles dispose encore d’une occasion d’agir avant que le marché ne soit totalement structuré.

La bande 2 GHz devient donc un moyen de favoriser l’apparition d’une offre européenne avant que Starlink, AST SpaceMobile, Amazon et d’autres acteurs internationaux n’occupent l’ensemble du terrain.

Orange et les autres opérateurs vont-ils lancer leurs propres satellites ?

Rien ne permet encore de l’affirmer.

Les discussions rapportées concernent avant tout la création d’une structure capable d’obtenir les fréquences européennes et de fournir des services Direct-to-Mobile.

Aucun plan public ne décrit aujourd’hui une constellation de satellites fabriquée et exploitée directement par Orange, Deutsche Telekom, Vodafone et Telefónica.

Le consortium pourrait utiliser ou louer les capacités d’un ou plusieurs opérateurs satellitaires existants, mais son architecture technique n’a pas été annoncée.

Compte tenu des partenariats déjà existants avec Starlink, AST SpaceMobile, Skylo et d’autres opérateurs, plusieurs scénarios restent possibles.

Le futur consortium pourrait même utiliser temporairement des satellites américains

C’est l’un des paradoxes du projet.

L’Europe veut renforcer sa souveraineté sur le spectre, mais ne possède pas encore une constellation Direct-to-Device capable de couvrir immédiatement à grande échelle l’ensemble du continent.

IRIS² n’effectuera ses premiers lancements qu’à partir de 2029.

Un futur opérateur européen pourrait donc, au moins pendant une phase transitoire, devoir acheter de la capacité auprès de constellations déjà disponibles tout en conservant le contrôle européen des fréquences et du service commercial.

Autrement dit, la souveraineté pourrait d’abord porter sur les fréquences, le réseau mobile et les clients avant de concerner totalement les satellites eux-mêmes.

Qu’est-ce que cela changerait pour les clients Orange en France ?

À court terme, probablement rien.

Les discussions entre les quatre opérateurs ne correspondent pas à l’annonce d’un nouveau forfait Orange disponible dans les prochaines semaines.

Orange dispose déjà de son service Message Satellite reposant sur Skylo et poursuit ses tests avec AST SpaceMobile.

Le futur spectre européen pourrait en revanche permettre à l’opérateur de développer des services beaucoup plus complets au cours des prochaines années : couverture des zones blanches, données mobiles, appels ou connexion de secours lorsque les réseaux terrestres tombent en panne.

La technologie doit rester considérée comme un complément aux antennes 4G et 5G, et non comme leur remplacement.

Starlink et Orange : partenaires ou concurrents ?

Les frontières sont beaucoup moins simples qu’elles n’en ont l’air.

Les grands opérateurs européens ne cherchent pas nécessairement à supprimer Starlink de leurs réseaux.

Ils veulent surtout éviter qu’un opérateur satellitaire puisse contrôler à la fois les satellites, les fréquences, l’infrastructure réseau et la relation directe avec les utilisateurs européens.

Deutsche Telekom collabore déjà avec Starlink. Orange utilise Skylo et travaille avec AST SpaceMobile. Vodafone est engagé dans Satellite Connect Europe avec AST SpaceMobile.

Le projet de consortium ressemble donc davantage à une stratégie consistant à conserver une porte d’entrée européenne vers les satellites qu’à une simple guerre commerciale contre SpaceX.

Ce que l’on sait au 8 septembre 2026

  • Orange, Deutsche Telekom, Vodafone et Telefónica : discussions préliminaires pour un consortium ;
  • création officielle du consortium : non confirmée ;
  • candidature commune : envisagée mais pas décidée ;
  • fréquences concernées : bande européenne MSS de 2 GHz ;
  • règles européennes : encore au stade de proposition législative ;
  • fin des autorisations actuelles : mai 2027, avec transition prévue ;
  • technologie : connexion directe entre satellites et smartphones ;
  • Starlink : opposé au projet européen selon des documents rapportés par la presse ;
  • Deutsche Telekom / Starlink : partenariat officiel avec lancement européen visé à partir de 2028 ;
  • Orange : service Message Satellite déjà disponible via Skylo et partenariat D2D avec AST SpaceMobile ;
  • IRIS² : 348 satellites prévus après la révision d’août 2026, avec premiers lancements à partir de 2029.

Conclusion : la bataille contre Starlink se joue aussi sur Terre

SpaceX possède déjà les satellites. L’Europe cherche désormais à s’assurer qu’elle conservera une partie des fréquences et du contrôle des réseaux nécessaires pour les connecter aux téléphones.

Le possible rapprochement entre Orange, Deutsche Telekom, Vodafone et Telefónica montre que les opérateurs historiques européens ne veulent pas regarder cette nouvelle révolution des télécommunications depuis le bord du terrain.

Mais la « grande alliance contre Starlink » n’existe pas encore officiellement.

Les discussions restent préliminaires, la réglementation européenne n’est pas encore définitivement adoptée et aucun réseau satellite propre au consortium n’a été annoncé.

Le signal envoyé est néanmoins clair : alors que les smartphones commencent à se connecter directement aux satellites, l’Europe veut éviter que les clés de ce nouveau réseau soient entièrement détenues en dehors du continent.

👉 À lire aussi : notre guide complet sur Starlink Mobile et Direct to Cell en France, notre dossier sur IRIS² face à Starlink et notre guide Starlink en France.

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