Après avoir bouleversé le marché mondial des lancements pendant plus d’une décennie, Falcon 9 approche progressivement de la fin de son histoire chez SpaceX. Elon Musk a confirmé que l’entreprise prévoit de réduire puis d’arrêter la famille Falcon lorsque Starship sera capable de voler de manière fiable plusieurs fois par semaine. Pour l’Europe spatiale, cette transition pourrait créer une occasion rare : récupérer une partie des satellites commerciaux qui dépendent aujourd’hui massivement de SpaceX.
Mais il ne faut pas aller trop vite. SpaceX n’arrête pas Falcon 9 aujourd’hui et aucune date officielle de dernier vol n’a été annoncée. La fusée continue de lancer des astronautes, des satellites commerciaux, des missions gouvernementales et encore certains satellites Starlink.
La vraie question est donc différente : si Falcon 9 disparaît progressivement du marché à la fin de la décennie, l’Europe sera-t-elle capable d’occuper une partie de l’espace laissé vacant ?
À retenir :
- SpaceX prévoit bien de réduire progressivement les activités de Falcon lorsque Starship sera suffisamment fiable ;
- Elon Musk conditionne cette transition à plusieurs vols Starship fiables chaque semaine ;
- aucune date officielle n’est annoncée pour le dernier vol de Falcon 9 ;
- Falcon 9 continue de voler en octobre 2026 ;
- certains clients commerciaux rencontrent déjà davantage de difficultés pour réserver des Falcon 9 au-delà de 2028 ;
- Ariane 6 augmente parallèlement sa cadence et son carnet de commandes ;
- Isar Aerospace a atteint l’orbite en septembre 2026 avec Spectrum ;
- MaiaSpace, PLD Space et Rocket Factory Augsburg préparent également une nouvelle génération de lanceurs européens.
SpaceX prépare bien la fin de Falcon 9, mais pas immédiatement
La nuance est essentielle.
Elon Musk n’a pas annoncé que Falcon 9 allait être arrêté à une date précise. Il a défini une condition technique pour commencer à réduire les activités de la famille Falcon.
Selon le dirigeant de SpaceX, lorsque Starship sera capable de voler de manière fiable plusieurs fois par semaine, il deviendra logique de transférer une partie des ressources d’ingénierie et de production de SpaceX vers le nouveau véhicule afin d’augmenter encore sa cadence.
C’est seulement à ce moment que SpaceX prévoit de commencer à réduire progressivement Falcon.
Cette stratégie concerne directement Falcon 9, mais également à terme Falcon Heavy, qui repose sur la même famille technologique.
Falcon 9 vole encore à plein régime en octobre 2026
Parler aujourd’hui de « fin de Falcon 9 » ne signifie donc absolument pas que la fusée est déjà retirée du service.
Le 1er octobre 2026, Falcon 9 a encore lancé la mission habitée Crew-13 de la NASA vers la Station spatiale internationale. Le même jour, un autre exemplaire a décollé de Californie pour la mission Transporter-18 avec plus d’une centaine de charges utiles.
D’autres lancements Falcon 9 figurent toujours au calendrier de SpaceX.
Le lanceur reste donc l’un des piliers opérationnels de l’entreprise. La transition vers Starship sera progressive et dépendra directement de la capacité du nouveau véhicule à atteindre une cadence et une fiabilité comparables.
Starship commence néanmoins à prendre le relais
Cette transition n’est plus seulement théorique.
Lors du vol 14 du 28 septembre 2026, Starship a atteint pour la première fois une véritable orbite terrestre et a déployé 26 satellites Starlink V3.
Ces satellites nouvelle génération sont beaucoup plus imposants que les versions précédentes et ont été conçus autour des capacités de Starship.
En Floride, SpaceX a déjà mis fin aux lancements réguliers de satellites Starlink sur Falcon 9 depuis la côte est. Les futurs déploiements Starlink depuis cette région doivent progressivement passer sur Starship, tandis que Falcon 9 continue encore certaines missions depuis la Californie.
Le passage de relais a donc déjà commencé sur une partie de l’activité interne de SpaceX.
Pourquoi la disparition de Falcon 9 inquiète certains opérateurs
Falcon 9 n’est pas seulement la fusée utilisée par SpaceX pour Starlink.
Depuis plusieurs années, des centaines d’entreprises, agences spatiales et opérateurs de satellites ont profité de sa cadence élevée et de ses missions de covoiturage Transporter pour accéder à l’orbite.
Cette disponibilité est devenue si importante qu’une partie de l’industrie spatiale commerciale américaine et internationale s’est structurée autour d’elle.
Or SpaceX privilégie de plus en plus ses propres projets, notamment Starlink, tout en préparant la migration de ses capacités vers Starship.
Certains opérateurs rapportent déjà qu’il devient difficile d’obtenir des créneaux Falcon 9 pour des missions commerciales vers 2028 ou 2029.
Ce phénomène pourrait créer un problème de capacité avant même la disparition complète du lanceur.
Une fenêtre inattendue pour Ariane 6
C’est ici que l’Europe entre en jeu.
Après plusieurs années difficiles marquées par la fin d’Ariane 5, les retards d’Ariane 6 et une période de dépendance envers des lanceurs américains, le secteur européen retrouve progressivement des capacités de lancement régulières.
Ariane 6 a fortement accéléré en 2026.
La version lourde Ariane 64 a notamment lancé plusieurs lots de satellites Amazon Leo. En juin, une Ariane 64 équipée des nouveaux propulseurs P160C a placé 36 satellites en orbite, établissant alors un nouveau record de charge utile pour la famille Ariane.
Arianespace vise désormais une cadence stable d’environ 9 à 10 lancements Ariane 6 par an à partir de 2027.
Cette fréquence reste très inférieure à celle atteinte par Falcon 9, mais elle change déjà la situation commerciale européenne.
Ariane 6 vient de remplir son carnet de commandes
Le changement est également visible dans les contrats.
En septembre 2026, Arianespace a annoncé sept nouveaux contrats et protocoles d’accord représentant près de dix lancements Ariane 64 supplémentaires.
Amazon Leo, Eutelsat, The Exploration Company et plusieurs autres acteurs ont renforcé ou engagé leurs relations avec le lanceur européen.
Amazon a notamment commandé six lancements Ariane 6 supplémentaires, tandis qu’Eutelsat a réservé deux nouvelles missions pour renouveler sa constellation OneWeb.
Cette dynamique est particulièrement importante au moment où l’accès à Falcon 9 commence à devenir plus contraint pour certains clients.
Mais Ariane 6 ne peut pas simplement remplacer Falcon 9
Il serait toutefois trompeur de présenter Ariane 6 comme le successeur européen direct de Falcon 9.
Les deux systèmes reposent sur des modèles industriels très différents.
Falcon 9 récupère et réutilise son premier étage. Ariane 6 reste aujourd’hui un lanceur consommable. SpaceX réalise également une cadence de lancement très supérieure à celle que l’Europe prévoit pour Ariane 6.
Même avec dix vols annuels, Ariane 6 ne pourrait donc absorber qu’une fraction du volume aujourd’hui transporté par SpaceX.
L’opportunité européenne ne dépendra pas d’un seul lanceur mais probablement de plusieurs familles complémentaires.
Isar Aerospace vient de franchir une étape historique
Le changement le plus concret est peut-être arrivé le 5 septembre 2026.
La fusée Spectrum d’Isar Aerospace a atteint l’orbite depuis Andøya, en Norvège. Il s’agit du premier nouveau lanceur commercial privé européen de cette génération à réussir une mise en orbite depuis l’Europe continentale.
Spectrum n’est pas un concurrent direct de Falcon 9 : sa capacité est beaucoup plus faible et elle vise principalement les petits satellites.
Mais son succès montre qu’un deuxième modèle européen commence à apparaître à côté d’Ariane et Vega : celui de sociétés privées proposant des lancements dédiés et potentiellement plus fréquents.
L’ESA finance désormais plusieurs concurrents européens
L’Agence spatiale européenne cherche justement à accélérer cette diversification grâce au European Launcher Challenge.
Le principe rompt en partie avec le modèle historique européen : l’ESA ne développe plus nécessairement un unique lanceur avec un maître d’œuvre désigné, mais soutient plusieurs entreprises privées qui doivent démontrer leurs capacités en vol.
Parmi les entreprises engagées figurent notamment :
- Isar Aerospace, en Allemagne, avec Spectrum ;
- Rocket Factory Augsburg, également en Allemagne, avec RFA One ;
- PLD Space, en Espagne, avec MIURA 5 ;
- MaiaSpace, en France, qui développe le lanceur Maia.
L’objectif n’est pas nécessairement de construire quatre équivalents de Falcon 9. Ces entreprises visent des catégories de charges utiles et des modèles économiques différents.
Ensemble, elles pourraient toutefois réduire la dépendance européenne envers un unique système de lancement.
MaiaSpace prépare aussi la réutilisation en Europe
Le cas de MaiaSpace est particulièrement intéressant face à l’héritage de Falcon 9.
La société française développe Maia, un lanceur disponible en version consommable ou réutilisable, propulsé au méthane et au dioxygène liquides.
Sa capacité maximale annoncée atteint environ 4 tonnes en orbite terrestre basse dans certaines configurations.
MaiaSpace affiche désormais un début d’exploitation commerciale en 2028 et vise à terme environ vingt lancements par an depuis la Guyane française.
La société a déjà signé plusieurs accords commerciaux avec Eutelsat, Exotrail, Loft Orbital, RIDE! et l’opérateur japonais iQPS.
La réutilisation d’un premier étage, popularisée à grande échelle par Falcon 9, pourrait donc commencer à apparaître également dans l’écosystème européen.
PLD Space veut aussi s’installer à Kourou
Un autre projet européen progresse en parallèle.
Le 1er octobre 2026, la société espagnole PLD Space et le CNES ont annoncé travailler ensemble sur les infrastructures nécessaires à l’exploitation des futurs lanceurs MIURA 5 et MIURA 9 depuis le Centre spatial guyanais.
MIURA 5 est conçu pour proposer des missions dédiées ou partagées pour les petits satellites, avec une architecture pensée à terme pour permettre la récupération du premier étage.
Ces développements élargissent progressivement l’offre de lancement depuis Kourou au-delà des seules familles Ariane et Vega.
L’Europe ne doit cependant pas attendre la disparition de Falcon 9
Le retrait progressif de Falcon 9 ne garantit aucunement que ses clients migreront vers des lanceurs européens.
SpaceX compte précisément faire de Starship son successeur.
D’autres entreprises américaines comme Rocket Lab, Blue Origin, United Launch Alliance ou Stoke Space veulent également récupérer une partie du marché.
L’Europe devra donc proposer non seulement des fusées disponibles, mais aussi des prix compétitifs, une cadence régulière, une fiabilité démontrée et suffisamment de flexibilité pour répondre aux besoins des constellations et des petits opérateurs.
La disparition future de Falcon 9 peut ouvrir une fenêtre. Elle ne garantit pas que l’Europe sera celle qui la saisira.
2027 à 2029 pourraient devenir des années décisives
Le calendrier des différents programmes crée néanmoins une convergence intéressante.
SpaceX cherche à augmenter rapidement la cadence de Starship. Dans le même temps, Ariane 6 doit atteindre environ dix vols annuels, Spectrum doit transformer son premier succès orbital en véritable service commercial et plusieurs nouveaux lanceurs européens doivent arriver sur le marché.
MaiaSpace annonce désormais le début de ses opérations commerciales pour 2028, tandis que PLD Space poursuit la qualification de MIURA 5 et prépare ses infrastructures en Guyane.
Ces évolutions interviendront précisément au moment où certains clients de Falcon 9 commencent à chercher des solutions de lancement pour la fin de la décennie.
La fin de Falcon 9 pourrait finalement profiter à plusieurs acteurs
Falcon 9 a profondément transformé l’industrie spatiale mondiale en démontrant qu’un premier étage orbital pouvait être récupéré puis réutilisé à grande échelle.
Son futur retrait pourrait produire un effet tout aussi important.
Pendant des années, les concurrents de SpaceX devaient affronter un lanceur extrêmement disponible, éprouvé et régulièrement réutilisé. Si SpaceX concentre progressivement ses moyens sur Starship, une partie du marché des satellites petits et moyens pourrait devenir davantage accessible aux autres opérateurs.
L’Europe dispose désormais de plusieurs cartes : Ariane 6 pour les charges lourdes, Vega-C, Spectrum et une nouvelle génération de lanceurs privés comme Maia et MIURA 5.
Le véritable test ne sera cependant pas le nombre de fusées en développement, mais leur capacité à voler régulièrement.
Pour suivre les prochains lancements européens, SpaceX et Starship, consultez également notre calendrier spatial et notre page des lancements en direct.
SpaceX prévoit de réduire progressivement puis de retirer Falcon lorsque Starship sera capable de voler de manière fiable plusieurs fois par semaine. Falcon 9 continue cependant de voler en octobre 2026 et aucune date officielle de dernier vol n’a été annoncée.
Aucune date officielle de retrait définitif en 2028 n’a été annoncée par SpaceX. Plusieurs acteurs du secteur signalent toutefois que les possibilités de réserver de nouvelles missions Falcon 9 deviennent limitées autour de 2028 et 2029.
Pas à elle seule. Ariane 6 peut récupérer une partie des missions commerciales et institutionnelles, mais sa cadence reste très inférieure à celle de Falcon 9 et le lanceur européen n’est pas réutilisable. L’Europe compte également sur Vega-C et plusieurs nouveaux lanceurs privés.
Isar Aerospace exploite Spectrum, tandis que MaiaSpace développe Maia, PLD Space développe MIURA 5 et Rocket Factory Augsburg développe RFA One. Ces lanceurs visent principalement le marché des petites et moyennes charges utiles et ne remplacent pas directement Falcon 9.



