⚡ Publié le 8 août 2026. Tesla et SpaceX ont confirmé le 6 août la construction de Terafab, une usine de semi-conducteurs géante dans le comté de Grimes, au Texas. Investissement initial : 16,8 milliards de dollars, pour un total pouvant atteindre 119 milliards toutes phases confondues. Elle produira notamment les puces destinées aux futurs centres de données orbitaux de SpaceX. Révélation du lendemain : le site sera alimenté par des centrales au gaz naturel, sans production solaire terrestre — alors même que l’argument central des data centers spatiaux est l’abondance de l’énergie solaire en orbite.
Depuis le rachat de xAI en février, SpaceX assume une ambition qui déborde largement le lancement spatial : bâtir une infrastructure de calcul pour l’intelligence artificielle, avec pour horizon des serveurs placés en orbite. Les résultats du deuxième trimestre 2026 ont confirmé que ce n’était plus un projet annexe — l’IA représente désormais près d’un tiers du chiffre d’affaires du groupe.
Terafab est la brique manquante de cette architecture : produire soi-même les puces. Voici ce qui a été annoncé, pourquoi l’usine sera alimentée au gaz, et ce que ce choix dit du projet orbital.
Ce qui a été annoncé
| Élément | Détail |
|---|---|
| Porteurs du projet | Tesla et SpaceX |
| Investissement initial | 16,8 milliards de dollars |
| Coût total envisagé | Jusqu’à environ 119 milliards de dollars, toutes phases confondues |
| Localisation | Comté de Grimes, Texas, à environ 72 km au nord-ouest de Houston |
| Surface | Plus de 100 millions de pieds carrés, soit environ 9,3 millions de m² |
| Emplois annoncés | Au moins 3 000 |
| Activités regroupées | Fabrication, mémoire, mise en boîtier et tests sur un même site |
| Destination des puces | Inférence pour Optimus et Cybercab (Tesla) ; puces haute performance pour les data centers spatiaux (SpaceX) |
| Alimentation électrique | Centrales au gaz naturel et batteries de grande capacité |
| Approvisionnement en eau | Réservoir de Gibbons Creek, et non les nappes phréatiques locales |
Le projet avait été dévoilé une première fois en mars, à Austin. Il a depuis été déplacé vers ce comté rural au nord de Houston. Elon Musk a décrit le futur site comme le bâtiment le plus grand et le plus précieux de la planète.
Le paradoxe énergétique : du gaz sur Terre, du solaire en orbite
C’est l’information la plus intéressante, et elle n’est apparue que le lendemain de l’annonce.
Lors d’une réunion publique tenue le 5 août, Riley Trettel, responsable du développement énergie et centres de données chez SpaceX, a indiqué que l’entreprise apporterait sa propre production électrique sur le site. L’infrastructure décrite repose sur des centrales fonctionnant au gaz naturel, complétées par de très grandes capacités de stockage par batteries.
Aucune production photovoltaïque terrestre n’a été évoquée. Ce silence est notable, puisque Tesla est partenaire du projet et que son activité historique inclut le solaire.
Le contraste avec le discours tenu sur les data centers orbitaux est frappant. Depuis des mois, l’argument avancé pour justifier le calcul en orbite tient en deux points : l’énergie solaire y est disponible en permanence et plus intense qu’au sol, et l’évacuation thermique s’y fait par rayonnement, sans les systèmes de refroidissement énergivores des installations terrestres. Les puces qui doivent servir cette vision seront donc produites par une usine alimentée aux énergies fossiles.
Ce choix n’est pas isolé dans l’écosystème d’Elon Musk. Les centres de données de xAI à Memphis fonctionnent déjà presque exclusivement au gaz naturel. Musk a par ailleurs racheté une société spécialisée dans les centrales au gaz, et SpaceX a annoncé prévoir l’achat de 2,8 milliards de dollars de turbines au cours des trois prochaines années.
Il s’inscrit aussi dans une tendance sectorielle plus large. Le boom des centres de données dédiés à l’IA a déclenché une vague de projets de centrales au gaz, et le Texas est devenu le terrain privilégié de ces installations qui produisent leur propre électricité. L’argument avancé est double : aller plus vite que le raccordement au réseau, et éviter de peser sur la facture des particuliers. La contrepartie est une pollution atmosphérique et des émissions de gaz à effet de serre significatives.
Pourquoi SpaceX veut fabriquer ses propres puces
La logique est celle de l’intégration verticale, appliquée depuis toujours par SpaceX à ses moteurs Raptor comme à ses satellites Starlink.
Tesla et SpaceX anticipent des besoins de calcul dépassant à terme le térawatt. À cette échelle, dépendre entièrement de fournisseurs extérieurs — TSMC, Samsung, Intel — devient un risque stratégique, dans un marché des semi-conducteurs déjà sous tension. Musk a résumé l’enjeu de façon abrupte : sans Terafab, pas de puces.
Terafab vise donc à réunir sous un même toit des étapes habituellement réparties entre plusieurs entreprises : la fabrication des puces logiques avancées, la mémoire, la mise en boîtier et les tests. C’est ce qui explique la surface annoncée.
À noter que cette autonomie reste théorique à court terme. Tesla a signé séparément un accord de 16,5 milliards de dollars avec Samsung pour sa puce AI6, et TSMC couvre le reste de ses besoins. Intel a par ailleurs reconnu qu’il jouerait un rôle dans Terafab, sans préciser lequel.
Le lien direct avec les data centers orbitaux
C’est ce qui rend ce projet pertinent pour qui suit le programme spatial. SpaceX est explicite : Terafab produira des puces haute performance destinées aux centres de données spatiaux que l’entreprise développe.
L’annonce arrive deux jours après celle du satellite Starmind AI1, conçu en partenariat avec Nvidia et destiné à embarquer une charge utile de calcul en orbite. Les deux briques se répondent : Nvidia pour la génération actuelle, une production interne pour la suite. Notre article sur Starmind AI1.
Le verrou, lui, reste inchangé et il est spatial, pas industriel. Placer des serveurs en orbite ne devient économiquement défendable que si le coût au kilogramme s’effondre — donc si Starship démontre une réutilisation complète et une cadence industrielle. Or, si le vol Starship 13 du 24 juillet a réussi le déploiement des premiers Starlink V3 et ramené le vaisseau intact, l’atterrissage du booster a échoué. Restent aussi entières les questions de dissipation thermique en l’absence de convection, de maintenance d’une infrastructure inaccessible et de gestion des débris.
Un engagement moins ferme qu’il n’y paraît
Deux éléments invitent à la prudence sur ces chiffres.
D’abord, le dossier d’introduction en Bourse déposé par SpaceX en mai qualifiait Terafab de « cadre général », sans engagement contraignant, laissant chaque partie libre de se retirer. L’annonce du 6 août confirme un site et un montant de première phase, pas un projet irréversible.
Ensuite, le chiffrage a fortement varié. Les 16,8 milliards de la première phase sont très inférieurs à une estimation antérieure de SpaceX qui évoquait 55 milliards. Les sources divergent également sur le total à terme : certaines évoquent plus de 100 milliards toutes phases confondues, d’autres jusqu’à 119 milliards engagés par SpaceX seule.
Une opposition locale déjà organisée
Le comté de Grimes accorde à SpaceX un abattement fiscal de 100 %, en échange d’au moins 5 milliards de dollars investis d’ici 2030 et d’au moins 1 800 emplois à temps plein d’ici 2035. Le Texas y ajoute 30 millions de dollars d’incitations.
Ces avantages ne font pas l’unanimité. Environ 900 résidents du comté ont signé une pétition réclamant davantage de transparence et de contrôle sur ces projets. Les inquiétudes portent sur la ressource en eau, la consommation électrique et l’arrivée de milliers de travailleurs dans un comté rural.
SpaceX répond sur deux points : l’usine puisera dans le réservoir de Gibbons Creek plutôt que dans les nappes phréatiques, et produira sa propre électricité plutôt que de solliciter le réseau régional.
FAQ : le projet Terafab
Terafab est une usine de semi-conducteurs annoncée le 6 août 2026 par Tesla et SpaceX, dans le comté de Grimes au Texas. Elle regroupera fabrication, mémoire, mise en boîtier et tests sur un même site, sur plus de 9 millions de mètres carrés, pour un investissement initial de 16,8 milliards de dollars.
Tesla et SpaceX anticipent des besoins de calcul dépassant le térawatt. À cette échelle, dépendre uniquement de fournisseurs extérieurs constitue un risque stratégique. Les puces produites serviront aux robots Optimus et aux Cybercab de Tesla, ainsi qu’aux centres de données spatiaux développés par SpaceX.
Par des centrales au gaz naturel construites et exploitées par SpaceX, complétées par de grandes capacités de stockage sur batteries. Aucune production solaire terrestre n’a été évoquée, malgré la participation de Tesla au projet.
SpaceX indique que Terafab produira des puces haute performance destinées aux centres de données spatiaux qu’elle développe. Le projet complète le partenariat avec Nvidia annoncé le 4 août autour du satellite Starmind AI1. La viabilité économique de ces data centers orbitaux dépend toutefois de la réutilisation complète de Starship, qui n’est pas encore démontrée.
Pas totalement. Le dossier d’introduction en Bourse déposé par SpaceX en mai 2026 qualifiait Terafab de cadre général, sans engagement contraignant, chaque partie restant libre de se retirer. L’annonce du 6 août confirme un site et un montant de première phase, pas un projet irréversible.
Dans le comté de Grimes, au Texas, à environ 72 kilomètres au nord-ouest de Houston. Le projet avait été présenté une première fois à Austin en mars 2026 avant d’être relocalisé.
Ce qu’il faut retenir
Terafab complète l’architecture que SpaceX assemble depuis le rachat de xAI : un lanceur pour mettre en orbite, une constellation pour connecter, des satellites pour calculer, et désormais une usine pour produire les puces. Sur le papier, la cohérence est réelle.
Le choix du gaz naturel introduit néanmoins une tension que l’entreprise n’a pas commentée. L’argument fondateur des centres de données orbitaux — une énergie solaire abondante et un refroidissement gratuit — cohabite mal avec une usine terrestre alimentée aux énergies fossiles. La contradiction n’est pas rédhibitoire, mais elle mérite d’être posée.
Reste le vrai juge de paix, et il est spatial : sans réutilisation complète de Starship, le coût de mise en orbite condamne l’ensemble du projet de calcul orbital. Le vol Starship 14, attendu fin août ou début septembre, doit tenter la première capture du vaisseau par la tour. C’est là que se joue la crédibilité de toute cette architecture.
👉 À lire aussi : Starmind AI1, le satellite à GPU Nvidia, notre suivi de l’action SPCX et notre guide complet du Starship.
Sources : communiqué SpaceX du 6 août 2026 ; déclarations de Riley Trettel en réunion publique le 5 août ; TechCrunch ; Reuters ; dossier d’introduction en Bourse de SpaceX.



