Et si les premières roches du système martien rapportées sur Terre provenaient non pas de Mars, mais de l’une de ses lunes ? Le Japon a franchi la première étape de ce scénario avec le lancement réussi de MMX (Martian Moons eXploration), le 19 octobre 2026 à 21h41 à Paris (4h41 le 20 octobre à Tanegashima, au Japon). La JAXA a confirmé la séparation de la sonde de son lanceur H3 environ 1 h 11 min après le décollage. La collecte des échantillons, elle, n’a pas encore commencé.
L’objectif est de prélever au moins 10 g de matière sur Phobos, puis de faire revenir une capsule sur Terre en 2031, sous réserve de la réussite des prochaines étapes. Le détail est essentiel : MMX ne va pas creuser directement le sol martien. Mais Phobos pourrait conserver des fragments expulsés de Mars lors d’impacts anciens. La mission pourrait donc fournir des indices sur l’histoire de la planète rouge, tout en répondant à une énigme plus large : d’où viennent ses deux lunes ?
De Mars à la Terre : ce que MMX va réellement rapporter
Phobos est le plus grand des deux petits satellites naturels de Mars, devant Deimos. Sa surface est recouverte de régolithe : un mélange de poussière, de grains et de roches fragmentées par les impacts. C’est cette matière que la sonde MMX doit collecter, non les échantillons du sol martien accumulés par le rover Perseverance de la NASA.
Les scientifiques étudient toutefois une possibilité passionnante : des météorites martiennes auraient pu être projetées vers Phobos après des collisions sur Mars. Si de tels fragments sont présents dans les prélèvements, ils pourraient conserver des informations sur la croûte ancienne de Mars. Cette origine martienne éventuelle n’est pas confirmée et devra être vérifiée par les analyses en laboratoire.
Pourquoi dix grammes peuvent changer notre connaissance du Système solaire
La question centrale concerne la naissance de Phobos et Deimos. Leurs silhouettes irrégulières et certains indices de composition évoquent des astéroïdes capturés. Mais leurs orbites, proches du plan équatorial de Mars, sont aussi compatibles avec des scénarios de formation à partir d’un disque de débris après un impact géant. Les observations à distance n’ont pas encore permis de trancher.
Des échantillons analysés sur Terre permettent d’employer des instruments beaucoup plus sensibles que ceux transportés par une sonde. Les chercheurs chercheront notamment la composition minéralogique, la proportion d’éléments volatils et les caractéristiques isotopiques de la matière. La comparaison avec les météorites martiennes et les échantillons d’astéroïdes pourra renforcer ou affaiblir les différentes hypothèses.
Cela ne signifie pas qu’un résultat unique apportera une réponse définitive. Les prélèvements devront être replacés dans leur contexte géologique et confrontés aux observations de la sonde. Les équipes voudront aussi distinguer une éventuelle matière d’origine martienne du reste du régolithe de Phobos.
Deux atterrissages prévus pour collecter les échantillons
Selon le programme de la JAXA, MMX doit d’abord cartographier Phobos, caractériser ses reliefs et repérer des terrains compatibles avec une descente sûre. La sonde principale prévoit ensuite deux contacts avec la surface, sur des sites distincts, afin de diversifier les prélèvements. Ces opérations restent planifiées, pas accomplies.
La mission combine deux procédés : un système de carottage, destiné à prélever sous la surface, et le P-Sampler développé avec la NASA, qui utilise des jets d’azote pour soulever des grains et les recueillir. La complémentarité des deux méthodes doit limiter le risque de ne rapporter qu’un seul type de matériau.
La NASA prévoit de recevoir et de conserver environ 15 % des échantillons rapportés, notamment au Johnson Space Center à Houston. Ces matériaux pourront être mis à la disposition de laboratoires pendant des décennies, comme les échantillons des missions lunaires et astéroïdales.
Le rôle du rover français Idéfix et des instruments internationaux
MMX transporte aussi Idéfix, un rover franco-allemand d’environ 25 kg développé par le CNES et le DLR. Son rôle n’est pas de ramasser les dix grammes : il doit étudier le terrain, mesurer la résistance du sol, observer les grains au contact des roues et expérimenter la conduite sous une gravité très faible. Son déploiement est envisagé vers la fin de 2028 ou le début de 2029, sans date définitive.
D’autres instruments observent Phobos à distance. Le spectromètre français MIRS analysera le rayonnement infrarouge de la surface ; l’instrument américain MEGANE mesurera notamment les neutrons et rayons gamma associés aux éléments chimiques. MMX prévoit aussi des observations de Deimos, la seconde lune de Mars.
Pour comprendre les déplacements et les quatre instruments du petit robot, consultez notre dossier dédié : Idéfix, le rover français en route vers une lune de Mars. Le compte rendu de la mission MMX depuis son lancement reste également accessible.
La feuille de route jusqu’au retour sur Terre en 2031
- 19 octobre 2026 : lancement confirmé à 21h41 à Paris, soit le mardi 20 octobre à 4h41 au Japon. La JAXA a confirmé la séparation de MMX.
- Août 2027 : arrivée prévue près de Mars, puis mise en place des opérations autour de Phobos.
- Fin 2028 à début 2029 : période prévisionnelle de déploiement d’Idéfix, selon le suivi de mission.
- 2030 : prélèvements prévus sur Phobos et observations de Deimos avant le retour.
- Fin 2030 : départ envisagé du système martien vers la Terre.
- 2031 : objectif de retour de la capsule d’échantillons, avec un atterrissage prévu en Australie.
À quelle heure MMX a-t-elle décollé dans la francophonie ?
Le décollage a eu lieu le lundi 19 octobre 2026 à 21h41 à Paris, Bruxelles et Genève, soit le mardi 20 octobre à 4h41 au Japon. Voici l’équivalent au moment du tir :
- La Réunion : lundi 19 octobre à 23h41.
- Guadeloupe, Martinique et Québec : lundi 19 octobre à 15h41.
- Guyane : lundi 19 octobre à 16h41.
- Polynésie française (Papeete) : lundi 19 octobre à 9h41.
- Nouvelle-Calédonie (Nouméa) : mardi 20 octobre à 6h41.
- Abidjan et Dakar : lundi 19 octobre à 19h41.
Pourquoi ce retour d’échantillons n’est pas la même mission que Mars Sample Return
La distinction compte pour l’actualité de l’exploration martienne. Le programme Mars Sample Return vise des tubes d’échantillons prélevés directement sur Mars par Perseverance. MMX vise d’abord Phobos : la sonde japonaise n’a pas besoin de se poser sur Mars ni d’en redécoller. Sa trajectoire et ses contraintes techniques sont différentes, même si les deux projets relèvent du retour d’échantillons vers la Terre.
Le Japon dispose d’une expérience de ce type de mission grâce aux sondes Hayabusa et Hayabusa2, qui ont rapporté des matériaux d’astéroïdes. MMX représente néanmoins un autre défi : opérer pendant des années dans le système martien, réussir deux contacts avec une lune minuscule et préserver les échantillons jusqu’à leur arrivée en Australie.
Ce qui est confirmé et ce qui reste à réussir
Confirmé : le lancement de MMX à bord de H3 et la séparation de la sonde, annoncés par la JAXA. Prévu : le rendez-vous martien, les prélèvements et le retour des échantillons en 2031. Hypothèse scientifique : la présence dans le régolithe de Phobos de fragments ayant réellement appartenu à Mars. Les prochaines années devront permettre de passer des hypothèses aux mesures.
Pour situer cette mission dans la perspective de l’exploration habitée de la planète rouge, consultez aussi notre guide sur Starship et notre article consacré au programme japonais MMX.
Sources officielles
- JAXA, résultat du lancement MMX le 20 octobre 2026 au Japon.
- NASA, instruments MEGANE et P-Sampler, part des échantillons.
- ESA, objectifs scientifiques et programme de retour d’échantillons.
- DLR, lancement et mission du rover Idéfix.
Non. MMX doit prélever au moins 10 g de matériau sur Phobos, une lune de Mars. Certains fragments pourraient avoir été éjectés de Mars, mais cela reste à démontrer.
La JAXA prévoit un retour de la capsule en Australie en 2031, si le voyage vers Mars, les prélèvements sur Phobos et le trajet retour réussissent.
Oui. La JAXA a confirmé le décollage le 19 octobre 2026 à 21h41 à Paris et la séparation de la sonde environ 1 h 11 après le lancement.


