Après près de huit mois à bord de la Station spatiale internationale, Sophie Adenot est revenue sur Terre le 8 octobre 2026. Pourtant, la mission scientifique ne s’arrête pas à l’amerrissage. La Française contribue à des recherches sur les effets des vols spatiaux sur l’organisme. L’une d’elles, Exposome Signature, étudie notamment l’inflammation, les défenses immunitaires, le métabolisme, le microbiote et l’activité des gènes. Avec une comparaison inattendue : les chercheurs suivent aussi des sous-mariniers de la Marine italienne.
Que devient le corps humain après plusieurs mois dans l’espace ?
L’espace n’est pas seulement un environnement où l’on flotte. Pendant une mission, les astronautes subissent simultanément la micropesanteur, une exposition accrue aux rayonnements, un rythme de travail contraignant, un environnement confiné, l’isolement et des perturbations possibles du rythme veille-sommeil.
Ces facteurs peuvent modifier plusieurs fonctions de l’organisme. La micropesanteur favorise notamment la perte de masse musculaire et osseuse si elle n’est pas compensée ; les variations du sommeil et du stress peuvent, elles aussi, influencer l’équilibre physiologique. Le défi scientifique est de comprendre quels changements sont liés à l’espace, comment ils interagissent et combien de temps ils persistent après le retour sur Terre.
Le cas de Sophie Adenot est particulièrement intéressant : d’après l’Agence spatiale européenne (ESA), elle a passé 237 jours, 5 heures et 18 minutes dans l’espace pendant sa mission εpsilon. Après son retour le 8 octobre, elle a entamé un programme de récupération physique et de suivi médical à Cologne, en Allemagne.
Exposome Signature : une enquête sur le corps, de l’inflammation aux gènes
Présentée par l’ESA le 23 octobre 2026, l’étude Exposome Signature cherche à établir une vision globale des adaptations de l’organisme au vol spatial. Plutôt que de surveiller un seul indicateur, les chercheurs analysent plusieurs systèmes biologiques et leurs interactions, avant, pendant et après la mission.
Les paramètres étudiés comprennent notamment :
- L’inflammation de bas grade : une activation discrète mais persistante de certaines réponses inflammatoires, qui ne correspond pas forcément à une maladie.
- Le système immunitaire : les changements dans la manière dont l’organisme se défend et régule ses réactions.
- Le stress oxydatif : les mécanismes liés aux molécules réactives et aux défenses cellulaires.
- Le métabolisme : la façon dont le corps utilise et régule son énergie.
- La signalisation neuroendocrinienne : les échanges entre le système nerveux et les hormones.
- Le microbiome et le virome : les communautés de micro-organismes et de virus présents dans ou sur l’organisme.
- L’activité des gènes : les variations de leur expression, qui ne signifient pas nécessairement des modifications de l’ADN lui-même.
L’ambition est d’identifier des signatures biologiques, autrement dit des ensembles de marqueurs susceptibles d’indiquer comment l’organisme réagit à différents stress et récupère ensuite. Il s’agit d’objectifs de recherche : ces analyses ne constituent pas encore la preuve qu’un marqueur précis permet de prédire à lui seul les effets d’un voyage spatial.
Pourquoi comparer les astronautes à des sous-mariniers ?
C’est la particularité de l’expérience. Les scientifiques comparent deux groupes : des astronautes et des sous-mariniers de la Marine italienne.
Les deux populations connaissent des contraintes comparables : isolement, confinement, travail en équipe dans un espace restreint, pression opérationnelle et adaptation à un environnement inhabituel. Mais les sous-mariniers restent soumis à la gravité terrestre et ne subissent pas l’exposition aux rayonnements cosmiques propre à l’orbite.
En étudiant ce que ces groupes ont en commun — et ce qui les différencie —, les équipes espèrent mieux distinguer les effets liés à la vie confinée de ceux plus directement associés au milieu spatial. Cette comparaison aide à mieux interpréter les résultats, sans isoler parfaitement tous les facteurs : les missions, les conditions de vie et les populations ne sont pas identiques.
Le retour sur Terre ne marque pas la fin des mesures
L’ESA précise que le protocole Exposome Signature comprend plusieurs séances de suivi pendant six mois après le retour. Les chercheurs veulent savoir quels marqueurs retrouvent rapidement leur niveau habituel, lesquels mettent davantage de temps à évoluer et quels changements pourraient avoir des conséquences plus durables.
Ces questions deviennent particulièrement importantes après les séjours de 150 jours ou plus, qui exposent l’organisme pendant des mois à des contraintes combinées.
À son retour de l’ISS, Sophie Adenot a rejoint les installations médicales et scientifiques de Cologne, notamment le centre de recherche :envihab du Centre aérospatial allemand (DLR). Selon l’ESA, ses premières semaines ont été consacrées à la réadaptation à la gravité terrestre et à la collecte de données pour différentes études. Ce suivi post-vol fait donc partie intégrante du travail scientifique de la mission.
Pour retrouver les étapes de sa rentrée sur Terre, lire aussi notre article : Sophie Adenot est de retour sur Terre : amerrissage réussi.
Pourquoi ces recherches comptent pour les missions lunaires et martiennes
La Station spatiale internationale se trouve en orbite basse, où les astronautes bénéficient encore d’une partie de la protection de la magnétosphère terrestre. Une expédition lointaine vers Mars s’accompagnerait de durées d’exposition importantes, de communications retardées et d’un accès beaucoup plus limité à une aide médicale depuis la Terre.
En comprenant mieux les réponses de l’organisme, les équipes médicales espèrent développer des outils de surveillance, des indicateurs d’alerte et des contre-mesures ciblées pour préserver la santé des futurs équipages. Les résultats pourraient aussi présenter un intérêt pour certaines recherches médicales sur Terre, sans qu’il soit possible d’en promettre d’avance des applications cliniques.
Exposome Signature s’inscrit ainsi dans un enjeu majeur de l’exploration habitée : ne pas seulement réussir à envoyer des humains loin de la Terre, mais comprendre comment les garder en bonne santé pendant le voyage et après leur retour.
FAQ : Sophie Adenot et les effets de l’espace sur le corps
Combien de temps Sophie Adenot est-elle restée dans l’espace ?
Selon l’ESA, elle a passé 237 jours, 5 heures et 18 minutes dans l’espace lors de sa mission εpsilon, entre février et octobre 2026. Elle est revenue sur Terre le 8 octobre.
Qu’est-ce que l’étude Exposome Signature ?
Il s’agit d’une étude de l’ESA qui suit plusieurs marqueurs physiologiques et biologiques chez les astronautes, avant, pendant et après les vols spatiaux, pour mieux comprendre leurs adaptations.
Pourquoi des sous-mariniers participent-ils à cette recherche ?
Les sous-mariniers de la Marine italienne servent de groupe de comparaison : ils subissent des contraintes d’isolement et de confinement, mais pas la micropesanteur ni les rayonnements cosmiques de l’orbite.
Quels effets de l’espace sont étudiés ?
Notamment les variations de l’inflammation, du système immunitaire, du métabolisme, du stress oxydatif, des hormones, du microbiome, du virome et de l’activité des gènes.
Combien de temps se poursuit le suivi après le vol ?
L’ESA indique que le protocole Exposome Signature prévoit plusieurs séances de suivi sur six mois après le retour des astronautes.
Sources officielles
- ESA, 23 octobre 2026 — Exposome Signature : étude des adaptations humaines au vol spatial.
- ESA, 10 octobre 2026 — retour de Sophie Adenot après 237 jours dans l’espace.
- CNES — mission εpsilon de Sophie Adenot.
Et vous ? Seriez-vous prêts à passer huit mois dans l’espace… ou dans un sous-marin ?



