SpaceX vient d’envoyer en orbite un satellite avec une mission inhabituelle : transmettre de l’énergie à un autre satellite sans câble. Baptisé Protostar, ce démonstrateur de la société américaine Star Catcher doit tenter d’envoyer un faisceau lumineux vers les panneaux solaires d’un petit CubeSat volant séparément. Si l’expérience réussit, elle pourrait constituer une étape importante vers un véritable « réseau électrique » en orbite.
À retenir :
- Protostar a été lancé avec la mission Transporter-18 de SpaceX le 1er octobre 2026 ;
- le satellite a été développé par la start-up américaine Star Catcher ;
- il doit libérer un CubeSat puis tenter de lui transmettre une quantité mesurable d’énergie par voie optique ;
- la cible utilisera des panneaux solaires classiques, sans système de réception spécialement conçu pour l’expérience ;
- si le test réussit, Star Catcher présente cette expérience comme la première transmission optique d’énergie entre deux engins spatiaux indépendants ;
- la réussite de cette transmission n’est pas encore confirmée.
Protostar a décollé avec SpaceX sur Transporter-18
Protostar faisait partie des nombreuses charges utiles embarquées sur la mission Transporter-18 de SpaceX, lancée le 1er octobre depuis la base de Vandenberg en Californie.
Cette mission Falcon 9 a placé 130 charges utiles en orbite terrestre basse, parmi lesquelles plusieurs expériences particulièrement ambitieuses liées au calcul, à l’intelligence artificielle et aux nouvelles infrastructures orbitales.
Protostar s’intéresse à un problème différent mais fondamental : comment fournir davantage d’électricité à un satellite une fois qu’il se trouve déjà dans l’espace ?
Un satellite qui veut « recharger » un autre satellite avec de la lumière
Le principe imaginé par Star Catcher ressemble à celui d’un réseau électrique, mais sans câble.
Protostar doit collecter de l’énergie solaire, la convertir en un faisceau optique adapté puis viser précisément un autre engin spatial.
Une fois sa phase de mise en service terminée, le démonstrateur doit libérer un petit CubeSat. Les deux engins poursuivront alors leur trajectoire séparément.
Protostar devra localiser le CubeSat, le suivre avec suffisamment de précision puis diriger son faisceau vers ses panneaux solaires disponibles dans le commerce.
Le but n’est pas simplement d’illuminer la cible : Star Catcher veut mesurer une augmentation réelle de la puissance électrique produite par ses panneaux.
Pourquoi envoyer de l’énergie à un satellite ?
L’électricité constitue aujourd’hui l’une des principales limites des satellites.
Un engin spatial ne peut généralement utiliser que la puissance fournie par ses propres panneaux solaires et stockée dans ses batteries. Ajouter davantage de puissance oblige donc habituellement à augmenter la taille des panneaux, des batteries et parfois du satellite lui-même.
Cette contrainte devient particulièrement importante pour les radars puissants, les télécommunications à haut débit ou les futurs systèmes de calcul et d’intelligence artificielle en orbite.
C’est notamment le problème auquel sont confrontés les projets de centres de calcul spatiaux comme Project Suncatcher de Google ou, à une toute autre échelle, Starmind AI1 de SpaceX.
Star Catcher veut construire un réseau électrique en orbite
Protostar n’est qu’un démonstrateur. L’objectif à plus long terme de Star Catcher est beaucoup plus ambitieux : déployer plusieurs « Power Nodes » capables de fournir de l’énergie à la demande aux satellites qui passent à proximité.
Selon l’entreprise, son système pourrait envoyer de la lumière concentrée directement vers les panneaux solaires déjà installés sur les satellites, sans nécessiter de modification particulière du véhicule client.
Star Catcher affirme que cette méthode pourrait permettre à certains satellites de produire jusqu’à dix fois plus de puissance qu’avec le seul rayonnement solaire ambiant. Ce chiffre correspond toutefois aux performances visées par le futur réseau commercial et non à une capacité déjà démontrée par Protostar en orbite.
La technologie a déjà été testée au sol
Star Catcher ne part pas totalement de zéro.
En 2025, l’entreprise a effectué une série d’expériences au Kennedy Space Center en Floride. Elle affirme avoir transmis plus de 1,1 kW de puissance électrique à des panneaux solaires commerciaux grâce à son système optique.
Une autre expérience, baptisée Sextant Alpha, a ensuite permis de tester en orbite le logiciel chargé de repérer et de suivre avec précision un autre engin spatial.
Protostar doit désormais réunir ces différentes briques dans une même expérience : récupération de l’énergie, acquisition de la cible, suivi et transmission optique.
Le test le plus difficile reste à venir
Le lancement réussi de Protostar ne signifie donc pas encore que Star Catcher dispose d’un réseau électrique spatial opérationnel.
Le démonstrateur doit d’abord terminer sa mise en service, déployer son CubeSat puis réussir à le suivre et à transmettre suffisamment d’énergie vers ses panneaux solaires pour que l’effet puisse être mesuré.
Si cette séquence fonctionne comme prévu, Star Catcher affirme qu’il s’agira de la première transmission optique d’énergie entre deux engins spatiaux indépendants.
L’expérience mérite donc d’être suivie : après avoir rendu les lancements partagés beaucoup plus accessibles avec Falcon 9, SpaceX vient peut-être d’envoyer en orbite l’une des premières briques d’une autre infrastructure encore expérimentale, celle de l’électricité distribuée directement entre satellites.



