⚡ Publié le 13 août 2026. SpaceX a déposé début juillet auprès de la FCC une demande d’autorisation portant sur jusqu’à 100 000 satellites Starlink V3. Ces engins de deux tonnes — ceux-là mêmes dont les vingt premiers exemplaires ont été déployés par Starship 13 le 24 juillet — évolueraient en orbite très basse et promettent un débit symétrique de plusieurs gigabits. Deux points structurent le dossier : seul Starship peut les lancer, et SpaceX justifie l’ampleur de la demande par les besoins de l’intelligence artificielle.
Pour situer l’échelle : la constellation actuelle compte environ 11 000 satellites en orbite, sous une autorisation plafonnée à 15 000. La demande multiplierait ce plafond par près de sept.
Voici ce que contient réellement le dossier, ce qu’il change pour les utilisateurs, et pourquoi il est loin d’être acquis.
Ce que demande SpaceX
| Élément | Détail |
|---|---|
| Dépôt du dossier | Début juillet 2026 |
| Nombre de satellites | Jusqu’à 100 000 |
| Masse unitaire | Environ 2 000 kg à sec |
| Altitudes | Deux couches : 323–327,5 km et 473–477,5 km |
| Inclinaisons | De 26° à 96,9° |
| Débit visé par satellite | Environ 1 Tbit/s en descendant |
| Bandes demandées | Ku, Ka, V, E, W et D |
| Premiers lancements visés | Second semestre 2026 |
Le chiffre de 100 000 n’est pas un objectif de déploiement mais un plafond d’autorisation : SpaceX demande un cadre réglementaire dans lequel elle puiserait au fil des années.
Une note de vocabulaire
Le dossier déposé à la FCC ne parle ni de « Starlink » ni de « V3 » : il évoque un « système Gen3 », dans le vocabulaire administratif du régulateur, où Gen1, Gen2 et Gen3 désignent des demandes d’autorisation successives.
Attention à la confusion, très répandue : « Starlink Gen 3 » désigne couramment le routeur Wi-Fi livré avec le kit, un produit matériel qui n’a rien à voir avec la constellation. Nous employons donc ici V3, le nom des satellites eux-mêmes.
Ne pas confondre avec Starmind
C’est l’autre confusion fréquente dans la couverture de ce sujet.
SpaceX a déposé deux demandes distinctes en 2026 :
- Février : jusqu’à un million de satellites destinés à fonctionner comme centres de données orbitaux — le projet Starmind, dont relève le satellite Starmind AI1 conçu avec Nvidia.
- Juillet : jusqu’à 100 000 satellites V3, pour la connectivité.
Deux dossiers, deux objets, deux instructions séparées. Les additionner fausse complètement la lecture.
Pourquoi Starship devient indispensable
C’est le point décisif, et celui qui intéresse le plus les lecteurs du programme spatial.
Un satellite V3 pèse environ 2 000 kilogrammes, soit près du triple d’un Starlink de génération précédente. Falcon 9, qui a porté l’essentiel du déploiement jusqu’ici, ne peut pas en emporter un nombre significatif par vol. Falcon Heavy pourrait assurer un service minimal, mais pas une constellation de cette taille.
Le vol Starship 13 donne l’ordre de grandeur : vingt satellites V3, soit environ 40 tonnes — la charge utile la plus lourde jamais lancée par SpaceX. C’est ce que Falcon 9 ne saura jamais faire.
Autrement dit : sans Starship, il n’y a pas de V3 à grande échelle. Elon Musk l’a résumé à sa manière en commentant le dépôt du dossier — il faudra une fusée plus grosse.
Cela donne une portée nouvelle à chaque vol d’essai. Le vol 13 a validé le mécanisme d’éjection et les liaisons radio et laser. Le vol Starship 14, attendu fin août, doit démontrer le premier vol orbital et la capture du vaisseau — donc la réutilisation complète, seule voie vers une cadence industrielle.
Un déploiement de 100 000 satellites de deux tonnes suppose plusieurs milliers de lancements. C’est l’ordre de grandeur à garder en tête pour juger du réalisme du calendrier.
Des débits promis très supérieurs à la réalité actuelle
SpaceX annonce un débit symétrique de plusieurs gigabits et une latence ramenée sous 20 millisecondes. Chaque satellite viserait environ 1 Tbit/s en descendant, avec une capacité montante multipliée par 22.
Confrontons ces promesses à ce que mesurent les tests indépendants aujourd’hui :
- Débit annoncé par Starlink : « jusqu’à » 300 à 400 Mbit/s.
- Débit médian mesuré par Ookla : environ 100 Mbit/s en descendant, 20 Mbit/s en montant.
- Sur la formule la plus haut de gamme, un test de PCMag relève 145 à 170 Mbit/s en descendant et un peu moins de 40 Mbit/s en montant.
- Latence actuelle : 30 à 50 ms pour la plupart des utilisateurs.
L’écart entre la promesse et la mesure est considérable. Le passage au gigabit symétrique supposerait non seulement la constellation complète, mais aussi une mise à niveau des antennes chez les abonnés — SpaceX indique qu’un nouveau matériel sera nécessaire.
Pour les utilisateurs français, cela signifie qu’un abonnement souscrit aujourd’hui ne bénéficiera pas automatiquement de ces débits. Nos mesures de débit et de latence détaillent ce que l’on peut réellement attendre, et notre guide d’achat compare les kits actuellement disponibles.
L’argument de l’IA, et ce qu’il révèle
Le dossier justifie l’ampleur de la demande par un argument nouveau : la constellation servirait non seulement les particuliers, les entreprises et les administrations, mais aussi « des milliards d’appareils équipés d’IA ».
Le raisonnement tient debout. Les systèmes d’IA déportés — véhicules autonomes, drones, robots, capteurs — génèrent et consomment d’énormes volumes de données, souvent loin de toute fibre. Et ils exigent surtout beaucoup de débit montant, précisément là où le satellite est aujourd’hui le plus faible. Cela explique le facteur 22 demandé sur la liaison montante.
Ce cadrage est aussi stratégique. Présenter Starlink comme une infrastructure de l’économie de l’IA, et non comme un service Internet rural, s’adresse à un régulateur soucieux de la position technologique américaine.
C’est cohérent avec la trajectoire d’ensemble du groupe : un tiers du chiffre d’affaires venu de l’IA au deuxième trimestre, le partenariat Nvidia autour de Starmind AI1, et l’usine de puces Terafab annoncée au Texas.
Une demande de spectre inhabituellement large
Le dossier réclame l’accès à un ensemble de bandes exceptionnellement étendu : Ku, Ka, V, E, W et D. Les bandes W et D, très hautes fréquences, sont visées pour les liaisons de collecte entre satellites et stations au sol.
SpaceX sollicite par ailleurs des dérogations aux règles de la FCC afin de regrouper des canaux contigus plus larges. L’entreprise s’engage en contrepartie à opérer sans protection et sans créer d’interférence, et à mener une coordination « de bonne foi » avec les opérateurs en place et les utilisateurs fédéraux.
Ces engagements sont importants : ils signifient qu’en cas de conflit, Starlink céderait le passage. Mais ils reposent sur des mécanismes de coordination qui restent à définir.
Les oppositions
L’autorisation est loin d’être acquise, et plusieurs fronts se dessinent.
Les concurrents. Amazon Leo, Eutelsat-OneWeb, Telesat Lightspeed ou les projets de Blue Origin peuvent déposer des requêtes visant à rejeter la demande ou à l’assortir de conditions. Amazon a d’ailleurs sollicité fin juillet l’autorisation de déployer 5 000 satellites pour la connexion directe aux smartphones. L’argument avancé contre SpaceX est celui de la préemption : autoriser 100 000 satellites reviendrait à accaparer l’orbite basse avant que d’autres n’aient pu s’y installer.
Les astronomes. L’opposition est vive. Une étude de l’Observatoire européen austral évoque des effets qu’elle qualifie de dévastateurs pour l’astronomie. Le problème n’est pas seulement esthétique : les traînées lumineuses saturent les capteurs des grands télescopes et compromettent des relevés entiers. À 100 000 satellites, plusieurs seraient visibles à tout moment depuis n’importe quel point du globe.
C’est déjà perceptible à l’œil nu. Nous l’évoquions à propos des Perséides : distinguer une étoile filante d’un satellite est devenu un exercice courant pour les observateurs.
Les débris. Une orbite à 323 km présente un avantage — la traînée atmosphérique y désorbite naturellement un satellite en panne en quelques mois. Mais la densité d’objets qu’impliquerait une telle constellation soulève des questions de gestion des conjonctions sans précédent.
La suite de la procédure
Le dossier sera examiné par le Bureau spatial de la FCC. La procédure comprend une publication d’avis public et une période de consultation durant laquelle concurrents et groupes d’intérêt peuvent déposer leurs observations.
Une autorisation, si elle est accordée, pourrait l’être partiellement et assortie de conditions strictes sur la réduction des débris, la coordination du spectre et la protection contre les interférences.
Aucun calendrier n’est fixé pour la décision. À titre de comparaison, la FCC avait accordé en janvier 2026 une extension de 7 500 satellites, portant l’autorisation totale à 15 000 unités — un ordre de grandeur sans commune mesure avec la demande actuelle.
FAQ
Environ 11 000, sous une autorisation plafonnée à 15 000 unités. La demande déposée en juillet 2026 porterait ce plafond à 100 000 satellites V3 supplémentaires, soit une multiplication par près de sept.
La troisième génération de satellites Starlink, pesant environ 2 000 kilogrammes, soit près du triple des précédents. Les vingt premiers exemplaires ont été déployés lors du vol Starship 13, le 24 juillet 2026. À ne pas confondre avec le routeur Wi-Fi « Starlink Gen 3 », qui est un produit matériel livré avec le kit.
Chaque satellite V3 pèse environ 2 000 kilogrammes. Falcon 9 ne peut pas en emporter un nombre significatif par vol. Starship 13 en a déployé vingt d’un coup, soit environ 40 tonnes — la charge utile la plus lourde jamais lancée par SpaceX. Seul Starship permet un déploiement à l’échelle demandée.
Ce sont deux dossiers distincts. En février 2026, SpaceX a demandé l’autorisation de déployer jusqu’à un million de satellites servant de centres de données orbitaux — le projet Starmind. En juillet, elle a déposé une demande séparée pour 100 000 satellites V3 dédiés à la connectivité.
Pas automatiquement. SpaceX indique qu’une mise à niveau des terminaux et antennes sera nécessaire pour bénéficier des débits de l’ordre du gigabit. Les débits médians mesurés aujourd’hui par Ookla sont d’environ 100 Mbit/s en descendant et 20 Mbit/s en montant.
Les traînées lumineuses des satellites saturent les capteurs des grands télescopes et compromettent des relevés entiers. Une étude de l’Observatoire européen austral évoque des effets qu’elle qualifie de dévastateurs pour l’astronomie. Avec 100 000 satellites, plusieurs seraient visibles à tout moment depuis n’importe quel point du globe.
Non. Le dossier sera examiné par le Bureau spatial de la FCC, avec une publication d’avis public et une période de consultation permettant aux concurrents et groupes d’intérêt de déposer leurs observations. Une autorisation partielle, assortie de conditions strictes, reste le scénario le plus probable.
Ce qu’il faut retenir
Cette demande dit deux choses. D’abord, que SpaceX ne conçoit plus Starlink comme un fournisseur d’accès pour zones rurales, mais comme une infrastructure de l’économie de l’intelligence artificielle. Ensuite, que tout ce projet repose sur une fusée qui n’a pas encore atteint l’orbite.
Le vol Starship 14, attendu à la fin de l’été, doit précisément démontrer ce premier vol orbital et la capture du vaisseau. Sans réutilisation complète et sans cadence industrielle, les 100 000 satellites resteront un dossier réglementaire.
👉 À lire aussi : notre page Starlink en France, notre guide d’achat et notre article sur Starmind AI1.
Sources : dossier SpaceX déposé auprès de la FCC en juillet 2026 ; Jonathan McDowell ; Ookla ; PCMag ; Observatoire européen austral ; ZDNet.



