Alors que des manifestations sont organisées partout en France ce samedi 17 octobre 2026, une question revient sur les réseaux : le gouvernement pourrait-il bloquer X, le réseau social d’Elon Musk, comme cela s’est déjà vu ailleurs ? La réponse est oui, mais dans des conditions très strictes, fixées par le Conseil d’État en 2025. Aucun blocage de X n’a été annoncé ni évoqué par le gouvernement à ce stade. Voici ce que dit le droit.
L’essentiel en bref
- Aucun blocage annoncé : le gouvernement n’a pas évoqué de coupure de X ou d’un autre réseau social pour la mobilisation du 17 octobre ;
- C’est juridiquement possible : le Conseil d’État admet qu’un Premier ministre peut suspendre temporairement un réseau social, même sans loi spécifique ;
- Mais sous trois conditions : des circonstances exceptionnelles, une mesure strictement provisoire et l’absence de solution moins restrictive ;
- X déjà bloqué ailleurs : au Brésil, le réseau d’Elon Musk a été suspendu pendant plus d’un mois en 2024, sur décision de justice.
Une mobilisation née sur les réseaux sociaux
La journée du 17 octobre a été lancée début septembre sur les réseaux sociaux, par des collectifs de Gilets jaunes et le mouvement « Bloquons tout », rejoints par plusieurs syndicats, partis et organisations de jeunesse, selon Euronews. Les organisateurs recensent plus de 600 manifestations, le ministère de l’Intérieur en comptait 80. Selon Public Sénat, l’appel s’est surtout diffusé par des vidéos et des affiches partagées en ligne.
Ce rôle des réseaux sociaux explique que la question d’un éventuel blocage resurgisse à chaque grande mobilisation. Pour X, elle se pose avec une acuité particulière, en raison des tensions entre son propriétaire, Elon Musk, et les autorités françaises.
Ce que dit le droit : les trois conditions du Conseil d’État
La règle a été fixée par le Conseil d’État dans une décision du 1er avril 2025. La plus haute juridiction administrative y reconnaît qu’un Premier ministre peut interrompre temporairement l’accès à un réseau social, même en l’absence de loi prévoyant cette mesure. Mais uniquement si trois conditions sont réunies :
- des circonstances exceptionnelles rendent la suspension indispensable ;
- la mesure est strictement provisoire ;
- aucun moyen technique ne permet d’appliquer immédiatement des mesures moins contraignantes, et la suspension ne dure pas plus que le temps nécessaire pour les mettre en place.
Autrement dit, des manifestations, même très suivies, ne suffiraient pas à justifier une coupure. Il faudrait une situation d’une gravité exceptionnelle, et une mesure limitée dans le temps.
Le seul précédent français, jugé illégal
Cette décision fait suite au seul blocage d’un réseau social décidé par l’État en France : la suspension de TikTok en Nouvelle-Calédonie, ordonnée en mai 2024 par le Premier ministre de l’époque, Gabriel Attal, pendant les émeutes. Le Conseil d’État a reconnu que la situation constituait bien des circonstances exceptionnelles, compte tenu des morts et des graves atteintes aux personnes et aux biens. Il a pourtant jugé la mesure illégale : elle n’avait pas de durée fixée et n’était pas subordonnée à l’impossibilité de recourir à des solutions moins restrictives. Elle portait donc une atteinte disproportionnée aux libertés.
X, déjà bloqué au Brésil en 2024
Le réseau d’Elon Musk a déjà connu un blocage national, mais pas en France. Au Brésil, le juge de la Cour suprême Alexandre de Moraes a ordonné la suspension de X le 30 août 2024. Il reprochait à la plateforme de ne pas respecter des décisions de justice, notamment la suspension de comptes, et de ne plus avoir de représentant légal dans le pays. Le blocage a été levé le 8 octobre 2024, après que X a payé les amendes, nommé un représentant et appliqué les décisions.
Ce cas est différent de celui de la Nouvelle-Calédonie : la suspension avait été décidée par un juge, pour non-respect de décisions de justice, et non par le gouvernement pour des raisons d’ordre public.
X et la France : des relations déjà tendues
En France, X fait l’objet d’une enquête du parquet de Paris, portée à l’été 2025 sur des soupçons de biais algorithmique et d’extraction frauduleuse de données. X a qualifié cette enquête de « politiquement motivée » et refusé de donner accès à son algorithme de recommandation, en contestant les accusations. Cette procédure judiciaire est sans lien avec un éventuel blocage du réseau, qui relèverait d’une tout autre logique.
Ce qu’il faut retenir
- aucun blocage de X n’a été annoncé pour les manifestations du 17 octobre 2026 ;
- le gouvernement peut suspendre un réseau social, mais seulement en cas de circonstances exceptionnelles, de façon provisoire et faute d’alternative ;
- le seul précédent français, TikTok en Nouvelle-Calédonie en 2024, a été jugé illégal par le Conseil d’État ;
- X a déjà été bloqué au Brésil en 2024, sur décision de justice, pendant un peu plus d’un mois.
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Sources
- Conseil d’État, décision du 1er avril 2025 : conditions d’une suspension d’un réseau social ;
- Next : analyse de la décision sur TikTok en Nouvelle-Calédonie ;
- Le Monde du droit : conditions d’un blocage par le gouvernement ;
- Euronews, 16 octobre 2026 : organisateurs et ampleur de la mobilisation ;
- Public Sénat : diffusion de l’appel sur les réseaux sociaux ;
- Wikipédia (en anglais), blocage de X au Brésil : dates et motifs ;
- AFP via Yahoo News : enquête du parquet de Paris et réponse de X.
Oui, mais sous conditions strictes. Selon le Conseil d’État, un Premier ministre peut suspendre temporairement un réseau social en cas de circonstances exceptionnelles, de façon strictement provisoire et faute de solution moins restrictive.
Oui, une fois : TikTok a été suspendu en Nouvelle-Calédonie en mai 2024 pendant les émeutes. Le Conseil d’État a jugé cette suspension illégale le 1er avril 2025, faute de durée limitée.
Oui. Au Brésil, X a été suspendu du 31 août au 8 octobre 2024 sur décision du juge Alexandre de Moraes, pour non-respect de décisions de justice.



