Le télescope spatial européen Euclid s’apprête à franchir l’étape scientifique pour laquelle il a été construit. Sa première grande publication cosmologique, DR1, est attendue en octobre 2026 et l’archive officielle de l’ESA indique actuellement une publication le 21 octobre. Environ 1 900 degrés carrés du ciel doivent être ouverts aux scientifiques, avec des images, spectres et catalogues destinés notamment à mieux comprendre la matière noire et l’accélération mystérieuse de l’expansion de l’Univers.
Euclid ne va pas photographier directement la matière noire ou l’énergie noire. Ces deux composantes restent invisibles. Le télescope cherche plutôt leurs effets sur des centaines de millions de galaxies : leur position, leur distance, leur regroupement et les infimes déformations de leur image provoquées par la gravité.
- Mission : Euclid, Agence spatiale européenne ;
- Publication : DR1, première grande Data Release de la mission ;
- Date : attendue le 21 octobre 2026 selon l’archive ESA, sous réserve de confirmation finale ;
- Surface : environ 1 900 degrés carrés du ciel ;
- Données : images, spectres et catalogues de galaxies et d’autres objets ;
- Période observée : du 14 février 2024 au 21 mai 2025 pour le cœur de DR1 ;
- Objectif : étudier notamment matière noire, énergie noire, gravité et évolution des grandes structures cosmiques.
Euclid va ouvrir sa première grande carte cosmologique
Depuis son lancement en juillet 2023, Euclid photographie progressivement une immense partie du ciel extragalactique.
Son objectif final est de cartographier environ 14 000 degrés carrés, soit plus d’un tiers du ciel, et d’observer des milliards de galaxies jusqu’à environ 10 milliards d’années dans le passé.
La publication DR1 constituera la première grande étape de ce programme.
Selon les informations déjà enregistrées dans l’archive scientifique de l’ESA, le cœur de la publication couvrira environ 1 900 degrés carrés : environ 500 dans l’hémisphère nord et 1 400 dans l’hémisphère sud.
Des observations des champs profonds d’Euclid, de zones de calibration et de certaines observations réalisées avant le début du relevé nominal doivent également être incluses.
Pourquoi cette publication est beaucoup plus importante que les précédentes
Euclid a déjà publié des images et d’importants catalogues scientifiques.
En mars 2025, sa première Quick Data Release avait notamment révélé des aperçus des trois champs profonds de la mission. Une seule observation de ces régions avait déjà permis de détecter environ 26 millions de galaxies.
En juin 2026, une nouvelle publication consacrée au bulbe central de la Voie lactée a fourni une image contenant plus de 60 millions d’étoiles.
Mais ces publications avaient surtout pour but de montrer la qualité des instruments et d’ouvrir des données utiles à de nombreux domaines de l’astronomie.
DR1 doit pour la première fois faire entrer Euclid au cœur de sa mission cosmologique.
Comment Euclid peut-il « voir » quelque chose d’invisible ?
La matière noire ne produit pas de lumière détectable par un télescope classique.
Mais sa gravité agit sur la lumière provenant des galaxies situées derrière elle.
Cette lumière est très légèrement déviée pendant son trajet jusqu’à nous. Le phénomène est appelé lentillage gravitationnel faible.
En mesurant avec une très grande précision les formes de millions de galaxies, Euclid peut rechercher des déformations statistiques minuscules et en déduire comment la matière — visible ou sombre — est répartie dans l’Univers.
Il ne s’agit donc pas d’une photographie de la matière noire elle-même, mais d’une cartographie indirecte de son empreinte gravitationnelle.
Une immense « toile cosmique » doit apparaître
À très grande échelle, les galaxies ne sont pas réparties uniformément dans l’espace.
Elles forment des amas, des filaments et d’immenses régions plus vides. Cet ensemble porte le nom de toile cosmique.
La matière noire joue un rôle essentiel dans cette architecture : sa gravité a favorisé la formation des structures dans lesquelles la matière ordinaire et les galaxies se sont ensuite accumulées.
En reconstituant cette toile à différentes époques de l’histoire cosmique, Euclid peut étudier la manière dont les structures ont grandi au cours des milliards d’années.
Et l’énergie noire dans tout cela ?
Depuis la fin des années 1990, les astronomes savent que l’expansion de l’Univers ne ralentit pas simplement sous l’effet de la gravité : elle accélère.
Le nom « énergie noire » désigne la composante inconnue utilisée pour décrire cette accélération dans les modèles cosmologiques.
Nous ne savons toujours pas ce qu’elle est réellement.
Euclid doit mesurer très précisément l’expansion cosmique et l’évolution des grandes structures afin de tester si cette accélération correspond bien au modèle cosmologique actuellement dominant ou si les observations montrent des écarts.
Les scientifiques vont combiner plusieurs méthodes
DR1 ne repose pas sur une seule mesure.
Le Consortium Euclid prépare plusieurs dizaines de projets scientifiques utilisant notamment le lentillage gravitationnel faible, le regroupement des galaxies, les amas de galaxies, les lentilles gravitationnelles fortes, les vides cosmiques et différentes combinaisons de ces observations.
Cette approche est importante : si plusieurs techniques indépendantes donnent des résultats compatibles, la confiance dans les paramètres cosmologiques obtenus augmente.
Elle permet aussi de rechercher d’éventuelles incohérences qui pourraient indiquer un problème dans les données, dans les modèles astrophysiques ou, dans le cas le plus intéressant, dans notre compréhension actuelle de la cosmologie.
1 900 degrés carrés, mais Euclid ne fait que commencer
DR1 ne représentera qu’une fraction de la carte finale.
La mission principale doit couvrir environ 14 000 degrés carrés et durer six années de relevé.
Euclid observera finalement des milliards de galaxies afin de reconstruire une carte tridimensionnelle de l’Univers sur près de dix milliards d’années d’histoire cosmique.
Les champs profonds seront en parallèle observés de nombreuses fois, ce qui permettra de détecter des objets plus faibles et d’étudier les changements observés au fil du temps.
Le 21 octobre est-il définitivement confirmé ?
L’ESA annonce publiquement DR1 pour octobre 2026.
La fiche DOI officielle du jeu de données, déjà créée dans l’archive scientifique de l’agence, indique pour sa part le 21 octobre 2026 comme date de publication.
Cette date constitue donc aujourd’hui l’indication officielle la plus précise disponible, mais il reste prudent d’attendre l’annonce presse finale de l’ESA avant de considérer le calendrier comme totalement verrouillé.
Une publication à suivre de près
Le plus intéressant ne sera probablement pas une seule photographie spectaculaire, mais les résultats scientifiques tirés d’un immense ensemble de données.
DR1 doit permettre aux chercheurs de commencer à confronter la géométrie et la croissance réelle de l’Univers aux modèles utilisés pour expliquer la matière noire, l’énergie noire et la gravité.
Cela ne signifie pas qu’Euclid révélera soudainement « ce qu’est » l’énergie noire le jour de la publication.
Mais pour la première fois, la mission disposera d’un ensemble suffisamment vaste de son relevé principal pour commencer à produire les mesures cosmologiques pour lesquelles elle a été conçue.
À lire aussi : retrouvez les grandes échéances dans notre calendrier spatial 2026 et notre dossier sur Falcon 9, le lanceur qui a placé Euclid en route vers le point de Lagrange L2 en juillet 2023.
L’ESA annonce sa première grande publication DR1 pour octobre 2026. La fiche officielle du jeu de données dans l’archive scientifique de l’ESA indique actuellement le 21 octobre 2026 comme date de publication, sous réserve de confirmation finale.
Non. La matière noire n’émet pas de lumière détectable par Euclid. Le télescope mesure notamment les minuscules déformations gravitationnelles des images de galaxies afin de reconstituer indirectement la répartition de la matière, y compris la matière noire.
Le cœur de la publication DR1 doit couvrir environ 1 900 degrés carrés du ciel, avec des observations du relevé large ainsi que des données issues des champs profonds, des zones de calibration et d’autres observations de la mission.



