Starlink en Ukraine : l’Europe peut-elle prendre le relais ?

Les restrictions imposées cette semaine aux terminaux militaires ukrainiens ont relancé une question que l’Europe se pose depuis 2022 : peut-elle se passer de Starlink ? Selon Elon Musk, ces limites sont décidées par l’armée américaine et le président des États-Unis. Pour les Européens, qui financent une partie de la connectivité ukrainienne, la dépendance à un réseau contrôlé depuis Washington devient un sujet politique. La réponse courte : pas tout de suite.

Ce qui s’est passé cette semaine

Dans la nuit du 13 au 14 octobre 2026, selon Kiev, une limite d’environ 160 km/h a été appliquée aux terminaux militaires en mouvement, perturbant des missions de drones. Elon Musk a répondu que ces terminaux relèvent de Starshield, un service selon lui « détenu et contrôlé par le gouvernement américain ». Kiev a depuis annoncé un rétablissement partiel. Tous les détails dans notre article Musk affirme que les limites sont décidées par l’armée américaine et Trump.

La Pologne, qui finance l’abonnement Starlink de l’Ukraine à hauteur d’environ 50 millions de dollars par an selon son ministre des Affaires étrangères, a réagi la première. Radosław Sikorski a demandé à Elon Musk sur X s’il « faisait de la politique » avec ses produits, en prévenant que les clients européens « observent ». En mars 2025 déjà, il avait annoncé que Varsovie chercherait un autre fournisseur si SpaceX se montrait peu fiable.

Ce que l’Europe a déjà : Govsatcom

L’Union européenne dispose depuis janvier 2026 de Govsatcom, un dispositif qui met en commun les capacités de communication par satellite des États membres pour les usages gouvernementaux. Ces capacités reposent surtout sur des satellites géostationnaires, situés à 36 000 km d’altitude, et non sur une constellation en orbite basse comme Starlink.

Selon le site EU Perspectives, des discussions sont en cours pour intégrer l’Ukraine à Govsatcom, et des capacités commerciales doivent s’y ajouter début 2027. La Commission européenne assure que l’UE « ne part pas de zéro », selon son porte-parole Thomas Regnier.

Mais les satellites géostationnaires ont leurs limites : la distance allonge le temps de réponse et les antennes sont plus encombrantes. Ils conviennent mal aux usages qui ont fait le succès de Starlink sur le front, comme les drones ou les terminaux embarqués sur des véhicules.

OneWeb, la seule alternative en orbite basse

Le français Eutelsat exploite OneWeb, la seule autre grande constellation occidentale en orbite basse, avec plus de 600 satellites, contre plus de 11 000 pour Starlink selon Reuters. C’est ce qui explique le bond de son action en Bourse cette semaine, que nous racontions dans Starlink bridé pour l’armée ukrainienne : l’action Eutelsat bondit.

Mais OneWeb reste une solution d’appoint. Selon le consultant Christian Freiherr von der Ropp, cité par Reuters, il pourrait apporter une capacité complémentaire, pas remplacer Starlink. Surtout, les terminaux ne sont pas compatibles : basculer vers OneWeb supposerait de livrer de nouvelles antennes aux unités ukrainiennes, ce qui prend du temps et coûte cher. Eutelsat a toutefois commandé à Airbus des centaines de nouveaux satellites OneWeb pour renouveler et renforcer sa constellation.

IRIS², la réponse européenne… en 2030

La vraie réponse européenne s’appelle IRIS². Cette constellation souveraine doit compter 348 satellites, dont 330 en orbite basse sous la responsabilité d’Eutelsat. Mais les premiers lancements ne sont prévus qu’à partir de 2029, et les premiers services gouvernementaux sécurisés à partir de 2030.

IRIS² n’aidera donc pas l’Ukraine cet hiver, ni probablement les suivants.

Les alternatives en un coup d’œil

Solution Type Disponibilité Limites
GovsatcomCapacités satellitaires des États de l’UE, surtout géostationnairesDepuis janvier 2026 ; capacités commerciales début 2027Mal adapté aux drones et aux terminaux mobiles
OneWeb (Eutelsat)Orbite basse, plus de 600 satellitesDès aujourd’huiCapacité bien inférieure, terminaux différents
IRIS²Constellation souveraine de 348 satellitesLancements à partir de 2029, services à partir de 2030Pas avant plusieurs années

Le vrai problème : les terminaux au sol

Remplacer Starlink ne se résume pas à trouver des satellites. Le réseau de SpaceX doit son succès en Ukraine à ses terminaux : nombreux, relativement légers, faciles à installer, et désormais intégrés jusque dans des drones. Les terminaux Starlink et Starshield sont propriétaires et ne peuvent pas se connecter à un autre réseau. Changer de fournisseur signifie donc remplacer le matériel sur le terrain, unité par unité.

C’est pourquoi la plupart des experts parlent aujourd’hui de diversification plutôt que de remplacement : combiner Starlink, OneWeb et les satellites gouvernementaux pour ne plus dépendre d’un seul réseau, en attendant IRIS².

Ce qu’il faut retenir

  • À court terme, aucune alternative européenne ne peut remplacer Starlink en Ukraine ;
  • Govsatcom existe depuis janvier 2026, et l’intégration de l’Ukraine est en discussion ;
  • OneWeb peut apporter un complément, mais avec moins de capacité et d’autres terminaux ;
  • IRIS², la réponse souveraine de l’UE, ne sera pas opérationnelle avant 2030 ;
  • la question n’est plus seulement technique : selon Elon Musk, les règles de Starshield dépendent de Washington.

À lire aussi : Starlink vs Starshield : quelles différences ? · Zelensky accuse Musk · le consortium européen face à Starlink · notre guide Starlink.

Sources

FAQ : l’Europe et Starlink en Ukraine

L’Europe peut-elle remplacer Starlink en Ukraine ?

Pas à court terme. Govsatcom repose surtout sur des satellites géostationnaires, OneWeb a beaucoup moins de capacité et utilise d’autres terminaux, et la constellation européenne IRIS² ne sera pas opérationnelle avant 2030. Les experts parlent plutôt de diversification.

Qu’est-ce que Govsatcom ?

Govsatcom est un dispositif de l’Union européenne, en service depuis janvier 2026, qui met en commun les capacités de communication par satellite des États membres pour les usages gouvernementaux. L’intégration de l’Ukraine est en discussion.

Qui paie Starlink en Ukraine ?

En partie la Pologne, qui finance l’abonnement Starlink de l’Ukraine à hauteur d’environ 50 millions de dollars par an selon son ministre des Affaires étrangères. Les terminaux militaires Starshield relèvent de contrats avec le département de la Défense américain.

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