Combien de lancements faut-il pour envoyer un Starship sur la Lune ? Six à huit selon Elon Musk, environ 22 selon une autre estimation évoquée, un peu moins de dix selon la NASA. Lors de son point presse du 23 octobre 2026, l’agence a relancé ce débat, qui conditionne une grande partie du calendrier d’Artemis. Pourquoi faut-il plusieurs lancements, et pourquoi les chiffres varient autant ? Explications.
L’essentiel en bref
- Le principe : pour aller sur la Lune, le Starship lunaire doit être rempli d’ergols en orbite terrestre par plusieurs vaisseaux-citernes ;
- Les estimations : 6 à 8 lancements selon Elon Musk, environ 22 selon une estimation évoquée lors des échanges, « un peu moins de dix » selon la NASA ;
- Le premier essai : une démonstration de transfert d’ergols entre deux Starship est visée au premier trimestre 2027 ;
- Le lien avec la cadence : plus SpaceX lance souvent, moins les pertes d’ergols pèsent sur le total.
Pourquoi Starship doit faire le plein en orbite
Un Starship arrive en orbite terrestre en ayant brûlé l’essentiel de ses ergols. Or, pour rejoindre la Lune, s’y poser puis en redécoller, le Starship lunaire a besoin de réservoirs presque pleins. La solution retenue par SpaceX consiste à lancer d’abord un vaisseau-dépôt, puis plusieurs vaisseaux-citernes qui lui transfèrent leurs ergols, du méthane et de l’oxygène liquides. Le Starship lunaire fait ensuite le plein à son tour avant de partir vers la Lune.
C’est une opération inédite à cette échelle : il faut transférer des centaines de tonnes de liquides très froids entre deux vaisseaux en apesanteur, sans gravité pour les maintenir au fond des réservoirs, tout en limitant leur évaporation. Nous détaillions ces difficultés dans notre article sur le premier essai de ravitaillement, visé début 2027.
6 à 8, ou 22 lancements ?
Les estimations divergent fortement, selon Tesla North :
- Elon Musk estime qu’il faudrait 6 à 8 lancements de ravitailleurs ;
- un membre d’un comité consultatif de la NASA a évoqué environ 22 lancements pour un alunissage, un chiffre présenté par certains médias comme une estimation de la NASA elle-même ;
- Jeremy Parsons, responsable du programme Artemis à la NASA, s’attend à ce que les gains d’efficacité ramènent ce nombre à un peu moins de dix ;
- Jared Isaacman, administrateur de la NASA, estime qu’une cadence de lancement plus rapide devrait encore le réduire.
Pourquoi les chiffres varient autant
Plusieurs paramètres, encore incertains, font varier le calcul :
- la quantité d’ergols livrée par chaque citerne : elle dépend des performances réelles de Starship V3 et de la masse du vaisseau lui-même. Chaque gain de capacité réduit le nombre de vols ;
- l’évaporation : les ergols cryogéniques s’évaporent peu à peu en orbite. Plus les lancements sont espacés, plus les pertes sont importantes, et plus il faut de citernes pour compenser. C’est pourquoi Jared Isaacman lie le nombre de vols à la cadence ;
- les pertes au transfert : chaque transfert entre deux vaisseaux entraîne une part de pertes, encore mal connue tant que l’opération n’a pas été réalisée ;
- le profil de la mission : l’orbite visée autour de la Lune et les marges de sécurité exigées par la NASA modifient la quantité d’ergols nécessaire.
Les estimations d’Elon Musk reposent sur des hypothèses optimistes de performances et de cadence ; celles des experts de la NASA intègrent davantage de marges. Seuls les premiers essais réels permettront de trancher.
Pourquoi c’est important
Même avec la fourchette basse, une mission lunaire de Starship suppose une série de lancements rapprochés depuis la Floride ou le Texas, en quelques semaines. C’est l’une des raisons pour lesquelles SpaceX vise une cadence très élevée : Elon Musk évoque un vol de Starship par semaine dès 2027, comme nous l’expliquions dans cet article.
Le calendrier présenté par la NASA prévoit une démonstration de transfert d’ergols entre deux Starship au premier trimestre 2027, des vols de ravitailleurs sans équipage au troisième trimestre, puis un alunissage sans équipage fin 2027. Ce calendrier conditionne le choix de l’atterrisseur d’Artemis IV, comme nous l’expliquons dans notre article sur le duel Starship–Blue Moon.
Ce qu’il faut retenir
- le Starship lunaire doit être ravitaillé en orbite par plusieurs vaisseaux-citernes avant de partir vers la Lune ;
- les estimations vont de 6 à 8 lancements selon Elon Musk à environ 22 selon une autre estimation ;
- la NASA s’attend à un peu moins de dix lancements, grâce aux gains d’efficacité ;
- la cadence de lancement et l’évaporation des ergols expliquent une grande partie de l’écart ;
- un premier transfert d’ergols est visé au premier trimestre 2027.
À lire aussi : Artemis III à l’été 2027 : ce que la NASA a annoncé · Starship 15 : le prochain vol.
Illustration : déroulé d’une mission Artemis IV avec Starship, dont les transferts d’ergols en orbite terrestre. Crédit : NASA.
Sources
- Tesla North, 23 octobre 2026 : estimations du nombre de lancements, déclarations de Jeremy Parsons et Jared Isaacman, jalons de SpaceX ;
- Space.com : calendrier de l’atterrisseur de SpaceX et nécessité du ravitaillement ;
- Wikipédia (anglais) : démonstration de transfert d’ergols de Starship.
Les estimations varient : 6 à 8 lancements de ravitailleurs selon Elon Musk, environ 22 selon une autre estimation évoquée, et un peu moins de dix selon la NASA, qui compte sur des gains d’efficacité.
Il dépend de la quantité d’ergols livrée par chaque citerne, de l’évaporation des ergols en orbite, des pertes lors des transferts, de la cadence de lancement et du profil de la mission lunaire.



