Tesla présente son nouveau Roadster comme une voiture volante. Dévoilé le jeudi 15 octobre 2026 sur le site d’essais de SpaceX à McGregor, au Texas, le bolide électrique a quitté le sol grâce à des propulseurs à gaz comprimé conçus avec l’entreprise spatiale d’Elon Musk. Mais l’autorité américaine de l’aviation civile (FAA) estime qu’il ne s’agit pas d’un aéronef, et la start-up Alef Aeronautics, qui développe depuis des années une vraie voiture capable de voler, s’est empressée de le rappeler. Alors, le Roadster est-il vraiment une voiture volante ?
L’essentiel en bref
- Ce que Tesla a montré : un Roadster qui roule à l’envers sur une rampe, fait une rotation en l’air puis saute par-dessus cinq autres Tesla.
- La technologie : des propulseurs à gaz comprimé, sans combustion, développés avec SpaceX.
- La position de la FAA : le véhicule ne correspond pas à sa définition d’un aéronef.
- Le concurrent : Alef Aeronautics, dont le Model A décolle verticalement et dispose depuis 2023 d’un certificat spécial de la FAA.
- Le calendrier : une production annoncée pour 2028, sans date de livraison garantie.
Ce que Tesla a montré au Texas
Pour cette présentation très attendue, neuf ans après le premier prototype de 2017, Tesla a choisi un lieu symbolique : le centre d’essais de SpaceX à McGregor, où sont testés les moteurs des fusées. Lors de la première démonstration, le Roadster est resté collé à une rampe incurvée, la tête en bas, grâce à des ventilateurs placés sous la caisse qui créent une forte aspiration. Ses propulseurs l’ont ensuite décollé de la rampe ; la voiture a pivoté en l’air avant de retomber sur ses roues. Lors d’une seconde démonstration, les propulseurs l’ont fait bondir par-dessus cinq autres véhicules Tesla.
« Le futur a finalement bien des voitures volantes », a lancé Elon Musk sur scène. Une formule qui a fait le tour des réseaux sociaux, mais qui mérite d’être examinée de près. Pour revoir les figures du Roadster, consultez les vidéos officielles de la Tesla voiture volante.
Des propulseurs à gaz comprimé conçus avec SpaceX
Contrairement à un moteur de fusée, le système du Roadster ne brûle aucun carburant. Il expulse du gaz stocké sous très haute pression, ce qu’on appelle des propulseurs à gaz froid. Selon les caractéristiques relayées par la presse spécialisée, la version Thrust dispose de quatre tuyères à l’arrière alimentées par un réservoir d’environ 200 litres, pressurisé jusqu’à près de 690 bars. La version Rocket ajoute un second réservoir, pour environ 600 litres au total, et six tuyères supplémentaires, soit dix au total, pour soulever et faire pivoter la voiture.
Tesla annonce trois déclinaisons :
| Version | Places | 0 à 97 km/h (annoncé) | Réservation (États-Unis) |
|---|---|---|---|
| Performance | 2 | moins de 1,6 s | 50 000 $ |
| Thrust (propulseurs arrière) | 2 | moins de 0,9 s | 250 000 $ |
| Rocket (sur invitation) | 1 | 0,59 s | non communiqué |
Chiffres annoncés par Tesla, non mesurés de façon indépendante. Les montants sont des versements de réservation, pas des prix de vente.
Tesla revendique aussi une vitesse de pointe de plus de 370 km/h pour la version Rocket. Celle-ci, la seule capable de véritables manœuvres aériennes, n’est pas homologuée pour la voie publique, précise le constructeur (qui pourra l’acheter et où la conduire). Quant à la production, Elon Musk l’annonce pour 2028 (prix, date de sortie et performances). Prudence toutefois : le premier Roadster devait être livré dès 2020, et les conditions de réservation de Tesla indiquent qu’elle ne peut pas garantir quand, ni même si, le véhicule sera livré.
Pour la FAA, le Roadster n’est pas un aéronef
Interrogée par le magazine américain WIRED après la présentation, la FAA a répondu sans ambiguïté : selon son porte-parole, le véhicule de Tesla ne correspond pas à la définition d’un aéronef. Autrement dit, l’autorité de l’aviation ne considère pas qu’elle a à le réglementer dans sa configuration actuelle. Ce n’est pas un jugement sur la technologie, mais un constat : un véhicule qui bondit quelques secondes au-dessus du sol ne vole pas au sens où l’entend l’aviation civile. Nous détaillons ce que cela change dans notre article sur la position de la FAA.
Cette position laisse le Roadster dans une zone grise, y compris en Europe (lire la Tesla Roadster qui vole sera-t-elle autorisée en France ?). Il reste soumis aux règles de la circulation routière, alors que celles-ci n’ont pas été pensées pour une voiture capable de quitter la chaussée. Elon Musk l’a lui-même reconnu à demi-mot, en qualifiant son Roadster de voiture « pas forcément optimisée pour la sécurité » et en admettant ne pas être sûr qu’elle soit légale partout.
Alef Aeronautics répond avec une vraie voiture volante
Quelques jours après la présentation de Tesla, la start-up californienne Alef Aeronautics, fondée en 2015, a publié une vidéo de son prototype décollant verticalement puis survolant plusieurs véhicules, dont un ancien Tesla Roadster. Selon l’entreprise, il s’agissait du 1 000e vol enregistré de sa voiture. Avec une pointe d’ironie, Alef a félicité Tesla d’être devenu le « deuxième » constructeur de voiture volante de l’histoire… après elle.
La différence d’approche est nette. Là où le Roadster utilise des jets de gaz pour des mouvements brusques et brefs, le Model A d’Alef s’élève progressivement, comme un gros drone, grâce à une propulsion électrique répartie. Ce biplace électrique est conçu dès l’origine pour rouler sur route et voler. Alef annonce une autonomie d’environ 320 à 350 km sur route selon les sources, et d’environ 177 km en vol.
Surtout, Alef a obtenu dès 2023 un certificat spécial de navigabilité de la FAA, qui autorise des vols limités. Ce n’est pas une homologation commerciale, mais c’est une étape réglementaire que Tesla n’a pas franchie. Le Model A reste lui aussi un prototype : Alef l’affiche à 299 999 dollars et revendique plus de 3 600 précommandes, des chiffres que l’entreprise est seule à avancer.
Alors, peut-on parler de voiture volante ?
Tout dépend de la définition. Une voiture volante, au sens où on l’entend généralement, doit pouvoir se déplacer dans les airs de façon contrôlée, sur une distance utile, puis reprendre la route. Or, comme nous l’expliquons dans notre article sur la capacité du Roadster à voler, Tesla n’a communiqué ni la durée maximale pendant laquelle le Roadster peut rester en l’air, ni son altitude, ni la distance qu’il peut parcourir sans toucher le sol. Ce qui a été montré ressemble davantage à des sauts contrôlés qu’à un vol.
Le Roadster est donc avant tout une démonstration technologique spectaculaire, et une vitrine pour le savoir-faire de SpaceX dans les propulseurs. C’est aussi un symbole des liens de plus en plus étroits entre les sociétés d’Elon Musk, au moment où des comités étudient une possible fusion entre Tesla et SpaceX et où les deux groupes s’associent déjà dans l’usine de puces Terafab. Mais pour une voiture qui vole au sens de l’aviation, c’est pour l’instant vers des projets comme celui d’Alef qu’il faut regarder.
Ce qu’il faut retenir
- Le nouveau Tesla Roadster quitte le sol grâce à des propulseurs à gaz comprimé conçus avec SpaceX.
- La FAA ne le considère pas comme un aéronef : il bondit plus qu’il ne vole.
- La version Rocket, la seule capable de manœuvres aériennes, n’est pas homologuée pour la route.
- Alef Aeronautics revendique la première vraie voiture volante, avec un certificat spécial de la FAA depuis 2023.
- Production du Roadster annoncée pour 2028, sans garantie de livraison.
Sources
- Deseret News : présentation à McGregor, démonstrations, versions et réservations.
- EVKX : caractéristiques des propulseurs, vitesse de pointe, calendrier.
- Tech Insider : déclaration de la FAA rapportée par WIRED, propos d’Elon Musk.
- Gizmodo : vidéo d’Alef, prix et précommandes du Model A.
- Electrive : autonomie du Model A, certificat de la FAA.
Pas au sens de l’aviation. Le nouveau Tesla Roadster peut quitter le sol quelques instants grâce à des propulseurs à gaz comprimé conçus avec SpaceX, mais la FAA estime qu’il ne correspond pas à la définition d’un aéronef. Il effectue des sauts contrôlés plutôt qu’un vol.
Elon Musk annonce une production à partir de 2028. Tesla ne garantit toutefois aucune date de livraison, et le premier Roadster, présenté en 2017, devait initialement être livré en 2020.
Plusieurs prototypes existent. Le plus avancé sur le plan réglementaire aux États-Unis est le Model A d’Alef Aeronautics, qui décolle verticalement et a obtenu en 2023 un certificat spécial de navigabilité de la FAA autorisant des vols limités. Aucune voiture volante n’est encore commercialisée.



